Ca­ta­logne-Es­pagne : la « drôle de guerre »

Les lea­ders des deux camps pos­sèdent au moins un point com­mun : leur fa­cul­té à être peu clairs sur leurs in­ten­tions

L'Opinion - - Agriculture : Le Bonheur Est Dans Le Marché - Gilles Sen­gès @Gille­senges

Ma­ria­no Ra­joy a ré­cla­mé mer­cre­di une cla­ri­fi­ca­tion à l’exé­cu­tif de la Ca­ta­logne sur ses pro­jets de dé­cla­ra­tion uni­la­té­rale d’in­dé­pen­dance. Le pré­sident du gou­ver­ne­ment es­pa­gnol a évo­qué le re­cours pos­sible à l’ar­ticle 155 de la Consti­tu­tion, qui lui per­met­trait de sus­pendre l’au­to­no­mie de la ré­gion. Of­fi­ciel­le­ment, au­cune date n’a été fixée à l’ul­ti­ma­tum. « La ré­ponse du pré­sident ca­ta­lan dé­ter­mi­ne­ra les évé­ne­ments à ve­nir dans les pro­chains jours », s’est conten­té de dire Ma­ria­no Ra­joy.

OUTRE LE FAIT QU’ILS PAR­TAGENT – pour l’ins­tant – la même na­tio­na­li­té, Carles Puig­de­mont, le chef de l’exé­cu­tif ca­ta­lan, et Ma­ria­no Ra­joy, le pré­sident du gou­ver­ne­ment es­pa­gnol, ont un point com­mun : ils sont aus­si peu clairs l’un que l’autre sur leurs in­ten­tions ! À la vraie­fausse dé­cla­ra­tion d’in­dé­pen­dance du pre­mier, mar­di soir, le se­cond a ré­pon­du, mer­cre­di, par la me­nace d’un vrai-faux re­cours à l’ar­ticle 155 de la consti­tu­tion du royaume d’Es­pagne. Ce qui lui per­met­trait de re­ti­rer son au­to­no­mie à la Ca­ta­logne.

Preuve que les deux hommes ont du mal à com­mu­ni­quer (l’un s’est ex­pri­mé en ca­ta­lan, l’autre en es­pa­gnol), Ma­ria­no Ra­joy n’a pas vé­ri­ta­ble­ment mis en de­meure Carles Puig­de­mont comme il se doit, dans ce cadre, mais lui a de­man­dé par sou­ci de « cer­ti­tudes » et de « clar­té » s’il avait ef­fec­ti­ve­ment pro­non­cé une dé­cla­ra­tion d’in­dé­pen­dance ! Bien qu’au­cun dé­lai n’ait été fixé, l’in­té­res­sé dis­po­se­rait de cinq jours à par­tir de ce jeu­di pour don­ner une ré­ponse.

L’af­faire prê­te­rait à sou­rire si la fuite des en­tre­prises ne s’était pas ac­cé­lé­rée dans la fou­lée du dis­cours du pré­sident de l’exé­cu­tif ca­ta­lan. A l’ins­tar de Gru­po Pla­ne­ta (édi­tion) qui a trans­fé­ré dans la fou­lée son siège so­cial de Bar­ce­lone à Ma­drid, une de­mi- dou­zaine d’autres en­tre­prises comme Ca­ta­luña Oc­ci­dente (as­su­rance), Edreams Odi­geo (voyages), In­du­kern (chi­mie) ou EDM ( ges­tion de fonds) ont fait de même, face à « l’in­cer­ti­tude ju­ri­dique » ain­si créée. Au to­tal, se­lon des chiffres ci­tés par le quo­ti­dien éco­no­mique Ex­pan­sión, une qua­ran­taine d’entre- prises au­rait plié ba­gage de­puis le ré­fé­ren­dum illé­gal sur l’in­dé­pen­dance du 1er oc­tobre. Pis, non contentes d’avoir ini­tié le mou­ve­ment, Caixa­Bank et Ban­co Sa­ba­dell ont aus­si dé­ci­dé de dé­mé­na­ger leur do­mi­cile fis­cal.

Opé­ra-bouffe. Seule grande nou­veau­té dans le bras de fer op­po­sant la Ca­ta­logne au pou­voir cen­tral, le rap­port de forces a chan­gé en fa­veur de Ma­drid. Jusque-là ré­ti­cent à ap­por­ter son sou­tien à Ma­ria­no Ra­joy, le nou­veau chef de file du Par­ti so­cia­liste (PSOE) et de l’op­po­si­tion, Pe­dro Sanchez, s’est ou­ver­te­ment ran­gé mer­cre­di der­rière le chef du gou­ver­ne­ment es­pa­gnol. « Si M. Puig­de­mont ne cla­ri­fie pas ou confirme qu’il a ef­fec­ti­ve­ment dé­cla­ré l’in­dé­pen­dance uni­la­té­rale, le PSOE ap­puie­ra les me­sures consti­tu­tion­nelles mises en oeuvre par le gou­ver­ne­ment », a-t-il an­non­cé, en évo­quant l’en­ga­ge­ment pris par son in­ter­lo­cu­teur de lan­cer d’ici à six mois une ré­forme de la Consti­tu­tion. Comme les so­cia­listes, qui n’ont pas man­qué de dé­non­cer la « co­mé­die » voire « l’opé­ra-bouffe » du chef de l’exé­cu­tif ca­ta­lan, les li­bé­raux de Ciu­da­da­nos se sont fé­li­ci­tés que Ma­ria­no Ra­joy « ré­agisse en­fin ».

En face, Carles Puig­de­mont se trouve confron­té à la fronde des an­ti­ca­pi­ta­listes de la Can­di­da­ture d’uni­té po­pu­laire (CUP) qui lui ont as­su­ré jus­qu’ici, à lui et à ses al­liés de la Gauche ré­pu­bli­caine au sein d’« En­semble pour le oui » ( Junts pel si), une courte ma­jo­ri­té au Par­le­ment ré­gio­nal. Mé­con­tente de ne pas avoir as­sis­té mar­di soir à la dé­cla­ra­tion d’in­dé­pen­dance de la Ré­pu­blique de Ca­ta­logne, la CUP a don­né un mois maxi­mum au chef de l’exé­cu­tif ré­gio­nal pour fi­na­li­ser la sé­ces­sion d’avec le reste de l’Es­pagne. D’ici là, elle a dé­ci­dé de ne pas par­ti­ci­per aux ac­ti­vi­tés par­le­men­taires, fra­gi­li­sant d’au­tant la po­si­tion de Carles Puig­de­mont à l’as­sem­blée ré­gio­nale.

La ten­sion risque d’au­tant plus de s’ac­croître ces pro­chains jours que les or­ga­ni­sa­teurs du ré­fé­ren­dum illé­gal du 1er oc­tobre ont de nou­veau ren­dez-vous avec la jus­tice pour ré­pondre de l’ac­cu­sa­tion de sé­di­tion, tout comme le chef de la po­lice lo­cale. Et que le re­cours à l’ar­ticle 155 de la Consti­tu­tion pour­rait pro­vo­quer une énorme dé­fla­gra­tion en Ca­ta­logne...

Les or­ga­ni­sa­teurs du ré­fé­ren­dum illé­gal du 1er oc­tobre ont de nou­veau ren­dez-vous avec la jus­tice pour ré­pondre de l’ac­cu­sa­tion de sé­di­tion

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