Lo­ge­ment : à chaque jour sa nou­vell taxe !

En deux jours, deux idées de taxes sur l’im­mo­bi­lier ou les pro­prié­taires ont fleu­ri. Gare à ne pas dis­sua­der les in­ves­tis­seurs

L'Opinion - - Agriculture : Le Bonheur Est Dans Le Marché - Cy­rille La­chèvre @Cy­rilleLa­chevre

France Stra­té­gie sug­gère un pré­lè­ve­ment sur l’im­mo­bi­lier ré­si­den­tiel pour ré­sor­ber la dette de l’Etat, sorte de se­mi- ex­pro­pria­tion qui ne dit pas son nom. Quant à Ni­co­las Hu­lot, il plaide pour une « taxe bé­ton ». QUAND ON LUI DE­MANDE pour­quoi le gou­ver­ne­ment s’acharne au­tant, dans ses dis­cours, contre les pro­prié­taires de lo­ge­ments, ce pro­fes­sion­nel de l’im­mo­bi­lier qui mur­mure de­puis long­temps à l’oreille d’Em­ma­nuel Ma­cron ré­pond après un long sou­pir : « La rente im­mo­bi­lière, ce n’est pas une ma­la­die. Em­ma­nuel Ma­cron est in­tel­li­gent, il écoute ce qu’on lui dit mais il reste sur ce sché­ma. Même quand on lui ré­pète qu’en France plus de 20 % des pro­prié­taires sont des em­ployés et des ou­vriers qui cherchent juste à pré­pa­rer leur re­traite… » De fait, pas un jour ne passe sans que le sec­teur ne fasse l’ob­jet d’un rap­port à charge ou d’une pro­po­si­tion de taxe.

Mar­di, c’est France Stra­té­gie, rat­ta­ché à Ma­ti­gnon, qui pu­bliait une étude ico­no­claste pro­po­sant pour ré­sor­ber la dette des Etats eu­ro­péens d’ins­tau­rer « un im­pôt ex­cep­tion­nel sur le ca­pi­tal im­mo­bi­lier ré­si­den­tiel ». L’Etat de­vien­drait tout sim­ple­ment co­pro­prié­taire de l’en­semble des ter­rains construits, lui don­nant ain­si le droit de per­ce­voir une taxe de location au­près du pro­prié­taire pri­vé, qui se re­trou­ve­rait en quelque sorte à moi­tié ex­pro­prié ! Une me­sure qui crée­rait « un choc po­li­tique de grande am­pleur », re­con­naît- on chez France Stra­té­gie, mais qui per­met­trait de taxer des « ac­tifs non pro­duc­tifs ». Donc, aux yeux de ces éco­no­mistes, ne gé­né­re­rait pas de dé­gât sur la crois­sance.

Mer­cre­di ma­tin, c’est Ni­co­las Hu­lot qui a pro­po­sé une taxe contre l’« ar­ti­fi­cia­li­sa­tion des sols », c’est-à-dire sur le bé­ton. Le même mi­nistre de la Transition éco­lo­gique, une se­maine plus tôt, en­vi­sa­geait par ailleurs une taxe sur les « pas­soires ther­miques » sui­vant la­quelle les pro­prié­taires de lo­ge­ments mal iso­lés pour­raient être contraints de payer la moi­tié des frais de chauf­fage de leurs lo­ca­taires. « Le gou­ver­ne­ment dit vou­loir aug­men­ter l’offre des lo­ge­ments mais il ne fait que pé­na­li­ser les Fran­çais pro­prié­taires », ré­sume Jean-Fran­çois Buet, pré­sident de la Fnaim, qui dé­nonce « des at­taques ré­gu­lières contre le droit de pro­prié­té ».

« Le sys­tème Ma­cron fonc­tionne au rap­port de forces et, tant qu’il n’y a pas de front uni en face, il pousse les murs des ré­formes pour tes­ter les ré­sis­tances », ana­lyse Nor­bert Fan­chon, pré­sident du groupe im­mo­bi­lier co­opé­ra­tif Gam­bet­ta. Le pro­blème, c’est qu’à force de pous­ser, on risque de fi­nir par abattre un mur por­teur – en l’oc­cur­rence le sec­teur de l’im­mo­bi­lier, qui est le pre­mier de France, par son poids dans le PIB.

Pour cette rai­son, les ap­pels à l’apai­se­ment se mul­ti­plient de part et d’autre. C’est le cas de Phi­lippe Gruat, vice-pré­sident de la Fi­lière bé­ton, qui pré­fère positiver après les an­nonces de Ni­co­las Hu­lot : « Nous sommes tout à fait d’ac­cord pour li­mi­ter l’ar­ti­fi­cia­li­sa­tion des sols agri­coles. Ce qui si­gni­fie que, pour créer un choc d’offre, il faut concen­trer nos ef­forts sur le dé­ve­lop­pe­ment de tech­niques de construc­tion per­met­tant d’op­ti­mi­ser l’es­pace ur­bain exis­tant. » Plu­tôt que de por­ter un ju­ge­ment sur telle me­sure en par­ti­cu­lier, il ex­plique que « le plus im­por­tant dans notre sec­teur est la sta­bi­li­té fis­cale et ré­gle­men­taire. Il faut main­te­nir tous les dis­po­si­tifs lé­gaux dans le temps et évi­ter les al­lers-re­tours ».

Apai­se­ment aus­si du cô­té de l’exé­cu­tif où Em­ma­nuel Ma­cron a fi­na­le­ment re­por­té à fé­vrier la pré­sen­ta­tion de la loi sur le lo­ge­ment. Reste à sa­voir si ce temps sup­plé­men­taire adou­ci­ra son ju­ge­ment sur la rente im­mo­bi­lière.

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