Dé­serts mé­di­caux : Agnès Bu­zyn joue la carte des ter­ri­toires

Pour la mi­nistre des So­li­da­ri­tés et de la San­té, il n’existe pas de re­mède mi­racle pour lut­ter contre les dé­serts mé­di­caux. Elle pro­pose un ca­ta­logue de so­lu­tions

L'Opinion - - La Une - Mi­reille Wein­berg @Mi_Wein­berg

La mi­nistre des So­li­da­ri­tés et de la San­té pré­sente son ca­ta­logue de so­lu­tions

Le Pre­mier mi­nistre, Edouard Phi­lippe, et sa mi­nistre de la San­té, Agnès Bu­zyn, dé­voilent ven­dre­di leur plan de lutte contre les dé­serts mé­di­caux. Dé­ve­lop­pe­ment des mai­sons de san­té, de la té­lé­mé­de­cine, ré­vi­sion des aides fi­nan­cières… L’idée est de re­don­ner la main aux ter­ri­toires qui pour­ront pio­cher dans ce ca­ta­logue de me­sures se­lon leurs be­soins. Sur­tout, la mi­nistre veut des­ser­rer les ver­rous ad­mi­nis­tra­tifs, ré­gle­men­taires et fi­nan­ciers qui em­pêchent les ini­tia­tives lo­cales. Elle a aus­si pré­vu un sui­vi et une éva­lua­tion des me­sures. EM­MA­NUEL MA­CRON A IN­VI­TÉ SES MI­NISTRES à se dé­pla­cer « là où ça souffre ». Mes­sage vi­si­ble­ment, re­çu. Le Pre­mier mi­nistre, Edouard Phi­lippe et sa mi­nistre de la San­té, Agnès Bu­zyn, ont choi­si d’inau­gu­rer une mai­son de san­té à Châ­lus, en Haute-Vienne, pour dé­voi­ler leur grand plan de lutte contre les dé­serts mé­di­caux. Une com­mune d’un peu plus de 1 500 ha­bi­tants, lo­gée entre Li­moges, An­gou­lême et Pé­ri­gueux, qui souffre comme la plu­part des villes du Li­mou­sin d’une réelle dé­ser­ti­fi­ca­tion mé­di­cale.

Ce pro­blème des dé­serts mé­di­caux n’est pas nou­veau et les can­di­dats à la pré­si­den­tielle l’ont évo­qué en long et en large pen­dant la cam­pagne. Pour la mi­nistre de San­té, c’est une prio­ri­té, tant des Fran­çais s’in­quiètent de la dé­té­rio­ra­tion de leur sys­tème de san­té. Pa­ra­doxa­le­ment, ce n’est pas le nombre de mé­de­cins qui est en cause, se­lon les sta­tis­tiques dé­voi­lées jeu­di par l’Ordre des mé­de­cins : ils n’ont ja­mais été aus­si nom­breux, avec 235 177 pro­fes­sion­nels ac­tifs au 1er jan­vier. Mais ils sont très mal ré­par­tis sur le ter­ri­toire. Près de 15 mil­lions de Fran­çais au­raient des dif­fi­cul­tés à consul­ter un mé­de­cin gé­né­ra­liste à moins de 30 mi­nutes de leur do­mi­cile et, pour les spé­cia­listes en libre ac­cès (oph­tal­mo­logues, gy­né­co­logues et pé­diatres), un Fran­çais sur trois met­trait plus de 45 mi­nutes, se­lon un rap­port sur le su­jet du Sé­nat, pu­blié cet été.

Prag­ma­tisme. La mi­nistre a conscience qu’il n’existe pas de re­mède mi­racle. Elle veut chan­ger de mo­dèle et table sur un ca­ta­logue de so­lu­tions qui pour­ront être adop­tées dans les ter­ri­toires, se­lon les be­soins de cha­cun. Pas de dog­ma­tisme mais du prag­ma­tisme, as­su­ret- elle. A quoi bon ten­ter de mettre un mé­de­cin dans chaque vil­lage, quand ces der­niers – sur­tout les plus jeunes – pré­fèrent exer­cer en­semble leur ac­ti­vi­té, ce qui sup­pose un lieu unique pour plu­sieurs com­munes ?

Outre un large pa­nel de so­lu­tions, Agnès Bu­zyn veut mettre de l’huile dans les rouages, ce qui, au vu du même rap­port du Sé­nat, est ab­so­lu­ment né­ces­saire. L’idée est, là aus­si, d’as­sou­plir les dis­po­si­tifs en fai­sant sau­ter les ver­rous fi­nan­ciers, ad­mi­nis­tra­tifs et ré­gle­men­taires… Une ré­vo­lu­tion, sur­tout pour les agences ré­gio­nales de san­té (ARS) ac­cu­sées de tous les maux et no­tam­ment d’une ri­gi­di­té lé­gen­daire, mais qui vont de­voir ac­com­pa­gner ce chan­ge­ment !

