Col­lec­ti­vi­tés lo­cales : fi­nie l’ex­plo­sion des em­bauches

Dans les ter­ri­toires, les em­bauches ont bon­di de 100 000 entre 2010 et 2014. La baisse des do­ta­tions a mis un terme à cette in­fla­tion

L'Opinion - - News - Ra­phaël Le­gendre @LEGENRA

Se­lon le der­nier ba­ro­mètre RH des as­so­cia­tions d’élus lo­caux, les dé­penses de per­son­nels conti­nuent de stag­ner pour une col­lec­ti­vi­té sur deux en 2017. 58 % es­timent que la baisse des do­ta­tions de l’Etat a un im­pact sur leurs res­sources hu­maines, et no­tam­ment sur les re­cru­te­ments. Près de la moi­tié (46 %) ne compte pas rem­pla­cer tous les dé­parts en re­traites. C’EST UN AVANT-GOÛT QUI PRÉCÈDE le rap­port de la Cour des comptes sur les fi­nances lo­cales ce mer­cre­di. Plu­sieurs as­so­cia­tions d’élus lo­caux (com­munes, dé­par­te­ments et ré­gions) ont pu­blié mar­di la troi­sième édi­tion du ba­ro­mètre RH des col­lec­ti­vi­tés lo­cales. « Un ou­til qui per­met d’ob­jec­ti­ver les choses pour sor­tir des pro­pos de comp­toirs sur l’évo­lu­tion de la masse sa­la­riale dans la fonc­tion pu­blique ter­ri­to­riale », a com­men­té le se­cré­taire gé­né­ral de l’As­so­cia­tion des maires de France (AMF) et pré­sident du Con­seil su­pé­rieur de la fonc­tion pu­blique (CSFPT), le maire de Sceaux Phi­lippe Laurent.

Preuve que la baisse des do­ta­tions fonc­tionne, la moi­tié des 805 DRH, di­rec­teurs gé­né­raux des ser­vices et élus lo­caux son­dés par l’Ins­ti­tut CSA ont dé­cla­ré que leurs dé­penses de per­son­nel de­vraient stag­ner cette an­née (51 %, en baisse de 2 points par rap­port à 2016). 12 % es­timent même qu’elles bais­se­ront. Seul un gros tiers pré­voit d’em­bau­cher et/ou d’aug­men­ter leurs col­la­bo­ra­teurs, no­tam­ment dans les ré­gions (73 %) et les com­mu­nau­tés de com­munes (59%).

Les grandes an­nées d’em­bauches dans la fonc­tion pu­blique ter­ri­to­riale semblent donc der­rière nous. En 2015 dé­jà, l’In­see avait consta­té pour la pre­mière fois une baisse du nombre de fonc­tion­naires et de contrac­tuels (-0,3 %), com­pen­sée ce­pen­dant par une aug­men­ta­tion des em­bauches en contrats ai­dés. L’un dans l’autre, les ef­fec­tifs étaient res­tés stables cette an­née­là (+ 0,1 %). Une mo­dé­ra­tion qui semble du­rer pour l’ins­tant, même si da­van­tage de son­dés se dé­clarent prêts à créer des postes (21 % en 2017 contre 16% en 2016).

Pour maî­tri­ser leur masse sa­la­riale, 46 % des col­lec­ti­vi­tés ne comptent pas rem­pla­cer tous les dé­parts en re­traite. C’est plus com­pli­qué pour l’aug­men­ta­tion du temps de tra­vail. Des marges de ma­noeuvre existent pour­tant. Se­lon l’étude, seuls 69 % des col­lec­ti­vi­tés sont aux 35 heures. « Nous n’ar­ri­ve­rons ja­mais à 100 % car cer­tains mé­tiers sont as­su­jet­tis à des contraintes de tra­vail de nuit ou le di­manche, et ne sont pas aux 35 heures », ex­plique Phi­lippe Laurent, au­teur d’un rap­port re­mar­qué l’an­née der­nière sur le temps de tra­vail dans la fonc­tion pu­blique ter­ri­to­riale. « Mais les choses

« L’aug­men­ta­tion de la masse sa­la­riale des col­lec­ti­vi­tés est ma­jo­ri­tai­re­ment due à des dé­ci­sions prises par l’Etat, pour les­quelles nous sommes ra­re­ment as­so­ciés »

avancent », as­sure ce der­nier. « Par contre, ce qui n’est pas nor­mal, c’est que seule­ment 75 % des col­lec­ti­vi­tés pos­sèdent un do­cu­ment re­cen­sant le nombre to­tal de jours de congé. Nous de­vrions être à 100% », ajoute le pré­sident du CSFPT.

Reste un sen­ti­ment d’amer­tume chez les élus lo­caux, souvent bro­car­dés par Ber­cy comme d’ir­res­pon­sables ges­tion­naires alors qu’ils ne pèsent que 18% de la dé­pense pu­blique pour 60% de l’in­ves­tis­se­ment, et sont en ex­cé­dent bud­gé­taire. Les édiles dé­noncent un manque grave de concer­ta­tion entre l’Etat et les ter­ri­toires.

Pro­to­cole de re­va­lo­ri­sa­tion des car­rières longues, aug­men­ta­tions de co­ti­sa­tions, nou­veaux pro­to­coles de ré­gimes in­dem­ni­taires… « L’aug­men­ta­tion de la masse sa­la­riale des col­lec­ti­vi­tés est ma­jo­ri­tai­re­ment due à des dé­ci­sions prises par l’Etat, pour les­quelles nous sommes ra­re­ment as­so­ciés », sou­ligne le pré­sident du Centre na­tio­nal de la fonc­tion pu­blique ter­ri­to­riale, Fran­çois De­lu­ga, qui dé­nonce à rai­son les « in­jonc­tions contra­dic­toires » de l’Etat.

Beau­coup des fonc­tion­naires des­cen­dus mar­di dans la rue ont aus­si fait part de leur ras-le­bol face aux cri­tiques par­fois ca­ri­ca­tu­rales dont ils sont vic­times. « A force de dé­ni­grer les fonc­tion­naires, ce sont les condi­tions de tra­vail de nos col­la­bo­ra­teurs que l’on dé­grade », abonde Alexandre Tou­zet, de l’As­so­cia­tion des dé­par­te­ments de France, qui constate un dur­cis­se­ment des re­la­tions avec les usa­gers. Des ques­tions qui se­ront cer­tai­ne­ment aus­si sur table des dis­cus­sions entre le mi­nistre de l’Ac­tion et des Comptes pu­blics, Gé­rald Dar­ma­nin, et les syn­di­cats de fonc­tion­naires lors de leur pro­chaine né­go­cia­tion sa­la­riale, le 16 oc­tobre.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.