Pour Sens Com­mun, les dif­fi­cul­tés com­mencent

L'Opinion - - La Logorrhée Législative, Ce Mal Français - Lu­do­vic Vi­gogne @LVi­gogne

C’EST UNE DÉ­CI­SION HUMILIANTE. Sens Com­mun a an­nu­lé la jour­née de ré­flexion qu’elle avait pré­vue de longue date, le 15 oc­tobre, à As­nières- sur- Seine, sur le thème de « la France si­len­cieuse ». Ré­vé­lée par lo­pi­nion.fr, cette an­nu­la­tion a été prise à l’is­sue d’un co­mi­té stra­té­gique de l’éma­na­tion de la Ma­nif pour tous au sein des Ré­pu­bli­cains, convo­qué en ur­gence le 12 oc­tobre. Il est la consé­quence de la po­lé­mique pro­vo­quée par Ch­ris­tophe Billan, son pré­sident.

« Si Ma­rion Ma­ré­chal- Le Pen vient de­main avec ses idées re­joindre une pla­te­forme, ce­la ne me po­se­ra au­cun pro­blème », avait af­fir­mé ce­lui qui est de­puis juin 2016 à la tête de Sens Com­mun, dans la re­vue L’in­cor­rect. Dif­fu­sés le 10 oc­tobre, ces pro­pos avaient im­mé­dia­te­ment dé­clen­ché une vive po­lé­mique. Se­cré­taire gé­né­ral de LR, Ber­nard Ac­coyer les avait vi­ve­ment condam­nés. Pour­tant sou­tien de l’as­so­cia­tion, Bru­no Re­tailleau avait an­nu­lé sa par­ti­ci­pa­tion an­non­cée ce di­manche. Da­niel Fas­quelle avait fait de même. Le can­di­dat à la pré­si­dence de LR en­ten­dait aus­si que l’ap­par­te­nance de Sens Com­mun à son par­ti soit po­sée lors du bu­reau po­li­tique du 24 oc­tobre : « Soit Sens Com­mun vire Billan, soit on vire Sens Com­mun ».

Mal­gré ses ten­ta­tives pour rec­ti­fier le tir, l’as­so­cia­tion n’a eu d’autres choix que d’an­nu­ler sa « jour­née de la France si­len­cieuse ». « Une mal­adresse de com­mu­ni­ca­tion du pré­sident de Sens Com­mun a été in­ter­pré­tée comme une pré­ten­due main ten­due à des ap­pa­reils, voire à des par­tis qui sont pour­tant nos ad­ver­saires po­li­tiques, a-t-elle in­di­qué dans un com­mu­ni­qué. Les condi­tions pour une ré­flexion et un dia­logue construc­tifs ne sont pas réunies. »

Dans la prise de cette dé­ci­sion, la pré­sence dans la liste des par­ti­ci­pants de di­manche de Laurent Wau­quiez a beau­coup comp­té. Très proche de Sens Com­mun, le fa­vo­ri de l’élec­tion à la pré­si­dence de LR avait, dès la di­vul­ga­tion des pro­pos de Ch­ris­tophe Billan, sus­pen­du sa par­ti­ci­pa­tion et de­man­dé des ex­pli­ca­tions. Pour lui, la si­tua­tion n’était pas simple. Y al­ler dé­sor­mais, c’était col­ler un peu plus à sa par­ka rouge l’éti­quette de can­di­dat de la droite de la droite au dis­cours am­bi­gu. Ne pas y al­ler pou­vait être une belle op­por­tu­ni­té de se re­cen­trer, mais le cou­pait d’un cer­tain élec­to­rat.

« Il n’y a au­cune vo­lon­té de Laurent de les hu­mi­lier. Mais il est lu­cide, confiait alors un de ses col­la­bo­ra­teurs. Ils ont flin­gué leur évé­ne­ment de di­manche. » L’an­nu­la­tion de la réunion est donc une très bonne nou­velle pour le pré­sident d’Au­vergne-Rhônes-Alpes, qui au­ra ga­gné sur les deux ta­bleaux. Pour Sens Com­mun, en re­vanche, les dif­fi­cul­tés ne font que com­men­cer. De­puis son lan­ce­ment à l’au­tomne 2013, ce mou­ve­ment, qui compte 9 000 adhé­rents, ne se dé­par­tit pas d’une ré­pu­ta­tion sul­fu­reuse au sein de la droite. « Comment choi­sir entre le chaos por­té par Ma­rine Le Pen et le pour­ris­se­ment po­li­tique d’Em­ma­nuel Ma­cron ? », avait dé­jà dé­cla­ré Ch­ris­tophe Billan à Fa­mille Chré­tienne lors de l’entre-deux tours de la pré­si­den­tielle, re­fu­sant de choi­sir, dé­clen­chant même une vive agi­ta­tion en in­terne.

Afin de po­lir son image, le mou­ve­ment avait dé­ci­dé d’or­ga­ni­ser cette « jour­née de ré­flexion sur la France si­len­cieuse » cet au­tomne. « C’était la chance de se re­lan­cer. Dans la fou­lée, Sens Com­mun sou­te­nait Laurent Wau­quiez et dea­lait avec lui. Et c’était re­par­ti » , confie un adhé­rent. Le 1er oc­tobre, lors d’un co­mi­té stra­té­gique, l’élec­tion du fu­tur pré­sident de LR avait fi­gu­ré à l’ordre du jour. Même si cer­tains pré­sents avaient plai­dé en fa­veur de l’ex-fillo­niste Flo­rence Por­tel­li ou du sou­ve­rai­niste Ju­lien Aubert, la di­rec­tion de Sens Com­mun avait net­te­ment af­fi­ché son pen­chant pour Laurent Wau­quiez. Au­jourd’hui, tout est à terre. Le dé­but de la fin ?

« Il n’y a au­cune vo­lon­té de Laurent Wau­quiez de les hu­mi­lier. Mais il est lu­cide. Ils ont flin­gué leur évé­ne­ment de di­manche »

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