Le syn­drome vic­ti­maire de la fonc­tion pu­blique

L'Opinion - - La Une - Ni­co­las Bey­tout @ni­co­las­bey­tout

En écou­tant tous les lea­ders syn­di­caux ap­pe­ler les fonc­tion­naires à faire grève mar­di, on croit com­prendre que la fonc­tion pu­blique est au bord de l’as­phyxie. Et si l’on tend l’oreille en di­rec­tion des ar­gu­ments as­sé­nés par les di­ri­geants po­li­tiques (de gauche) qui dé­fi­le­ront avec les syn­di­ca­listes, on se de­mande comment les agents pu­blics peuvent sur­mon­ter des ca­dences aus­si in­fer­nales et ré­sis­ter à une telle pau­pé­ri­sa­tion de leur sta­tut.

Etrange syn­drome vic­ti­maire, cu­rieux dé­ni de réa­li­té. Car la vé­ri­té, telle qu’elle sort de la bouche des fonc­tion­naires eux-mêmes (ceux de Ber­cy), est bien dif­fé­rente : les sa­laires ont pro­gres­sé en 2016 et 2017 grâce à un coup de pouce don­né in ex­tre­mis par Fran­çois Hol­lande. Et les dé­penses de l’Etat sont dé­jà en hausse de 3 mil­liards d’eu­ros cette an­née : + 3,5 % de pro­gres­sion de la masse sa­la­riale. Qui ose­ra com­pa­rer ce chiffre avec la si­tua­tion dans le pri­vé ? Qui pour­ra pré­tendre que la ré­cente hausse de 8 % de l’ab­sen­téisme des agents de la fonc­tion pu­blique n’est pas la con­sé­quence di­recte de la sup­pres­sion du jour de ca­rence, ce geste de pure dé­ma­go­gie de Fran­çois Hol­lande ? Et comment as­si­mi­ler la pro­chaine sup­pres­sion de 1 600 postes dans la fonc­tion pu­blique à un bain de sang so­cial : ce­la ne re­pré­sente que 0,06 % du to­tal des ef­fec­tifs de l’Etat ?

Na­tu­rel­le­ment ces chiffres tra­duisent une moyenne et ne re­flètent pas la di­ver­si­té des si­tua­tions, en par­ti­cu­lier la ten­sion et le chaos qui peuvent ré­gner dans cer­tains sec­teurs (la san­té, la po­lice ou par­fois l’édu­ca­tion). C’est pour apai­ser ces points dou­lou­reux que le reste de la fonc­tion pu­blique de­vrait ac­cep­ter de se trans­for­mer. Ce n’est pas uni­que­ment de so­li­da­ri­té avec le reste des Fran­çais dont il s’agit, mais de res­pect pour ceux des agents pu­blics qui sont les plus ex­po­sés, en pre­mière ligne de l’ac­tion de l’Etat.

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