Grogne : le gou­ver­ne­ment plus in­quiet de la co­lère des jeunes que de celle des fonc­tion­naires

Alors qu’il at­tend une forte mo­bi­li­sa­tion mar­di, l’exé­cu­tif veille à désa­mor­cer les su­jets de conflits avec la jeunesse. Une ré­forme des mu­tuelles étu­diantes est à l’étude

L'Opinion - - Emploi : Le Décrochage Des Villes Moyennes - Fan­ny Gui­no­chet @fan­ny­gui­no­chet

Pour la pre­mière fois de­puis dix ans, toutes les cen­trales ap­pellent à la mo­bi­li­sa­tion. Mar­di, la plu­part des ser­vices pu­blics se­ront ra­len­tis ou fer­més. C’est une se­maine char­gée sur le front du so­cial que s’ap­prête à vivre le gou­ver­ne­ment. Ce lun­di, tous les syn­di­cats — y com­pris les pro­gres­sistes comme la CFDT — se réunissent pour dé­ci­der de l’ac­tion à me­ner après les or­don­nances sur le Code du tra­vail. Jeu­di et ven­dre­di, Em­ma­nuel Ma­cron re­çoit de nou­veau les par­te­naires so­ciaux. UNE FRANCE À L’AR­RÊT. C’est ce que pré­voit le gou­ver­ne­ment, mar­di, avec la jour­née d’ac­tion de la fonc­tion pu­blique. Pour la pre­mière fois de­puis dix ans, toutes les cen­trales ap­pellent à la mo­bi­li­sa­tion. En cause, le gel du point d’in­dice, la re­mise en place du jour de ca­rence en cas d’ar­rêt ma­la­die, les 120 000 sup­pres­sions de postes an­non­cées pour le quin­quen­nat par Em­ma­nuel Ma­cron pen­dant sa cam­pagne, mais aus­si la hausse de la CSG, qui mal­gré la pro­messe gou­ver­ne­men­tale d’une com­pen­sa­tion, sus­cite des in­quié­tudes… La plu­part des ser­vices pu­blics se­ront tou­chés, les écoles et crèches tour­ne­ront au ra­len­ti ou se­ront fer­mées, et des per­tur­ba­tions sont à pré­voir dans les trans­ports – RER, SNCF mais aus­si 30 % des vols an­nu­lés.

Contrai­re­ment aux mo­bi­li­sa­tions contre les or­don­nances ré­for­mant le Code du tra­vail, les lea­ders syn­di­caux par­ti­ci­pe­ront cette fois aux ma­ni­fes­ta­tions. Phi­lippe Mar­ti­nez à la CGT dé­fi­le­ra à Pa­ris, Jean- Claude Mailly pour FO à Lyon, et Laurent Ber­ger de la CFDT en Ven­dée.

Les dis­cus­sions en cours entre les agents de la fonc­tion pu­blique et Gé­rald Dar­ma­nin, le mi­nistre de l’Ac­tion et des Comptes pu­blics, sont ten­dues. Même l’an­nonce fin sep­tembre de ra­me­ner le nombre de sup­pres­sion de postes à 1 600 dans la fonc­tion pu­blique d’Etat pour 2018 n’a pas suf­fi à cal­mer la grogne.

Le mou­ve­ment est aus­si en­cou­ra­gé par les élus lo­caux, re­mon­tés contre l’exé­cu­tif à cause, entre autres, des 13 mil­liards d’eu­ros d’éco­no­mie de­man­dés. Cer­taines mu­ni­ci­pa­li­tés en­cou­ragent ain­si leurs agents à faire grève mar­di, en pre­nant à leur charge le jour de grève. Le maire com­mu­niste d’Ivry- sur- Seine, par exemple, offre la jour­née à ses agents.

Faibles marges de ma­noeuvre. Face à cette fronde, le gou­ver­ne­ment es­time avoir peu de marges de ma­noeuvre, car il ne veut pas alour­dir les dé­penses bud­gé­taires. La for­mule qui consiste à aug­men­ter de 1 % le point d’in­dice oc­ca­sionne 2 mil­liards d’eu­ros de dé­pense pu­blique, tout en of­frant une aug­men­ta­tion de pou­voir d’achat li­mi­tée sur la feuille de paie de chaque agent. Aus­si, Gé­rald Dar­ma­nin en­tend-il prendre da­van­tage en compte le mé­rite. Mais rien n’y fait. « Le pro­blème est bien plus pro­fond, ex­plique un proche du dos­sier. Le ma­laise des fonc­tion­naires ne se li­mite pas à la seule fiche de paye, il est étroi­te­ment lié à un pro­blème de reconnaissance, de dé­clas­se­ment. » Et d’ajou­ter : « Mar­di, on va faire le dos rond et at­tendre que ce­la se passe. »

