Le pa­tro­nat lo­cal pré­voit le pire

L'Opinion - - News - G.S.

LE CIRCULO DE ECONOMIA, centre de ré­flexion réunis­sant le gra­tin du monde de l’éco­no­mie ca­ta­lane, a joué la carte de la dis­cré­tion en ren­con­trant en pri­vé, le week-end der­nier, Carles Puig­de­mont, le pré­sident de l’exé­cu­tif ré­gio­nal, pour l’aver­tir de la gra­vi­té de la si­tua­tion. Le pa­tro­nat lo­cal, lui, a dé­ci­dé d’ex­pri­mer so­len­nel­le­ment ses in­quié­tudes. A quelques heures du dis­cours dé­ci­sif de Carles Puig­de­mont sur l’ave­nir de la Ca­ta­logne, son or­ga­ni­sa­tion Fo­ment del Tre­ball a réuni dans l’ur­gence son co­mi­té exé­cu­tif. A l’is­sue, l’ins­tance a pu­blié lun­di soir un com­mu­ni­qué très dur in­ti­tu­lé « le Fo­ment dit as­sez ! ». Elle y de­mande aux di­ri­geants po­li­tiques de « se mon­trer res­pon­sables et de ne pas faire un pas de plus sur le che­min in­cer­tain ini­tié par le Par­le­ment de Ca­ta­logne ».

Si au­cun nom n’est ci­té, la charge est vi­ru­lente contre l’équipe di­ri­geante de la ge­ne­ra­li­tat qui, « avec une courte ma­jo­ri­té au Par­le­ment », a fran­chi les fron­tières de l’illé­ga­li­té ame­nant « le pays vers le dis­cré­dit na­tio­nal et in­ter­na­tio­nal et, qui sait, vers la faillite éco­no­mique ». « De­puis dé­cembre 2015 [date des der­nières élec­tions ré­gio­nales], la si­tua­tion a dé­ri­vé sur un sen­tier d’in­cer­ti­tude. Seule la force de l’éco­no­mie es­pa­gnole en gé­né­ral, et de l’éco­no­mie ca­ta­lane en par­ti­cu­lier, a per­mis de ré­sis­ter lors des exer­cices de 2016 et 2017 », ex­plique l’or­ga­ni­sa­tion pré­si­dée par Joa­quim Gay de Mon­tel­la qui a fait une grande par­tie de sa car­rière dans la banque chez ABN Am­ro, puis chez Aber­tis (in­fra­struc­tures).

Fuite des ca­pi­taux. Les deux grands groupes fi­nan­ciers ca­ta­lans Ban­co Sa­ba­dell et CaixaBank ont dé­ci­dé, la se­maine der­nière, de trans­fé­rer leurs sièges so­ciaux en de­hors de la ré­gion. Ils font chaque jour des émules. Des géants du sec­teur des ser­vices comme Gas Na­tu­ral Fe­no­sa (éner­gie), Aber­tis, Co­lo­nial (im­mo­bi­lier), Ag­bar (trai­te­ment de l’eau) et Cell­nex (té­lé­com­mu­ni­ca­tions) ont fran­chi le pas tan­dis que d’autres en­tre­prises em­blé­ma­tiques comme Gru­po Pla­ne­ta (édi­tion) ou les pro­duc­teurs de vins Co­dor­niu et Freixe­net en­vi­sagent de le faire si la si­tua­tion conti­nuait à se dé­té­rio­rer. L’iro­nie de l’his­toire veut que les di­ri­geants de plu­sieurs de ces firmes ont long­temps flir­té avec l’in­dé­pen­dan­tisme... C’est le cas no­tam­ment du ges­tion­naire de fonds GVC Gaes­co dont cer­tains res­pon­sables sont proches d’Om­nium cultu­ral, or­ga­ni­sa­tion par­ti­cu­liè­re­ment ac­tive avec l’As­sem­blée na­tio­nale ca­ta­lane dans l’or­ga­ni­sa­tion du ré­fé­ren­dum illé­gal.

Se­lon une étude réa­li­sée par une école de com­merce belge, pu­bliée par le quo­ti­dien des af­faires Cin­co Días, l’exode des sièges so­ciaux au­rait dé­jà coû­té 3,7 mil­liards d’eu­ros à la Ca­ta­logne (soit 0,3 % de son pro­duit in­té­rieur brut), chiffre qui pour­rait grim­per à 6,5 mil­liards si les autres mènent leurs pro­jets de dé­mé­na­ge­ment à exé­cu­tion. « Des cen­taines de firmes de plus pe­tite taille les suivent et elles pour­raient être des mil­liers dans la si­tua­tion ac­tuelle où des syn­di­cats ab­so­lu­ment mi­no­ri­taires ap­pellent en per­ma­nence à des grèves gé­né­rales », ajoute Fo­ment del Tre­ball. L’or­ga­ni­sa­tion s’in­quiète aus­si du fait que des in­dus­triels im­por­tants ont sus­pen­du tout nou­vel in­ves­tis­se­ment et que les ré­ser­va­tions hô­te­lières ont chu­té de 50% en un an. Sans par­ler des Ca­ta­lans qui com­mencent à mettre leurs éco­no­mies ailleurs en Es­pagne, même si cette fuite des ca­pi­taux est en­core dif­fi­ci­le­ment quan­ti­fiable.

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