L’hô­pi­tal pu­blic, ma­lade d’un « épui­se­ment » ré­cur­rent

La ges­tion des res­sources hu­maines dans les éta­bliss­ments pu­blics est sur­tout conduite à l’aune des éco­no­mies bud­gé­taires

L'Opinion - - Agriculture : Le Bonheur Est Dans Le Marché - Mi­reille Wein­berg @Mi_Wein­berg

Le pro­jet de loi de fi­nan­ce­ment de la Sé­cu­ri­té so­ciale, qui a été exa­mi­né en Con­seil des mi­nistres mer­cre­di, de­mande aux hô­pi­taux de réa­li­ser de nou­velles éco­no­mies, pour un mon­tant de 1,2 mil­liard en 2018. Un ef­fort de 7 mil­liards a dé­jà été consen­ti au cours des dix der­nières an­nées. Le sec­teur pu­blic se dit au bout de cette lo­gique bud­gé­taire. Il de­mande aus­si da­van­tage de sou­plesse pour in­di­vi­dua­li­ser la ré­mu­né­ra­tion de ses per­son­nels et pour gé­rer le temps de tra­vail. LES CONDI­TIONS DE TRA­VAIL se dé­té­riorent en­core au sein de l’hô­pi­tal pu­blic. C’est en tout cas le sen­ti­ment des di­ri­geants des 315 éta­blis­se­ments in­ter­ro­gés pour le ba­ro­mètre FHF Obea. 26 % des per­son­nels mé­di­caux constatent une dé­gra­da­tion en 2017, contre 23 % un an plus tôt. C’est pire pour le per­son­nel non-mé­di­cal : 39 % des per­sonnes in­ter­ro­gées in­sistent sur cette dé­gra­da­tion, contre 36 % l’an der­nier. Ce n’est pas tout. Il faut aus­si ajou­ter le sen­ti­ment d’in­sé­cu­ri­té ram­pante (ag­gra­va­tion pour 61% des per­son­nels non-mé­di­caux in­ter­ro­gés contre 49% en 2016 et pour 34% des per­son­nels mé­di­caux ver­sus 22%) pour que le ta­bleau soit com­plet. Par­tout le cli­mat so­cial est en berne (-9 % pour les mé­di­caux, -5 % pour les non-mé­di­caux). « L’épui­se­ment n’est pas un concept théo­rique, c’est un phé­no­mène ré­cur­rent dans nos éta­blis­se­ments », dit Fré­dé­ric Val­le­toux, pré­sident de la Fé­dé­ra­tion hos­pi­ta­lière de France (FHF).

De fait, dans la maî­trise des dé­penses de san­té, l’hô­pi­tal pu­blic est for­te­ment mis à contri­bu­tion, ce qui fi­nit par ré­tro­agir sur les condi­tions de tra­vail. En dix ans, 7 mil­liards d’éco­no­mies lui ont été de­man­dés, avec 3 mil­liards pour le der­nier plan trien­nal du pré­cé­dent gou­ver­ne­ment. Un nou­vel ef­fort de 1,2 mil­liard est ré­cla­mé à l’hô­pi­tal en 2018. « On de­mande à nos per­son­nels des ef­forts sans fin et nous sommes in­ca­pable de dire quand ce­la va s’ar­rê­ter », re­grette Gé­rard Co­tel­lon, di­rec­teur des res­sources hu­maines (DRH) de l’AP-HP.

De fait, les DRH ont les yeux ri­vés sur leur masse sa­la­riale, qu’ils tentent bon an mal an de maîtriser, alors qu’ils ai­me­raient se mo­bi­li­ser sur des prio­ri­tés comme la qua­li­té de vie au tra­vail ou l’or­ga­ni­sa­tion du tra­vail, tou­jours se­lon le ba­ro­mètre FHF Obea. « Nous es­sayons d’aler­ter les pou­voirs pu­blics sur notre im­pos­si­bi­li­té de réa­li­ser les ef­forts de­man­dés avec le même lo­gi­ciel. Ce­la fra­gi­lise toutes nos or­ga­ni­sa­tions », dit Cé­dric Ar­cos, dé­lé­gué gé­né­ral de la FHF par in­té­rim – le con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion de la FHF a nom­mé mer­cre­di Zay­nab Riet au poste de dé­lé­guée gé­né­rale.

Groupement hos­pi­ta­lier de ter­ri­toire, vi­rage am­bu­la­toire… Les res­pon­sables d’hô­pi­taux pu­blics ré­clament aus­si de la sou­plesse pour mettre en oeuvre les dif­fé­rentes ré­formes dont ils font ré­gu­liè­re­ment l’ob­jet. « Les agences ré­gio­nales de san­té [sorte de vi­gies pu­bliques lo­cales] ne font pas as­sez confiance aux di­rec­teurs d’hô­pi­taux », re­grette Cé­dric Ar­cos. La même sou­plesse se­rait bien­ve­nue dans la ges­tion de leur per­son­nel et sur­tout de leur ré­mu­né­ra­tion. Les hô­pi­taux pu­blics ré­clament la pos­si­bi­li­té de ré­mu­né­rer leur per­son­nel au­tre­ment que via les sta­tuts et les grilles, qui laissent peu de place à une po­li­tique d’in­té­res­se­ment. Une prime an­nuelle est

« Les or­ga­ni­sa­tions syn­di­cales nous livrent une vé­ri­table gué­rilla au tra­vers des CHSCT »

certes dis­tri­buée, mais elle l’est es­sen­tiel­le­ment en fonc­tion de l’an­cien­ne­té, ce qui n’ar­range pas les choses. « Nous vou­drions au tra­vers de cette prime et comme dans le reste de la fonc­tion pu­blique, pou­voir re­con­naître la va­leur pro­fes­sion­nelle de nos per­son­nels », ex­plique Ma­rie Hous­sel, res­pon­sable du pôle RH à la FHF.

Da­van­tage de sou­plesse est en­core ré­cla­mée en termes de temps de tra­vail, un su­jet hau­te­ment ex­plo­sif à l’hô­pi­tal. Le rap­port Laurent de 2016, sur le temps de tra­vail dans la fonc­tion pu­blique, lais­sait en­tre­voir da­van­tage de pos­si­bi­li­tés. No­tam­ment celle ré­cla­mée par les DRH de l’hô­pi­tal pu­blic (et se­lon eux, par cer­tains per­son­nels qui ha­bitent loin de leur lieu de tra­vail), de tra­vailler douze heures d’af­fi­lée.

« Mal­heu­reu­se­ment, ce rap­port n’a eu au­cune suite et nous sommes tou­jours dans une si­tua­tion ju­ri­dique in­stable sur ce point, avec des or­ga­ni­sa­tions syn­di­cales qui nous livrent une vé­ri­table gué­rilla au tra­vers des CHSCT. Ce­lui de l’un de nos éta­blis­se­ments a de­man­dé pas moins de 80 rap­ports d’ex­per­tise l’an der­nier », se­lon le DRH de l’AP-HP. Une bonne nou­velle ce­pen­dant, le ni­veau d’at­ta­che­ment des pro­fes­sion­nels de l’hô­pi­tal aux va­leurs de ser­vice pu­blic sont tou­jours très éle­vées : 80 % se­lon l’étude FHF Obea et même 89% dans les CHU. « Mal­gré la pres­sion bud­gé­taire, l’hô­pi­tal pu­blic tient grâce aux ef­forts de tous », conclut Fré­dé­ric Val­le­toux. Mais jus­qu’à quand ?

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