Le gou­ver­ne­ment ob­serve sur­tout com­ment l’échi­quier syn­di­cal se re­com­pose. JeanC­laude Mailly, se­cré­taire gé­né­ral de FO, est som­mé par sa base de se mon­trer moins conci­liant sur les or­don­nances, tout comme Laurent Ber­ger à la CFDT. Preuve en est : lun­di, les deux or­ga­ni­sa­tions par­ti­ci­pe­ront à une in­ter­syn­di­cale, ini­tiée par la CGT. Se­ront pré­sentes éga­le­ment la CFE-CGC, la CFTC, mais aus­si So­li­daires, l’Un­sa et la FSU… Une pre­mière de­puis le dé­but du quin­quen­nat ! Les or­ga­ni­sa­tions de jeunesse par­ti­ci­pe­ront aux dis­cus­sions.

Le gou­ver­ne­ment sur­veille comme le lait sur le feu ce qui se passe du cô­té des jeunes. « On sait que La France in­sou­mise fait tout pour mo­bi­li­ser cette ca­té­go­rie et at­tise la grogne étu­diante », confie une source gou­ver­ne­men­tale. La concer­ta­tion que mène Fré­dé­rique Vi­dal, la mi­nistre de l’En­sei­gne­ment su­pé­rieur, avec les étu­diants sur les pré­re­quis à l’Uni­ver­si­té est sui­vie de très près par Ma­ti­gnon et par l’Ely­sée.

D’ailleurs, dans les ré­formes à ve­nir, l’exé­cu­tif en­tend bien mettre l’ac­cent sur « le plan étu­diant ». Dans ce cadre, il pour­rait pro­po­ser un rat­ta­che­ment des étu­diants au ré­gime gé­né­ral de la Sé­cu­ri­té so­ciale, pour en fi­nir avec les mu­tuelles étu­diantes obli­ga­toires et sou­vent mal gé­rées. « Ça per­met­trait de sim­pli­fier le dis­po­si­tif et d’en fi­nir avec ce ré­gime d’ex­cep­tion qui date de l’après- guerre et qui n’est pas ef­fi­cace » , plaide un conseiller. D’au­tant que cette har­mo­ni­sa­tion pour­rait aus­si rap­por­ter de l’ar­gent à l’Etat.

Mu­tuelles étu­diantes. Si l’idée a dé­jà été lan­cée cet été, elle fait son che­min au sein de l’exé­cu­tif. Car, pour les étu­diants, la fin de la Sé­cu­ri­té so­ciale étu­diante ri­me­rait avec un gain de pou­voir d’achat. Au­jourd’hui, les élèves de l’en­sei­gne­ment su­pé­rieur sont te­nus de sous­crire une mu­tuelle étu­diante pour ob­te­nir leur carte Vi­tale, ce qui re­vient à payer plus de 200 eu­ros par an. Dans le nou­veau sys­tème que pour­rait pro­po­ser le gou­ver­ne­ment, l’étu­diant res­te­rait à la Sé­cu­ri­té so­ciale clas­sique, et au­rait tout le loi­sir de sous­crire à une mu­tuelle. Le gou­ver­ne­ment fait le pa­ri que la concur­rence fe­ra le reste, car toutes les mu­tuelles pour­raient pro­po­ser des contrats aux jeunes. Ce se­rait la fin d’une rente.

Po­li­ti­que­ment, ce­la pour­rait aus­si per­mettre de rec­ti­fier le tir après la bourde de cet été sur la baisse de 5 eu­ros des aides per­son­na­li­sées au lo­ge­ment et de faire un geste vers les jeunes. Pour ceux qui ne font pas d’étude, le gou­ver­ne­ment en­tend aus­si mettre le pa­quet. Il a dé­jà bud­gé­té 500 mil­lions d’eu­ros sup­plé­men­taires pour une ex­ten­sion de la ga­ran­tie jeune à 100 000 nou­veaux jeunes. Ce dis­po­si­tif per­met d’ac­com­pa­gner les moins de 25 ans en grande pré­ca­ri­té vers l’em­ploi ou la for­ma­tion.

En­fin, dès 2018, le mi­nis­tère du Tra­vail met­tra sur la table un mil­liard d’eu­ros pour la for­ma­tion, en ci­blant no­tam­ment les jeunes peu qua­li­fiés. Sans ou­blier la ré­forme de l’ap­pren­tis­sage qui fe­ra l’ob­jet d’une loi au prin­temps pro­chain.

Ma­ni­fes­ta­tion à Pa­ris contre la po­li­tique so­ciale me­née par Em­ma­nuel Ma­cron, le 28 sep­tembre. SI­PA PRESS

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