« Ce fut une vraie ré­vo­lu­tion… »

L'Opinion - - News - In­ter­view C.L.

est pré­sident ho­no­raire de la TSE et de l’uni­ver­si­té Tou­louse Ca­pi­tole.

Quel a été le rôle de l’éco­no­miste Jean-Jacques Laf­font dans la créa­tion de la TSE ?

Ja­mais la TSE n’au­rait vu le jour sans lui. Si après son dé­cès bru­tal en 2004 l’aven­ture a conti­nué, c’est certes grâce à la pe­tite équipe de cher­cheurs qu’il avait fé­dé­rée au­tour de lui pen­dant vingt ans avec Jean Ti­role, Jacques Cré­mer, Ch­ris­tian Gol­lier, Marc Ival­di ou Pa­trick Rey. Mais c’est à son éner­gie, sa vo­lon­té, son cu­lot et son in­tel­li­gence hors norme que l’on doit cette réus­site. Il faut ima­gi­ner l’am­biance, en 1980 quand Jean-Jacques Laf­font a eu l’idée de créer une école d’éco­no­mie de re­nom­mée mon­diale, ca­pable de ri­va­li­ser avec les grandes uni­ver­si­tés amé­ri­caines et de pu­blier des tra­vaux de re­cherches dans les re­vues les plus pres­ti­gieuses du monde aca­dé­mique. Une ré­vo­lu­tion dans une France où les uni­ver­si­tés étaient toutes cen­sées être égales, ain­si que les la­bo­ra­toires de re­cherche qui re­ce­vaient tous le même quo­ta de sub­ven­tions pu­bliques. A l’époque, il était plus fa­cile pour nous d’être re­con­nus par nos pairs scien­ti­fiques an­glo-saxons que par notre mi­nis­tère de tu­telle. L’autre au­dace de Jean-Jacques Laf­font a consis­té à de­man­der des fi­nan­ce­ments pri­vés, à l’époque EDF et France Te­le­com, en leur pro­po­sant un ac­cord in­croyable : ils fi­nan­çaient de la re­cherche fon­da­men­tale sans au­cun droit de re­gard sur les orien­ta­tions des tra­vaux et pou­vaient, à condi­tion de payer là aus­si, dis­po­ser d’ex­per­tise sur leur mar­ché ap­por­tée par nos scien­ti­fiques.

Le vrai dé­mar­rage de la TSE en ma­tière de fi­nan­ce­ment pri­vé a été la créa­tion d’une fon­da­tion de co­opé­ra­tion scien­ti­fique per­mise par la loi de pro­gramme de la re­cherche de 2006 du mi­nistre Fran­çois Gou­lard. Avec Ni­co­las Sar­ko­zy, nous avons fa­vo­ri­sé la créa­tion de fonds de do­ta­tion et des fonds uni­ver­si­taires ; mais il s’agis­sait sur­tout d’en­voyer à l’opi­nion pu­blique un mes­sage se­lon le­quel les équipes de cher­cheurs avaient le droit de le­ver des fonds pri­vés ; qu’avoir des mé­cènes n’était pas un pé­ché ou une faute mo­rale ! Ce­la a ai­dé la TSE dans sa dé­marche au­près d’in­ves­tis­seurs, mais le vé­hi­cule exis­tait dé­jà de­puis deux ans.

Ce mo­dèle reste pour­tant une ex­cep­tion…

C’est nor­mal car les in­ves­tis­seurs pri­vés sont très exi­geants et ne fi­nancent la re­cherche fon­da­men­tale que s’ils ont l’as­su­rance d’avoir la meilleure des équipes de cher­cheurs ca­pables de faire des dé­cou­vertes qui of­fri­ront un avan­tage com­pé­ti­tif à leur in­dus­trie. Elles pro­cèdent à des éva­lua­tions bru­tales. En­suite, il faut être prêt à af­fron­ter un sys­tème uni­ver­si­taire et scien­ti­fique qui évo­lue certes po­si­ti­ve­ment mais reste en­core in­croya­ble­ment her­mé­tique. Les sta­tuts ju­ri­diques des uni­ver­si­tés sont un peu plus ou­verts de­puis les ré­formes de Ni­co­las Sar­ko­zy, que Fran­çois Hol­lande n’a ja­mais re­mis en cause : elles peuvent mo­du­ler leur masse sa­la­riale ou né­go­cier leurs propres contrats de tra­vail mais n’ont pas en­core suf­fi­sam­ment de li­ber­té, no­tam­ment parce qu’elles n’ont pas la jouis­sance de leur im­mo­bi­lier. C’est fon­da­men­tal : à Mon­tréal, l’uni­ver­si­té est pro­prié­taire de son ter­rain, ce qui lui a per­mis d’ac­cueillir comme lo­ca­taire de grandes en­tre­prises et d’as­su­rer ain­si des dé­bou­chés et des fi­nan­ce­ments !

SIPA PRESS

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