As­sem­blée: lutte d’in­fluence au­tour des groupes d’ami­tié

Un bras de fer pour les groupes d’ami­tié s’est en­ga­gé entre La Ré­pu­blique en marche et les Ré­pu­bli­cains à l’As­sem­blée na­tio­nale

L'Opinion - - La Une - Ca­ro­line Vi­gou­reux @Ca­roVi­gou­reux

Les pré­si­dences de ces groupes ont don­né lieu à une nou­vel af­fron­te­ment entre LREM et les Ré­pu­bli­cains

Après s’être ré­par­ti fin juin les postes clefs de l’As­sem­blée na­tio­nale, les dé­pu­tés doivent main­te­nant com­po­ser les groupes d’ami­tié du Pa­lais Bour­bon, qui re­groupent les élus qui ont un in­té­rêt par­ti­cu­lier pour un pays étran­ger. Ils ont jus­qu’à ven­dre­di pour re­joindre un ou plu­sieurs groupes. C’EST UNE RÉUNION QUI S’EST JOUÉE le 26 juillet der­nier, dans le huis clos de l’As­sem­blée na­tio­nale. La Ré­pu­blique en marche et les Ré­pu­bli­cains se sont li­vrés à un vé­ri­table bras de fer pour se ré­par­tir les pré­si­dences des 154 groupes d’ami­tié du Pa­lais Bour­bon. « C’était hou­leux, En Marche ! vou­lait tout… », rap­porte-t- on au groupe LR. La réunion, pré­si­dée par la vice-pré­si­dente de l’As­sem­blée, en charge des ques­tions in­ter­na­tio­nales, la dé­pu­tée de l’Oise Ca­role Bu­reau-Bon­nard, au­ra du­ré deux heures.

A la table des né­go­cia­tions, tous les groupes par­le­men­taires étaient re­pré­sen­tés par deux per­sonnes. Le pré­sident du groupe LREM, Ri­chard Fer­rand, est res­té trente mi­nutes avant de cé­der sa place à son chef de ca­bi­net, Me­ziane Rez­ki, et au dé­pu­té de Pa­ris, Pa­côme Ru­pin. Face à lui, le dé­pu­té LR des Bouches-du-Rhône, Guy Teis­sier, fin connais­seur des ar­canes de l’As­sem­blée puis­qu’il y siège de­puis 1993. « De ma­nière dis­cour­toise et par­fois vio­lente, LREM avait co­ché tous les pays eu­ro­péens. Pour faire en­tendre rai­son à Fer­rand, nous avons tout né­go­cié pied à pied, un vrai mar­chan­dage de pays, as­sure Guy Teis­sier. C’est un peu comme au jeu de l’oie : “tu me passes l’Ar­mé­nie, je te donne l’Ukraine”. » Une di­zaine de cas ont no­tam­ment fait dé­bat.

Les pré­si­dences des groupes sont ré­par­ties au pro ra­ta du nombre de dé­pu­tés. Avec 100 dé­pu­tés, Les Ré­pu­bli­cains ont ain­si droit à 27 pré­si­dences. Tra­di­tion­nel­le­ment, l’un des trois pays du Magh­reb re­vient au pre­mier groupe d’op­po­si­tion et les deux autres à la ma­jo­ri­té. Mais cette fois, le groupe de Ch­ris­tian Ja­cob n’en a ob­te­nu au­cun et c’est le dé­pu­té Nou­velle Gauche de Cha­rente, Jé­rôme Lam­bert, qui pré­si­de­ra le groupe France-Tu­ni­sie. Un bras de fer avait aus­si été en­ga­gé pour le groupe France-Co­morres. En marche a fi­ni par le cé­der aux Ré­pu­bli­cains, en la per­sonne de Man­sour Ka­mar­dine, dé­pu­té de Mayotte. LR a aus­si ob­te­nu la tête de groupes as­sez pri­sés (Va­ti­can, Es­pagne, Mo­na­co, PaysBas). Mais sur­tout la pré­si­dence du groupe qui a gé­né­ra­le­ment le plus de moyens, ce­lui des Etats-Unis, qui se­ra pré­si­dé par le même Guy Teis­sier.

« Une salle et des verres d’eau ». La Ré­pu­blique en marche s’est aus­si at­ti­rée les foudres du pré­sident du groupe com­mu­niste, An­dré Chas­saigne, dé­pu­té du Puy- de- Dôme. Le groupe France- Cuba re­vient ha­bi­tuel­le­ment aux com­mu­nistes. Cette fois, c’est le dé­pu­té LREM des Bouches-du-Rhône, Fran­çois-Mi­chel Lam­bert, qui a ré­cu­pé­ré le poste. « Ce genre d’exer­cice fait tou­jours des dé­çus. Mais je n’ai re­çu au­cune ré­cri­mi­na­tion de­puis », tem­père Ca­role Bu­reau-Bon­nard.

