Sec­teur pu­blic, sa­laires et ef­fi­ca­ci­té

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ON S’AT­TEN­DAIT À CE QUE LE BUD­GET 2018 pré­voie un nombre im­por­tant de sup­pres­sions d’em­plois dans la fonc­tion pu­blique. Par rap­port à l’ob­jec­tif af­fi­ché dans le pro­gramme d’Em­ma­nuel Ma­cron de 120 000 sup­pres­sions sur la man­da­ture, les 1 600 pré­vus sont une sur­prise. As­sez pa­ra­doxa­le­ment, une bonne sur­prise pour la crois­sance. Ras­su­rez-vous : ce pro­pos ne si­gni­fie pas que l’au­teur de ces lignes s’est ral­lié à une vi­sion éta­tiste de la vie et de l’éco­no­mie. Il s’agit sim­ple­ment de consta­ter que le mode de cal­cul du pro­duit in­té­rieur brut (le cé­lèbre PIB) conduit à faire de la masse sa­la­riale de la fonc­tion pu­blique une me­sure de sa pro­duc­tion. Pour être pré­cis, pour éva­luer la pro­duc­tion du sec­teur pu­blic, les comp­tables na­tio­naux as­si­milent cette pro­duc­tion aux quelque 285 mil­liards d’eu­ros de sa­laires ver­sés par l’Etat, les col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales et les hô­pi­taux.

Cette mé­thode étrange, qui fait en par­ti­cu­lier de la pug­na­ci­té des syn­di­cats lors des né­go­cia­tions sa­la­riales un élé­ment d’en­ri­chis­se­ment du pays, re­pose sur l’idée qu’à l’ins­tar du sec­teur pri­vé, le sec­teur pu­blic ré­mu­nère ses agents sur la base de leur ef­fi­ca­ci­té. Dans l’en­tre­prise, une aug­men­ta­tion de sa­laire s’ac­com­pagne d’une aug­men­ta­tion pa­ral­lèle de la pro­duc­ti­vi­té du sa­la­rié concer­né. En cal­quant ce rai­son­ne­ment à la fonc­tion pu­blique, les sta­tis­ti­ciens consi­dèrent que l’Etat aug­mente ses fonc­tion­naires quand il es­time que leur pro­duc­ti­vi­té s’est ac­crue.

Cette bi­zar­re­rie in­tel­lec­tuelle ne doit pas nous in­duire en er­reur. Car il existe deux dif­fé­rences fon­da­men­tales entre l’en­tre­prise et l’Etat. L’en­tre­prise évo­luant dans un en­vi­ron­ne­ment concur­ren­tiel, elle doit en per­ma­nence s’as­su­rer de l’ef­fi­ca­ci­té du tra­vail qui s’y ac­com­plit par rap­port à ce­lui réa­li­sé chez ses concur­rents ; elle doit en­suite te­nir compte des réactions de ses clients qui peuvent la quit­ter à tout mo­ment. Ce­la

N’étant pas client, mais contri­buable et usa­ger, le ci­toyen su­bit l’ac­tion pu­blique in­dé­pen­dam­ment de sa qua­li­té

lui donne des élé­ments d’ap­pré­cia­tion ob­jec­tifs sur la per­ti­nence de son ac­tion et sur l’ef­fi­ca­ci­té de sa main-d’oeuvre.

L’Etat, lui, est en mo­no­pole et dis­pose de la force pour ob­te­nir ses res­sources sous forme d’im­pôts. N’étant pas client, mais contri­buable et usa­ger, le ci­toyen su­bit l’ac­tion pu­blique in­dé­pen­dam­ment de sa qua­li­té. Certes, la dé­mo­cra­tie est là pour lui don­ner les moyens de faire va­loir ses éven­tuels mé­con­ten­te­ments, mais exil fis­cal et op­ti­mi­sa­tion, sar­casmes et dia­tribes sur les fonc­tion­naires montrent que ce sys­tème n’est pas plei­ne­ment sa­tis­fai­sant.

De ce­ci, dé­coulent deux né­ces­si­tés. Sur le plan comp­table, il est urgent de re­ve­nir à une ana­lyse cen­trée sur le « PIB mar­chand », c’est-à-dire la pro­duc­tion confron­tée en per­ma­nence à la réa­li­té du mar­ché ; sur le plan de l’or­ga­ni­sa­tion, il est urgent d’en­ga­ger une re­fonte de l’or­ga­ni­sa­tion pu­blique pour bri­ser les mo­no­poles et mettre en con­cur­rence des sec­teurs au­jourd’hui éta­tiques qui pour­raient être pris en charge par des en­tre­prises comme les trans­ports, mais aus­si l’en­sei­gne­ment et la san­té. Jean-Marc Da­niel est éco­no­miste as­so­cié à l’Ins­ti­tut de l’en­tre­prise.

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