Bayer France va pro­fi­ter du ma­riage avec Mon­san­to

Sixième en­ti­té du géant al­le­mand, le groupe, qui a pris le vi­rage de la ro­bo­ti­sa­tion, est dé­jà en pointe dans l’agro­chi­mie

L'Opinion - - Déficits : Paris N’en A Pas Fini Avec Bruxelles - Re­naud Bel­le­ville Re­naud Bel­le­ville @re­naud­bell­ville

Le ra­chat de l’amé­ri­cain Mon­san­to pour quelque 66 mil­liards de dol­lars, an­non­cé en sep­tembre 2016, de­vrait être bou­clé dans quelques mois après l’ob­ten­tion de l’ac­cord de trente au­to­ri­tés de la concur­rence dans le monde. Il ré­équi­li­bre­ra les ac­ti­vi­tés de Bayer entre phar­ma­cie et agro­chi­mie. UN AN APRÈS AVOIR OB­TE­NU L’AC­CORD des ac­tion­naires de Mon­san­to, Bayer voit en­fin se pro­fi­ler la conclu­sion de son deal à 66 mil­liards de dol­lars. Mais l’ob­ten­tion de l’aval de trente au­to­ri­tés de la concur­rence s’avère plus long que pré­vu. On at­tend en ef­fet tou­jours ce­lui des deux plus im­por­tantes, l’Union eu­ro­péenne et les Etats-Unis. Or Bruxelles a dé­ci­dé d’en­ta­mer une en­quête ap­pro­fon­die en rai­son des consé­quences du rap­pro­che­ment sur la concur­rence dans le sec­teur des pes­ti­cides. La concré­ti­sa­tion de la tran­sac­tion, at­ten­due au­pa­ra­vant en fin d’an­née, de­vrait donc être re­pous­sée au pre­mier tri­mestre 2018.

En tout état de cause, Bayer France ne se­ra pas cham­bou­lé mais sor­ti­ra ren­for­cé du ma­riage de sa mai­son mère avec Mon­san­to. Alors que le géant al­le­mand réa­lise 50 % de ses 47 mil­liards d’eu­ros de ventes mon­diales dans la phar­ma­cie, et pour 25 % dans l’agro­chi­mie, sa fi­liale fran­çaise est plus équi­li­brée avec 44 % dans la phar­ma­cie et 39 % dans l’agro­chi­mie. D’ailleurs, si avec 1,5 mil­liard d’eu­ros de chiffre d’af­faires c’est la sixième im­plan­ta­tion du groupe, la so­cié­té di­ri­gée par Frank Gar­nier se hisse au troi­sième rang dans l’agro­chi­mie, der­rière les Etats-Unis et le Bré­sil mais de­vant l’Al­le­magne. Bayer France ex­porte ain­si les deux tiers de sa pro­duc­tion.

L’ab­sorp­tion de Mon­san­to qui doit do­per les ac­ti­vi­tés du groupe dans les pro­duits pour la pro­tec­tion des cultures ne chan­ge­ra donc pas la phy­sio­no­mie de Bayer France. D’au­tant que l’amé­ri­cain, dont les ventes mon­diales ne re­pré­sentent qu’un tiers de celles de Bayer est en­core plus pe­tit en France, pays ré­tif aux fa­meux OGM, avec seule­ment 500 sa­la­riés et 150 mil­lions de chiffre d’af­faires. En outre, « Mon­san­to France est sur­tout pré­sent dans la sé­lec­tion va­rié­tale des se­mences et la gé­né­tique du maïs qui offrent une com­plé­men­ta­ri­té presque par­faite avec nos ac­ti­vi­tés », sou­ligne Frank Gar­nier.

Glo­ba­le­ment, le groupe de Le­ver­ku­sen était trop pe­tit dans la gé­né­tique et l’agri­cul­ture de pré­ci­sion et l’union avec Mon­san­to va lui per­mettre de dé­ve­lop­per des pro­duits per­for­mants. En France, où il em­ploie 3 800 per­sonnes, Bayer pos­sède no­tam­ment son centre de re­cherche mon­dial dé­dié aux maladies des plantes, ins­tal­lé à Lyon, avec 210 cher­cheurs.

La re­cherche de Bayer dans l’Hexa­gone pros­père no­tam­ment grâce au cré­dit d’im­pôt re­cherche qui lui pro­cure 20 mil­lions par an

Et à Milly-la-Fo­rêt (Es­sonne) se trouve son pôle d’ex­cel­lence mon­diale pour l’amé­lio­ra­tion de la gé­né­tique du blé. Avec un bud­get de 150 mil­lions d’eu­ros par an, la re­cherche de Bayer dans l’Hexa­gone pros­père no­tam­ment grâce au cé­lèbre CIR (cré­dit d’im­pôt re­cherche) qui lui pro­cure quelque 20 mil­lions par an. S’y ajoute la qua­li­té des par­te­na­riats avec les or­ga­nismes pu­blics comme le CNRS.

Ce n’est pas la seule rai­son de la bonne com­pé­ti­ti­vi­té de la France. Contrai­re­ment à un ar­gu­ment souvent dé­ve­lop­pé, Frank Gar­nier sou­ligne que le sur­coût du tra­vail en France par rap­port à l’Al­le­magne (en rai­son des charges so­ciales) peut être com­pen­sé par la qua­li­té des per­son­nels. Bayer a, en outre, beau­coup re­cours aux ro­bots qui per­mettent un bon par­tage du tra­vail dans les ate­liers de pro­duc­tion sans nuire à l’em­ploi. A l’usine de Ville­franche-Li­mas (Rhône), la pro­duc­tion a été mul­ti­pliée par deux en dix ans et les ef­fec­tifs sont pas­sés de 300 à 350 sa­la­riés grâce au bon usage des ro­bots qui fa­vo­rise un en­ri­chis­se­ment des tâches. Les ou­vriers de­viennent ain­si, après une for­ma­tion pro­fes­sion­nelle, des opé­ra­teurs de pro­duc­tion char­gés du contrôle des ma­chines.

Bayer veut aus­si dé­ve­lop­per ses com­pé­tences dans la gé­né­tique des sub­stances na­tu­relles pour lut­ter contre les stress ( in­sectes, manque d’eau…). Ce­pen­dant si l’on peut dé­ve­lop­per des plants ré­sis­tants pour les cultures an­nuelles, c’est plus com­pli­qué pour d’autres pro­duits comme la vigne de plus en plus vic­time des aléas cli­ma­tiques. L’ad­di­tion des com­pé­tences de Bayer et de Mon­san­to ne se­ra donc pas inu­tile pour re­le­ver ce dé­fi.

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