Es­prit des Etats gé­né­raux, es-tu vrai­ment là ?

L'Opinion - - Agriculture : Le Bonheur Est Dans Le Marché -

LE PRE­MIER CHAN­TIER des Etats gé­né­raux de l’ali­men­ta­tion s’achève après plus d’un mois de consul­ta­tion des par­ties pre­nantes des fi­lières agroa­li­men­taires, du pro­duc­teur au consom­ma­teur. L’en­semble des ac­teurs semble d’ac­cord pour avan­cer sur une meilleure ré­par­ti­tion de la va­leur au sein de la chaîne ali­men­taire afin d’amé­lio­rer et de sé­cu­ri­ser la ré­mu­né­ra­tion des pro­duc­teurs.

La plu­part d’entre eux – FNSEA et ANIA en tête – af­fichent la ré­forme de la Loi de mo­der­ni­sa­tion de l’éco­no­mie (LME) comme une condi­tion sine qua non de la réus­site de ce pre­mier round. Il faut faire ces­ser la « guerre des prix » qui sé­vit dans les grandes et moyennes sur­faces (GMS) fran­çaises. Même la Fé­dé­ra­tion du com­merce et de la dis­tri­bu­tion montre des signes d’ou­ver­ture. Il n’y a guère que Mi­chel-Edouard Le­clerc – ré­pé­tant in­las­sa­ble­ment des dis­cours dé­ma­go­giques et dé­pas­sés sur le pou­voir d’achat des Fran­çais – pour jouer les trou­ble­fêtes dans ce ta­bleau presque par­fait de bonnes in­ten­tions et de vo­lon­tés af­fi­chées. Bref, l’es­pace d’un ins­tant, on pour­rait croire à un sur­saut stra­té­gique des ac­teurs agroa­li­men­taires pour sou­te­nir en­fin l’agri­cul­ture de notre pays. Pour­tant sur le ter­rain, la réa­li­té a bien du mal à s’ac­cor­der avec les dis­cours de fa­çade.

Bras de fer. Ain­si, dans le sec­teur lai­tier, alors que les in­di­ca­teurs de mar­ché sont au vert de­puis de nom­breux mois, les poids lourds de la trans­for­ma­tion lai­tière fran­çaise ont an­non­cé à leurs four­nis­seurs de lait qu’ils ne pour­raient main­te­nir les prix sur la fin de l’an­née. Mo­tif in­vo­qué : la non­re­va­lo­ri­sa­tion de leurs ta­rifs dans les GMS na­tio­nales. Sur fond d’Etats gé­né­raux, les pro­ta­go­nistes de l’aval se livrent à un bras de fer sur les prix et uti­lisent, une fois de plus, les pro­duc­teurs comme va­riable d’ajus­te­ment. Dans ce jeu de dupes, ils dé­montrent clai­re­ment leurs ré­ti­cences à muer leurs in­ten­tions en ac­tions.

Pour les éle­veurs lai­tiers, la dés­illu­sion est grande et l’af­front in­to­lé­rable. Non seule­ment, les in­dus­triels ne payent pas le lait à son juste prix mais, en vou­lant im­po­ser leurs lois, ils pié­tinent aus­si les contrats qui les lient à leurs four­nis­seurs. La fin jus­ti­fie les moyens ! Pour les trans­for­ma­teurs, l’opé­ra­tion est tout bé­né­fice : ils réa­lisent des éco­no­mies sub­stan­tielles tout en uti­li­sant les pro­duc­teurs pour faire pres­sion sur les pou­voirs pu­blics. Pas de ré­forme de la LME, pas de hausse du prix payé aux pro­duc­teurs.

Certes, ce n’est pas la pre­mière fois que les trans­for­ma­teurs ins­tru­men­ta­lisent leurs né­go­cia­tions com­mer­ciales avec les GMS pour faire bais­ser le prix du lait. Des pro­duc­teurs, ex­cé­dés, évoquent dé­sor­mais une en­tente dis­si­mu­lée. Comment com­prendre que les in­dus­triels usent de cette pa­rade pen­dant les Etats gé­né­raux ? Face à de tels agis­se­ments, les pro­duc­teurs lai­tiers peuvent-ils vrai­ment se fier à la re­la­tion contrac­tuelle avec les ache­teurs de lait qui n’ont d’autres am­bi­tions que de ser­vir leurs propres in­té­rêts ?

Au-de­là de l’exemple de la fi­lière lai­tière, c’est l’es­prit même des Etats gé­né­raux de l’ali­men­ta­tion qui est in­ter­ro­gé. Au­de­là du temps mé­dia­tique, qui peut as­su­rer que les trans­for­ma­teurs et les dis­tri­bu­teurs se­ront vrai­ment prêts à as­su­mer leurs res­pon­sa­bi­li­tés ? Un pro­duc­teur lai­tier qui a sou­hai­té gar­der l’ano­ny­mat.

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