Crises ou pas, les agri­cul­teurs al­le­mands se passent de l’Etat

L'Opinion - - Agriculture : Le Bonheur Est Dans Le Marché - Luc An­dré (à Ber­lin)

MAR­DI, 500 ÉLE­VEURS ONT RÉ­PAN­DU du lait en poudre de­vant le siège du gou­ver­ne­ment ba­va­rois. Ces ac­tions sym­bo­liques sont plu­tôt rares outre- Rhin. Le monde agri­cole n’a pas pour ha­bi­tude de des­cendre dans la rue. Ce­la cor­res­pond à une ten­dance gé­né­rale de la po­pu­la­tion al­le­mande, mais aus­si à une vi­sion de l’agri­cul­ture moins éta­tiste qu’en France. La crise du lait, qui touche éga­le­ment les éle­veurs al­le­mands, est un bon exemple. Il au­ra fal­lu des mois pour que le mi­nistre fé­dé­ral de l’Agri­cul­ture convoque tous les ac­teurs, des pro­duc­teurs aux trans­for­ma­teurs en pas­sant par la grande dis­tri­bu­tion, au­tour de la même table. Et tout en se mon­trant très ré­ti­cent à un plan d’aides fi­nan­cières.

Pour Ber­lin, la branche doit la­ver son linge sale en fa­mille. A au­cun mo­ment, il n’a été sé­rieu­se­ment ques­tion de faire in­ter­ve­nir An­ge­la Mer­kel di­rec­te­ment dans ce dos­sier. Un contraste avec le trai­te­ment au plus haut ni­veau des crises agri­coles dans l’Hexa­gone. Dans le sec­teur du lait, comme pour le reste de l’ali­men­ta­tion, les agri­cul­teurs sont tri­bu­taires des prix fixés par la grande dis­tri­bu­tion. Ils sont en concur­rence avec les pro­duits d’Eu­rope du sud – l’Al­le­magne est le pre­mier im­por­ta­teur de fruits et lé­gumes es­pa­gnols – ou des Pays-Bas. Avec le com­bat fé­roce que se livrent les en­seignes et la part de mar­ché du hard-dis­count, l’Al­le­magne bé­né­fi­cie de prix plus bas que ses voi­sins. Pour te­nir dans ces condi­tions, l’agri­cul­ture al­le­mande a ac­cru son in­dus­tria­li­sa­tion (aug­men­ta­tion de la taille moyenne des ex­ploi­ta­tions, éle­vage in­ten­sif ). Une ten­dance re­mise en cause par une par­tie de la po­pu­la­tion en rai­son des nui­sances éco­lo­giques et d’une pré­oc­cu­pa­tion pour le bien-être animal.

Conver­sion vers le bio. Pour échap­per à cette spi­rale, les pay­sans al­le­mands sont de plus en plus nom­breux à choi­sir une conver­sion vers le bio, mar­ché plus pro­met­teur en termes de re­cettes. Le sec­teur ras­semble dé­sor­mais près de 10 % des ex­ploi­ta­tions et 7,5 % des sur­faces culti­vées. Cette ap­proche plus fa­vo­rable au mar­ché se ré­per­cute au ni­veau eu­ro­péen. La Ré­pu­blique fé­dé­rale fait al­liance sur ces ques­tions avec le Royaume-Uni et les pays nor­diques plu­tôt qu’avec Pa­ris. Si l’Al­le­magne dé­fend la Po­li­tique agri­cole com­mune – elle est le se­cond bé­né­fi­ciaire de la PAC der­rière la France –, elle a fait la pro­mo­tion de la dé­ré­gu­la­tion du mar­ché eu­ro­péen. A l’aube de l’ou­ver­ture du mar­ché du sucre, le 1er oc­tobre, le re­pré­sen­tant des plan­teurs de bet­te­raves au sein du syn­di­cat agri­cole ma­jo­ri­taire DBV se mon­trait confiant. « Les ex­ploi­tants ont fait leurs de­voirs et se sont pré­pa­rés de longue date et avec soin à cette étape im­por­tante », in­di­quait Bern­hard Con­zen. Le sec­teur a di­mi­nué ses coûts de pro­duc­tion de­puis l’an­nonce de la fin des quo­tas en 2014.

La branche lai­tière n’avait pas fait au­tre­ment en amont de la fin des res­tric­tions. Cer­tains ac­teurs al­le­mands ont beau­coup in­ves­ti pour s’af­fir­mer sur le mar­ché mon­dial. Las, la plon­gée des prix, qui ont re­trou­vé des cou­leurs de­puis, les a alors pris dou­ble­ment au dé­pour­vu. Ils se sont re­trou­vés sans tré­so­re­rie et avec un em­prunt à rem­bour­ser.

SIPA PRESS

Face à la concur­rence eu­ro­péenne, l’agri­cul­ture al­le­mande a ac­cru son in­dus­tria­li­sa­tion.

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