Le Me­def re­met sur la table le contrôle des chô­meurs

Pour le pré­sident du Me­def, le pro­blème ma­jeur des chefs d’en­tre­prise est la dif­fi­cul­té à re­cru­ter. Les sa­la­riés ne sont pas tou­jours for­més et les in­ci­ta­tions à cher­cher du tra­vail manquent

L'Opinion - - La Logorrhée Législative, Ce Mal Français - Fan­ny Gui­no­chet @fan­ny­gui­no­chet

Em­ma­nuel Ma­cron a re­çu jeu­di, en tête à tête, les lea­ders syn­di­caux et pa­tro­naux pour lan­cer les ré­formes de la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle, de l’ap­pren­tis­sage et de l’as­su­rance- chô­mage. Pierre Gat­taz, le pré­sident du Me­def, en a pro­fi­té pour faire pas­ser quelques mes­sages. AU­JOURD’HUI, POUR PIERRE GAT­TAZ, le pro­blème est moins la com­plexi­té du droit du tra­vail ou la peur de l’em­bauche – les or­don­nances ré­for­mant le Code du tra­vail vont dans le bon sens – que la dif­fi­cul­té des chefs d’en­tre­prise à trou­ver des per­sonnes com­pé­tentes. « Il ne se passe pas un jour sans que je ne ren­contre un chef d’en­tre­prise qui m’ex­plique qu’il a du bou­lot, qu’il a des postes mais qu’il ne trouve pas les gens », a-t-il ex­pli­qué lors d’une ren­contre avec les jour­na­listes de l’As­so­cia­tion des jour­na­listes éco­no­miques et fi­nan­ciers, quelques heures avant d’être re­çu à l’Ely­sée par Em­ma­nuel Ma­cron.

Le su­jet tombe à pic, puisque c’était jeu­di que le chef de l’Etat lan­çait le se­cond vo­let de la ré­forme du mo­dèle so­cial, avec au me­nu la ré­forme de l’as­su­rance chô­mage, celle de la for­ma­tion et celle de l’ap­pren­tis­sage.

Sur l’ap­pren­tis­sage, Pierre Gat­taz veut clai­re­ment re­prendre la main : « Faire en sorte que l’ar­gent de la taxe d’ap­pren­tis­sage re­vienne bien à l’ap­pren­tis­sage car on est dans un sys­tème avec une dé­per­di­tion to­tale. Si vous don­nez 100 eu­ros, plu­sieurs ac­teurs passent par là, et au fi­nal, c’est à peine 70 % qui re­viennent à l’ap­pren­tis­sage ». Re­prendre la main, c’est aus­si re­prendre l’ar­gent aux ré­gions, faire en sorte que les branches pro­fes­sion­nelles dé­cident des cur­sus dont elles ont be­soin, a-t-il pré­ci­sé. Et le pré­sident du Me­def d’y al­ler cash : « C’est aus­si re­prendre la main sur l’Edu­ca­tion na­tio­nale. Ce n’est pas de l’ar­ro­gance, mais cha- cun son rôle ! ». Sur la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle, là aus­si le nu­mé­ro un du Me­def veut se­couer le co­co­tier. Il n’a rien contre les struc­tures in­ter­mé­diaires, comme les OPCA, mais il faut sim­pli­fier la donne. Il a pré­ci­sé qu’il n’est pas contre la te­nue d’une né­go­cia­tion in­ter­pro­fes­sion­nelle sur le su­jet, comme le de­mandent les syn­di­cats.

Concer­nant l’as­su­rance- chô­mage, en re­vanche, Pierre Gat­taz est moins al­lant pour une né­go­cia­tion. Mais il ne se prive pas d’avance des mé­thodes fortes. « Il y a des gens qui ne veulent pas cher­cher du tra­vail. Il faut plus de contrôles à Pôle em­ploi. C’est in­sup­por­table de voir des gens uti­li­ser le sys­tème pour par­tir en va­cances, faire le tour du monde… » Sa so­lu­tion ? « Voir s’il n’y a pas une pos­si­bi­li­té de sus­pen­sion des in­dem­ni­tés chô­mages, par exemple, les sus­pendre un mois, s’ils sont en va­cances. »

En réa­li­té, le pré­sident du Me­def n’est pas loin de prendre au mot les pro­messes avan­cées par Em­ma­nuel Ma­cron pen­dant sa cam­pagne. Si le can­di­dat d’En Marche ! a pro­mis de nou­veaux droits aux chô­meurs, que ce soit en ma­tière de for­ma­tion, ou bien en per­met­tant à des dé­mis­sion­naires d’avoir des al­lo­ca­tions- chô­mage, il avait aus­si as­su­ré qu’il y au­rait plus « de de­voirs » pour les de­man­deurs d’em­ploi. Et le Pré­sident d’évo­quer clai­re­ment des contrôles des chô­meurs : « Une fois for­mé, le de­man­deur d’em­ploi de­vra en­suite ac­cep­ter les offres qui lui sont pro­po­sées. Il se­ra im­pos­sible de re­fu­ser plus de deux offres dé­centes si l’on veut conser­ver ses droits. »

En 2007, Ni­co­las Sar­ko­zy avait dé­jà lan­cé cette po­li­tique mais l’avait vite mise en som­meil, tant elle avait don­né de piètres ré­sul­tats. Reste que les textes existent en­core. Ils sti­pulent qu’un chô­meur dé­fi­nit avec son conseiller Pôle em­ploi la na­ture et les ca­rac­té­ris­tiques du job re­cher­ché, la zone géo­gra­phique et le ni­veau de sa­laire. Et qu’en­suite, il est te­nu d’ac­cep­ter des offres « rai­son­nables » si elles ré­pondent aux cri­tères dé­fi­nis. En cas de re­fus sans mo­tif lé­gi­time, il s’ex­pose à une ra­dia­tion tem­po­raire ou dé­fi­ni­tive.

En 2014, le mi­nistre so­cia­liste du Tra­vail, Fran­çois Reb­sa­men avait lui aus­si de­man­dé à Pôle em­ploi de ren­for­cer les contrôles, pour être sûr que les gens cherchent bien un em­ploi. Sans quoi, il pré­co­ni­sait une sanc­tion. Mais, de­vant la bron­ca sus­ci­tée par cette idée, il avait vite aban­don­né.

Pôle Em­ploi ef­fec­tue 12 000 contrôles par mois en moyenne. Et sur les mil­liers de ra­dia­tions pro­non­cées par an, à peine quelques di­zaines sont liées à des re­fus d’offres rai­son­nables. Sur­tout, à peine 200 conseillers sont dé­vo­lus à cette mis­sion sur les 54 000 agents de l’opé­ra­teur pu­blic.

Vu le cli­mat so­cial, Mu­riel Pé­ni­caud semble peu al­lante sur le su­jet. Em­ma­nuel Ma­cron n’en a qua­si­ment pas re­par­lé de­puis son élec­tion. Pierre Gat­taz, lui, en­tend bien ne pas lâ­cher. Peu im­porte la po­lé­mique.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.