Dans sa feuille de route, adres­sée à Edouard Phi­lippe en juin, la mi­nistre dé­taillait dé­jà le cock­tail de me­sures qu’elle en­ten­dait mettre en oeuvre. Il existe ac­tuel­le­ment des in­ci­ta­tions fi­nan­cières pour les mé­de­cins gé­né­ra­listes qui s’ins­tallent dans des zones iden­ti­fiées comme sous-do­tées. Cette po­li­tique mise en oeuvre par Ma­ri­sol Tou­raine n’a pas don­né les ré­sul­tats es­comp­tés. « Le zo­nage ac­tuel est un échec, il n’a pas per­mis de re­peu­pler les en­droits dé­ser­tés », a ex­pli­qué le Dr Jean-Mar- cel Mourgues, du con­seil na­tio­nal de l’Ordre. Les zones lis­tées comme dé­fi­ci­taires ont en ef­fet at­ti­ré 7,1 % de mé­de­cins en moins sur la du­rée du pré­cé­dent quin­quen­nat, contre 8 % en moins pour le reste du ter­ri­toire. Le zo­nage est en cours de ré­vi­sion et la mi­nistre en­vi­sa­ge­rait d’étendre le dis­po­si­tif aux mé­de­cins spé­cia­listes, de sorte qu’ils bé­né­fi­cient éga­le­ment d’une aide fi­nan­cière quand ils s’ins­tallent dans les zones sous-do­tées.

Est éga­le­ment en­vi­sa­gé, confor­mé­ment à la pro­messe d’Em­ma­nuel Ma­cron, le dou­ble­ment des mai­sons de san­té plu­ri­dis­ci­pli­naires, ces lieux qui réunissent plu­sieurs pro­fes­sion­nels de san­té. C’était le fer de lance de la po­li­tique en­ga­gée lors du pré­cé­dent quin­quen­nat par Ma­ri­sol Tou­raine. En mars 2017, on en comp­tait 910 et 334 autres étaient en pré­pa­ra­tion, se­lon le rap­port du Sé­nat. C’est no­tam­ment sur ce point qu’il fau­dra as­sou­plir la pro­cé­dure. Ac­tuel­le­ment, les contraintes qui en­tourent ces pro­jets sont beau­coup trop lourdes. Les dé­lais de mise en route sont de trois à cinq ans… « Ce­la ne doit pas être l’unique so­lu­tion pour faire tra­vailler les gens en­semble. Il faut être ima­gi­na­tif, sim­pli­fier les choses et re­don­ner de la sou­plesse aux ac­teurs du ter­ri­toire », in­siste Jean-Paul Or­tiz, pré­sident de la Con­fé­dé­ra­tion des syn­di­cats mé­di­caux fran­çais (CSMF).

Sui­vi et éva­lua­tion. Quant à la té­lé­mé­de­cine, Agnès Bu­zyn a dé­jà an­non­cé qu’elle se­rait éten­due. Le pro­jet de loi de fi­nan­ce­ment de la Sé­cu, pré­sen­té mer­cre­di en Con­seil des mi­nistres, au­to­rise l’As­su­rance-ma­la­die et les mé­de­cins à pré­voir les mo­da­li­tés de fi­nan­ce­ment du dis­po­si­tif dans le cadre d’une né­go­cia­tion conven­tion­nelle, qui de­vrait dé­bu­ter en dé­cembre. Il s’agit sur­tout de fixer les ta­rifs des té­lé­con­sul­ta­tions, qui se­ront rem­bour­sées par l’As­su­rance ma­la­die (il faut à la fois payer le mé­de­cin qui consulte à dis­tance, l’in­fir­mière ou la per­sonne qui re­çoit le ma­lade dans la ca­bine de té­lé­con­sul­ta­tion, et fi­nan­cer les in­fra­struc­tures). Là en­core, la té­lé­mé­de­cine n’est pas l’unique so­lu­tion car les dé­serts mé­di­caux sont aus­si le plus sou­vent des dé­serts... nu­mé­riques, sou­ligne l’Ordre.

Une autre sé­rie de me­sures se­ra an­non­cée ce ven­dre­di. Trois dé­lé­gués se­ront nom­més pour suivre la mise en oeuvre du plan dans les ter­ri­toires. Cette fois, il de­vrait y avoir un sui­vi et sur­tout une éva­lua­tion de la po­li­tique mise en place. « Le temps est ve­nu d’être po­li­ti­que­ment ef­fi­cace », ton­nait jeu­di le pré­sident du con­seil de l’Ordre, Pa­trick Bouet.

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