En dé­but de lé­gis­la­ture, les dé­pu­tés avaient rem­pli un for­mu­laire d’adhé­sion, en­voyé par les ser­vices de l’As­sem­blée, pour faire connaître leurs sou­haits de re­joindre tel ou tel groupe à tel ou tel poste (pré­sident, vice-pré­sident, se­cré­taire, membre). Les groupes les plus pri­sés sont ceux des prin­ci­paux par­te­naires eu­ro­péens (Al­le­magne, Es­pagne…) ou les pays les plus puis­sants (Etats-Unis, Chine…). D’autres pays, comme Wal­lis- et-Fu­tu­na ou les îles Fid­ji, sont for­cé­ment moins convoi­tés.

Les autres groupes ont dû se ré­par­tir ce qu’il res­tait. Avec dix-sept dé­pu­tés, La France in­sou­mise a par exemple droit à cinq pré­si­dences. Pour eux, c’est le dé­pu­té du Nord Ugo Ber­na­li­cis qui gé­rait les né­go­cia­tions. Le dé­pu­té de la Seine-Saint-De­nis, Alexis Cor­bière, pré­si­de­ra le groupe France- Chi­li. « C’est un pays que je connais per­son­nel­le­ment et qui m’in­té­resse po­li­ti­que­ment », ré­sume ce­lui qui par­tage sa vie avec la fran­co-chi­lienne, Ra­quel Gar­ri­do, por­te­pa­role de La France in­sou­mise.

Tous les groupes doivent se ré­par­tir une seule et même ca­gnotte, de 180 000 à 200 000 eu­ros an­nuels. Ce sont les groupes des pays les plus puis­sants qui ar­rivent à ob­te­nir le plus de moyens. « On m’a fait com­prendre qu’à part une salle pour ac­cueillir les gens et des verres d’eau, il ne fal­lait pas s’at­tendre à grand-chose, dé­plore Alexis Cor­bière. Pré­si­der un groupe d’ami­tié est un titre ho­no­ri­fique qui n’a au­cun in­té­rêt si on n’en fait rien ». Il est vrai qu’à chaque lé­gis­la­ture, la ma­jo­ri­té des groupes d’ami­tié fi­nissent par s’en­dor­mir tran­quille­ment. Le groupe France-Sy­rie re­vient à LREM. Seuls cer­tains d’entre eux de­meurent ac­tifs, avec des réunions ré­gu­lières, des ré­cep­tions de l’am­bas­sa­deur et de la dé­lé­ga­tion par­le­men­taire du pays concer­né, et par­fois même des dé­pla­ce­ments dans le pays en ques­tion. Tout dé­pend du bud­get al­loué au groupe. Comme le veut le pro­to­cole, chaque dé­lé­ga­tion d’un par­le­ment étran­ger est re­çue dans les tri­bunes de l’hé­mi­cycle et sa­lué par tous les dé­pu­tés, qui les ap­plau­dissent, de­bout.

Cer­tains membres de ces groupes d’ami­tié tentent même de mettre en place une di­plo­ma­tie par­le­men­taire. Le Quai d’Or­say re­garde tou­jours les vel­léi­tés des par­le­men­taires avec mé­fiance. « Entre dé­lé­ga­tion des pays res­pec­tifs, le lan­gage est plus di­rect, on est plus libre », es­time Guy Teis­sier. Pa­ra­doxa­le­ment, si ce sont les groupes des grands pays les plus pri­sés, les groupes des « pe­tits pays » per­mettent au contraire de dé­ve­lop­per de vraies re­la­tions bi­la­té­rales, par­fois in­exis­tantes.

Pour cer­tains pays, les choses sont plus com­pli­quées. Plu­sieurs Etats ne ré­pondent pas aux trois cri­tères qui per­mettent aux dé­pu­tés de créer un groupe d’ami­tié : être membre de l’ONU, avoir un Par­le­ment et en­tre­te­nir des re­la­tions di­plo­ma­tiques avec les autres pays. Pour les états qui ne cochent pas ces trois cases, ce ne sont pas des groupes d’ami­tié qui voient le jour mais des groupes d’études à vo­ca­tion in­ter­na­tio­nale, ap­pe­lés GEVI (Pa­les­tine, Co­rée du Nord…), dans le jar­gon de l’As­sem­blée na­tio­nale.

Le groupe d’ami­tié France-Sy­rie doit pro­chai­ne­ment chan­ger de sta­tut pour avoir ce­lui de « GEVI ». La ré­par­ti­tion des postes pour ce groupe a pour le mo­ment été ge­lée. Mais il a été tran­ché que sa pré­si­dence se­rait de toute fa­çon as­su­rée par un dé­pu­té de La Ré­pu­blique en marche. Une réunion sur les « GEVI » doit se te­nir fin oc­tobre, pour ré­par­tir les der­niers postes.

Les dé­pu­tés ont ba­taillé pied à pied pour se ré­par­tir les pré­si­dences des 154 groupes d’ami­tié du Pa­lais Bour­bon. SIPA PRESS

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