At­ta­quer un bud­get « pour les riches » ? La faute de la gauche

L'Opinion - - La Une - Ré­mi Go­deau @re­mi­go­deau

Puis­qu’Em­ma­nuel Ma­cron sup­prime l’ISF, c’est donc qu’il a construit son pre­mier bud­get d’abord pour les riches. Dans la rue, dans l’Hé­mi­cycle ou les mé­dias, l’an­tienne est dé­cli­née sur tous les tons. C’est une ca­ri­ca­ture, une facilité po­li­ti­cienne. Pre­mier mi­nistre, Jean-Marc Ay­rault avait dé­jà cru pou­voir ber­ner les classes moyennes en ex­pli­quant que son coup de bam­bou fis­cal épar­gne­rait neuf Fran­çais sur dix – un gros men­songe dou­blé d’un dé­ni. Au nom de la même jus­tice so­ciale, la gauche en­tre­tient une nou­velle illu­sion : sup­pri­mer l’ISF, ce se­rait sa­cri­fier les plus pauvres. Dans cette ma­noeuvre, elle peut comp­ter sur l’aide de Tho­mas Pi­ket­ty.

Sup­por­teur du can­di­dat Ha­mon, l’éco­no­miste qua­li­fie dans Le Monde la fin de l’ISF d’« er­reur his­to­rique ». Plus mi­li­tant que scien­ti­fique, il nie l’exil des ta­lents, né­glige l’ef­fet d’une sur-taxa­tion sur la créa­tion de richesses dé­non­cé entre autres par les « pi­geons », éva­cue la ques­tion des taux d’in­té­rêt bas, voire né­ga­tifs – des ar­gu­ments qui ont fait naître un dé­but de consen­sus sur la no­ci­vi­té de l’ISF. Et il n’en dé­mord pas : les for­tunes et leurs hé­ri­tiers doivent payer, beau­coup, da­van­tage en­core.

Ce dé­bat biai­sé ou­blie une ques­tion : lé­gi­time, la fis­ca­li­té est- elle le meilleur ou­til pour ré­duire les in­éga­li­tés ? Elle y contri­bue au­jourd’hui pour un tiers, qua­si ex­clu­si­ve­ment via l’im­pôt sur le re­ve­nu, pas par l’ISF. Le fos­sé est en fait pour deux tiers com­blé par les pres­ta­tions so­ciales, dont la France dé­tient dé­jà un des re­cords mon­diaux. Se fo­ca­li­ser sur la re­dis­tri­bu­tion ne suf­fit donc pas – notre pres­sion fis­cale est sans équi­valent… Un sys­tème fis­cal doit aus­si être for­ma­té pour fi­nan­cer un Etat ef­fi­cace, ca­pable de fa­vo­ri­ser la crois­sance, puis de dé­pen­ser à bon es­cient pour la co­hé­sion na­tio­nale. Las, les par­ti­sans du « tou­jours plus » pré­fèrent le confort de la dé­ma­go­gie.

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