Du nou­veau pour les PME à l’ex­port

L'Opinion - - La Logorrhée Législative, Ce Mal Français - Le bon grain et l’ivraie Fré­dé­ric Go­nand @Fre­de­ricGo­nand Fré­dé­ric Go­nand est pro­fes­seur d’éco­no­mie as­so­cié à l’Uni­ver­si­té Pa­ris-Dauphine.

VÉ­RI­TABLE SER­PENT DE MER de la po­li­tique éco­no­mique, le sou­tien des PME à l’ex­port pour­rait évo­luer dans le contexte ac­tuel. Deux évo­lu­tions du com­merce in­ter­na­tio­nal pour les PME émergent de­puis quelques an­nées : le e-com­merce, qui per­met de se faire mieux connaître par les clients po­ten­tiels par­tout dans le monde et pour un coût très faible, et la part crois­sante de ser­vices in­clus dans les biens ex­por­tés, qui per­met de dé­ga­ger da­van­tage de va­leur ajou­tée. Ces deux as­pects sont com­plé­men­taires et des­sinent un nou­veau mo­dèle d’af­faires des PME in­dus­trielles à l’ex­port.

Rap­pe­lons que les PME sont en moyenne moins ex­por­ta­trices que les grandes en­tre­prises. Se­lon l’Or­ga­ni­sa- tion mon­diale du com­merce (OMC), 40 % des en­tre­prises de 10 à 49 sa­la­riés com­mercent sur des mar­chés non do­mes­tiques, contre 70 % pour les en­tre­prises de plus de 250 sa­la­riés. Ce­ci est nor­mal car les PME tirent moins pro­fit des ef­fets d’échelle qui ex­pliquent une bonne par­tie les flux com­mer­ciaux in­ter­na­tio­naux (comme l’a mon­tré Paul Krug­man dès 1991). C’est d’ailleurs une des rai­sons pour les­quelles les pou­voirs pu­blics peuvent amé­lio­rer ra­pi­de­ment notre com­merce ex­té­rieur, via des baisses d’im­pôts ci­blées sur les PME qui abais­se­raient leur point mort et fa­vo­ri­se­raient im­mé­dia­te­ment leur ca­pa­ci­té à ex­por­ter.

Pour les PME, une pré­oc­cu­pa­tion do­mi­nante à l’ex­port est la ca­pa­ci­té à iden­ti­fier des clients per­ti­nents sur un mar­ché ex­té­rieur, comme le montre une étude ré­cente de l’OMC. Sur ce thème, le e-com­merce est riche de pro­messes. Il ré­duit beau­coup les coûts as­so­ciés à la dis­tance entre pro­duc­teur et client car il rend pos­sible la four­ni­ture d’in­for­ma­tions à coût très faible. Une étude fouillée et ri­gou­reuse pu­bliée dans l’Eco­no­mic Jour­nal (Lendle et al., 2016) montre que l’in­fluence dé­fa­vo­rable de l’éloi­gne­ment sur le vo­lume des flux com­mer­ciaux est 65 % plus faible pour les tran­sac­tions ef­fec­tuées sur eBay, en moyenne, que pour les im­ports tra­di­tion­nels.

Par ailleurs, les PME in­dus­trielles ex­portent de plus en plus de ser­vices in­té­grés dans leurs biens (ins­tal­la­tion, main­te­nance, ré­pa­ra­tion ; fi­nan­ce­ment…). La re­la­tion client est alors da­van­tage créa­trice de va­leur ajou­tée dans la du­rée. Une étude de l’OCDE (2017) montre que dans le sec­teur de l’ex­port de ma­chines-ou­tils, l’ins­tal­la­tion, la main­te­nance et la ré­pa­ra­tion sont des ser­vices four­nis sur­tout par des PME. Dans l’au­to­mo­bile, c’est en­core plus vrai, les grands groupes ex­por­tant plu­tôt des ser­vices de R&D et d’in­gé­nie­rie. L’OCDE es­time par ailleurs que cette in­clu­sion crois­sante de ser­vices dans les biens ex­por­tés a contri­bué à sou­te­nir si­gni­fi­ca­ti­ve­ment la va­leur de nos ex­por­ta­tions in­dus­trielles sur le pas­sé ré­cent. Elle sou­lève aus­si d’épi­neuses ques­tions de po­li­tiques com­mer­ciale. Les ré­gle­men­ta­tions de l’OMC ne s’ap­pliquent guère aux ser­vices : l’in­té­gra­tion de ser­vices dans des biens ex­por­tés peut donc conduire les en­tre­prises à faire face à un environnement moins fa­vo­rable au libre-échange.

Le e-com­merce ré­duit les coûts as­so­ciés à la dis­tance entre pro­duc­teur et client car il rend pos­sible la four­ni­ture d’in­for­ma­tions à coût très faible

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