Comment les re­trai­tés sont de­ve­nus plus riches que les ac­tifs

L'Opinion - - La Fabrique De L'Opinion - Ha­kim El Ka­roui PHO­TOS SIPA PRESS, DR

LE DÉ­BAT SUR LA HAUSSE de la CSG qui per­met une meilleure ré­par­ti­tion de l’ef­fort de fi­nan­ce­ment du sys­tème so­cial ne fait que com­men­cer et dé­jà des voix s’élèvent pour cri­ti­quer la charge nou­velle qui pèse sur les re­trai­tés. Il est donc utile ici de faire un pe­tit rap­pel his­to­rique de l’évo­lu­tion des re­ve­nus des gé­né­ra­tions pour consta­ter que l’en­ri­chis­se­ment des re­trai­tés n’est pas un phé­no­mène très ré­cent.

Quand on s’intéresse à l’évo­lu­tion du re­ve­nu dis­po­nible (1) des jeunes ac­tifs et des ba­by boo­mers en­core ac­tifs sur une pé­riode de vingt-six ans entre 1979 et 2005, on ob­serve que le re­ve­nu des 35-39 ans a di­mi­nué d’en­vi­ron 12% par rap­port à la moyenne na­tio­nale, tous âges confon­dus, tan­dis que ce­lui de la classe d’âge des 55-59 ans a pro­gres­sé de 11% par rap­port à la moyenne na­tio­nale. Il était 4% en des­sous de la moyenne na­tio­nale ; il se si­tue main­te­nant 7% au-des­sus.

En con­sé­quence, les jeunes ac­tifs qui ont la tren­taine ont per­du 23 points re­la­ti­ve­ment à leurs aî­nés de vingt ans. Au­tant que les in­éga­li­tés de re­ve­nu entre hommes et femmes ! En 2015, les mé­nages des per­sonnes âgées de 65 à 74 ans dis­po­saient d’un re­ve­nu dis­po­nible 1,05 fois su­pé­rieur à ce­lui des 2534 ans. Mais le plus sur­pre­nant, c’est que le re­ve­nu de cette tranche d’âge in­ac­tive a pro­gres­sé plus vite que ce­lui des mé­nages des jeunes ac­tifs puis­qu’il a ga­gné 25% en quinze ans alors que ce­lui des mé­nages de 25-34 ans n’a aug­men­té que de 12% pour at­teindre 31 250 eu­ros. Pour­quoi ? Parce que les re­ve­nus du ca­pi­tal ont aug­men­té plus vite que ceux re­ve­nus du tra­vail.

Pa­tri­moine.

Plu­sieurs rai­sons at­ten­dues l’ex­pliquent. Il faut du temps pour ac­cu­mu­ler du pa­tri­moine et il est donc nor­mal que l’on soit plus riche en moyenne à 60 ans qu’à 30. Deuxième fac­teur : l’âge des suc­ces­sions a sen­si­ble­ment re­cu­lé, du fait de l’al­lon­ge­ment de la du­rée de la vie : on hé­rite de plus en plus tard, à 52 ans en moyenne au­jourd’hui. Mais, sur­tout, les en­fants du ba­by-boom ont en­suite bé­né­fi­cié de condi­tions très fa­vo­rables : une longue pé­riode de crois­sance éco­no­mique avec les Trente Glo­rieuses et des condi­tions d’in­ser­tion pro­fes­sion­nelle très fa­vo­rables, dans une pé­riode où le chô­mage n’exis­tait pas, ou presque.

La forte crois­sance du pou­voir d’achat conju­guée à un ni­veau des taux d’in­té­rêt réel re­la­ti­ve­ment faible leur ont per­mis d’in­ves­tir. Si les taux d’in­té­rêt no­mi­naux étaient très éle­vés à l’époque (ils sont pas­sés de 8,5% à 12% entre 1970 et 1980), les taux d’in­té­rêt réels eux n’ont été en moyenne que de 2% de 1970 à 1980. Ils ont même été né­ga­tifs de 1973 à 1975. Pre­mier atout donc : des taux d’in­té­rêt réel bas. Deuxième atout, et pas des moindres : les prix de l’im­mo­bi­lier étaient très rai­son­nables. Ils os­cil­laient entre 1,25 et 1,5 fois le re­ve­nu dis­po­nible an­nuel par mé­nage, deux fois moins qu’au­jourd’hui ! Ajou­tons en­fin que les re­trai­tés fran­çais payent l’équi­valent de 2% de PIB de moins que les re­trai­tés al­le­mands pour le fi­nan­ce­ment du sys­tème so­cial et l’on abou­tit à la si­tua­tion ac­tuelle : les re­trai­tés fran­çais ont des re­ve­nus su­pé­rieurs aux ac­tifs et un pa­tri­moine beau­coup plus im­por­tant. Il faut le faire sa­voir !

(1) Le re­ve­nu dis­po­nible d’un mé­nage com­prend les re­ve­nus d’ac­ti­vi­té, les re­ve­nus du pa­tri­moine, les trans­ferts en pro­ve­nance d’autres mé­nages et les pres­ta­tions so­ciales, nets des im­pôts di­rects.

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