Les des­sous de la ba­taille des hy­pers

L'Opinion - - Agriculture : Le Bonheur Est Dans Le Marché - Re­naud Bel­le­ville @re­naud­bell­ville

ON NE PEUT PAS PLAIRE À TOUT LE MONDE. Bien­fai­teur du consom­ma­teur pour les uns, fos­soyeur des agri­cul­teurs, des in­dus­triels et d’une par­tie de ses pairs pour les autres, Mi­chel-Edouard Le­clerc ne laisse per­sonne in­dif­fé­rent. L’un des en­jeux des Etats gé­né­raux de l’ali­men­ta­tion est de re­le­ver les prix mi­ni­ma des pro­duits agro-ali­men­taires af­fi­chés par les dis­tri­bu­teurs (le fa­meux SRP, seuil de re­vente à perte) pour re­don­ner de l’oxy­gène à toute la fi­lière. Mais le cham­pion des hy­per­mar­chés est vent de­bout contre cette me­sure qui en­traî­ne­ra, se­lon lui, une hausse de 5 à 15 % du prix des pro­duits.

Ini­tia­teur de la ba­taille pour les prix bas qui lui a per­mis de se his­ser, cette an­née, au pre­mier rang de la dis­tri­bu­tion fran­çaise avec 21,2 % de part de mar­ché de­vant Car­re­four (20,2 %), In­ter­mar­ché (14,9 %) et Ca­si­no (11,6 %), Mi­chel-Edouard Le­clerc surfe sur le suc­cès qui fait de sa marque de dis­tri­bu­teur « Re­père » la plus ven­due en France (100 pro­duits chaque se­conde) avec des prix 25 % moins chers, en moyenne, que les marques na­tio­nales.

Oli­go­pole. Mais pour le pré­sident de l’As­so­cia­tion na­tio­nale des in­dus­tries ali­men­taires, cette po­li­tique a un coût : « La guerre des prix est une guerre de parts de mar­ché entre les en­seignes, fi­nan­cée par les in­dus­triels et les agri­cul­teurs », re­lève Jean-Phi­lippe Gi­rard. Elle a aus­si un coût pour les dis­tri­bu­teurs. Car­re­four a ain­si an­non­cé, il y a un mois, une chute de 36 % de son bé­né­fice en France, au pre­mier se­mestre, en rai­son des im­por­tantes baisses de prix et des pro­mo­tions mas­sives ef­fec­tuées pour en­rayer l’éro­sion de ses parts de mar­ché. Quant à Au­chan, dont les ventes dans l’Hexa­gone baissent pour la qua­trième an­née consé­cu­tive, il re­con­naît ne pas avoir as­sez mi­sé sur les pro­mo­tions pour pré­ser­ver ses marges. Et si Ca­si­no va un peu mieux, c’est sur­tout grâce au re­bond de Mo­no­prix, de Fran­prix et de ses su­per­mar­chés aux ta­rifs plus éle­vés que ceux des hy­pers qui res­tent fra­giles.

La concen­tra­tion des cen­trales d’achat qui contri­bue à étran­gler les pro­duc­teurs n’a donc pas suf­fi. Alors qu’on compte sept grands dis­tri­bu­teurs en France, dont six ont une part de mar­ché su­pé­rieure à 10 %, il n’y a plus que quatre cen­trales (Ca­si­no-In­ter­mar­ché, Car­re­four- Pro­ve­ra, Au­chan- Sys­tème U et Le­clerc) qui pèsent cha­cune entre 20 et 26 % des achats de pro­duits de grande consom­ma­tion et assurent en­semble 92,2 % des ventes en va­leur et 88,5 % des ventes en vo­lume.

Pour re­dres­ser la si­tua­tion, plu­sieurs dis­tri­bu­teurs an­noncent donc des ré­duc­tions de sur­face de vente et d’in­ves­tis­se­ments qui vont se tra­duire par des baisses d’ef­fec­tifs dans un sec­teur qui est l’un des plus grands em­ployeurs de France. Une si­tua­tion qui rap­pelle celle qu’ont connue les té­lé­coms après l’ar­ri­vée de Free Mo­bile. Un élé­ment de plus dans l’équa­tion que doit ré­soudre Em­ma­nuel Ma­cron.

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