Com­merz­bank, fu­tur el­do­ra­do des ban­quiers fran­çais ?

Con­si­dé­ré comme le mar­ché ban­caire le plus dif­fi­cile de la zone eu­ro, l’Al­le­magne at­tire pour­tant les convoi­tises

L'Opinion - - News - Re­naud Bel­le­ville et Mu­riel Motte @re­naud­bell­ville

Après l’in­té­rêt pour Com­merz­bank prê­té à BNP Pa­ri­bas, le di­rec­teur gé­né­ral du Cré­dit agri­cole se dé­clare in­té­res­sé par la deuxième banque com­mer­ciale al­le­mande. L’AL­LE­MAGNE, NOU­VEAU PAYS DE COCAGNE pour les banques fran­çaises ? « Si une grande banque comme Com­merz­bank était en ef­fet à vendre, nous de­vrions, en tant que l’un des éta­blis­se­ments les plus im­por­tants de la zone eu­ro, cer­tai­ne­ment ana­ly­ser ce­la », a dé­cla­ré lun­di le pa­tron du Cré­dit agri­cole, Phi­lippe Bras­sac dans la presse al­le­mande. Un com­men­taire qui in­ter­vient peu de temps après la marque d’in­té­rêt de BNP Pa­ri­bas pour le nu­mé­ro deux al­le­mand.

Pour­tant, le mar­ché de la banque com­mer­ciale est très dif­fi­cile outre- Rhin. Une étude de la même BNP Pa­ri­bas da­tant du prin­temps 2016, sou­li­gnait que, « pé­na­li­sées par l’émiet­te­ment des parts de mar­ché, les marges d’in­té­rêt de­meurent étroites com­pa­rées aux autres pays de la zone eu­ro, en par­ti­cu­lier pour les banques com­mer­ciales pri­vées. Le poids des deux ré­seaux des caisses d’épargne et des éta­blis­se­ments mu­tua­listes, non seule­ment li­mite les vo­lumes d’ac­ti­vi­té des banques com­mer­ciales, mais les prive éga­le­ment des re­ve­nus stables qui pour­raient com­pen­ser la plus grande vo­la­ti­li­té des re­ve­nus de la banque d’in­ves­tis­se­ment ».

La sur­ban­ca­ri­sa­tion ca­rac­té­rise l’Al­le­magne. Mal­gré une pre­mière phase de concen­tra­tions dans les an­nées 1990 ( le sec­teur comp­tait 4 582 éta­blis­se­ments au tout dé­but de cette dé­cen­nie), 1 775 banques sub­sistent au­jourd’hui, dont 271 pri­vées, 1 023 co­opé­ra­tives et 414 caisses d’épargne. Ce­la re­pré­sente un ra­tio de 2,2 en­ti­tés pour 100 000 ha­bi­tants, trois fois plus éle­vé qu’en France. Grâce à leurs ré­seaux et à un sta­tut qui les pro­tège de la con­cur­rence, les caisses d’épargne dé­gagent des marges nettes plus éle­vées que les banques com­mer­ciales. Mais glo­ba­le­ment, la ren­ta­bi­li­té de la fi­nance al­le­mande fait pâle fi­gure en Eu­rope, avec un coût d’ex­ploi­ta­tion moyen de 73 % contre 64 % dans le reste de la zone Eu­rope.

Dans ce mar­ché très concur­ren­tiel, big est en train de re­de­ve­nir beau­ti­ful. Le nu­mé­ro un Deutsche Bank vient d’aban­don­ner son pro­jet de cé­der sa fi­liale Post­bank. Le nou­veau pa­tron du groupe John Cryan, a en ef­fet es­ti­mé qu’avec des taux d’in­té­rêt très bas, il était plus in­té­res­sant d’avoir une base de clien­tèle de par­ti­cu­liers la plus large pos­sible pour amor­tir les coûts et les nou­veaux in­ves­tis­se­ments. La com­bi­nai­son de Deutsche Bank et Post­bank re­pré­sente 20 mil­lions de consom­ma­teurs en Al­le­magne, dont dix mil­lions ont dé­jà ac­cès aux offres di­gi­tales.

Mit­tel­stand. Par ailleurs, les banques com­mer­ciales qui ne re­pré­sentent que 14 % des éta­blis­se­ments as­surent 26 % des cré­dits consen­tis aux en­tre­prises, c’est-à-dire no­tam­ment au très dy­na­mique Mit­tel­stand qui fait la puis­sance du pays. C’était la spé­cia­li­té de Com­merz­bank et une de ses ac­ti­vi­tés les plus ren­tables.

C’est sans doute ce qui sé­duit au­jourd’hui les pa­trons de BNP Pa­ri­bas et du Cré­dit Agri­cole. Bien im­plan­tés en France, au Be­ne­lux et en Ita­lie pour le pre­mier, nu­mé­ro un en France et très présent en Ita­lie pour le se­cond, les deux géants tri­co­lores souffrent de leur trop faible im­plan­ta­tion outre- Rhin. « Ce­lui qui met­tra la main sur Com­merz­bank joue­ra un rôle clé dans la trans­for­ma­tion du sec­teur ban­caire al­le­mand, constate Thier­ry Grouès, di­rec­teur as­so­cié chez EY. Il de­vra certes re­struc­tu­rer ce groupe en pro­fon­deur et dé­ve­lop­per un mo­dèle beau­coup plus cen­tré sur le di­gi­tal. Mais il se­ra en po­si­tion de lea­der dans la pre­mière éco­no­mie de la zone eu­ro au mo­ment où la ré­gle­men­ta­tion va pous­ser à une concen­tra­tion des banques al­le­mandes. C’est l’oc­ca­sion pour un grand groupe fran­çais d’agré­ger des sa­voir­faire ban­caires, et pour­quoi pas d’as­su­rance, tout en al­lant cher­cher des clients plus à l’est de l’Eu­rope. »

Reste main­te­nant à convaincre les prin­ci­paux ac­tion­naires, à com­men­cer par l’État fé­dé­ral qui dé­tient 15 % du ca­pi­tal de Com­merz­bank. Mal­gré le dou­ble­ment de son cours en un an, l’ac­tion est tou­jours très loin du prix de re­vient de Ber­lin. Pour sé­duire la fu­ture coa­li­tion d’An­ge­la Mer­kel, il fau­dra sans doute mettre sur la table plus de 25 mil­liards d’eu­ros, contre une ca­pi­ta­li­sa­tion bour­sière de 14,5 mil­liards au­jourd’hui.

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