Un dé­dit et un re­cul qui dé­routent les éco­lo­gistes

L'Opinion - - News - Ra­phaël Proust @ra­phael­proust

A-T- ON AS­SIS­TÉ MAR­DI au pre­mier grand re­cul de Ni­co­las Hu­lot ? Pour le mi­nistre de la Tran­si­tion éco­lo­gique et so­li­daire, il s’agit avant tout de pré­fé­rer « le réa­lisme et la sin­cé­ri­té à une mys­ti­fi­ca­tion ». Il a d’ailleurs ta­clé le gou­ver­ne­ment sor­tant qui ne s’est pas, se­lon lui, don­né les moyens pour at­teindre l’ob­jec­tif fixé par la loi de tran­si­tion éner­gé­tique de 2015, à sa­voir ra­me­ner la part du nu­cléaire dans la pro­duc­tion d’élec­tri­ci­té à 50 % d’ici à 2025. « Ab­so­lu­ment au­cune me­sure ou dis­po­si­tion n’avait été prise », a-t-il dé­plo­ré.

Pen­dant la cam­pagne pré­si­den­tielle, les conseillers d’Em­ma­nuel Ma­cron sur l’éco­lo­gie avaient pour­tant avan­cé ce même ar­gu­ment de réa­lisme pour jus­ti­fier la dé­ci­sion de ne pas al­ler au- de­là de ce pla­fond. « Nous nous at­ta­che­rons à faire ce qui est écrit, il n’y au­ra pas de course à l’écha­lote car nous vou­lons en fi­nir avec l’in­con­ti­nence lé­gis­la­tive », af­fir­mait ain­si, en mars der­nier, l’an­cien dé­pu­té et porte-pa­role d’En Marche ! Ar­naud Le­roy.

Nu­cléaire « propre ». Quelques se­maines plus tôt, le can­di­dat Ma­cron avait lui-même af­fir­mé dans un en­tre­tien avec le WWF qu’il s’en tien­drait au « cadre de la loi de tran­si­tion éner­gé­tique » et gar­de­rait « le cap des 50% ». Un gage de cré­di­bi­li­té se­lon le fu­tur pré­sident qui af­fir­mait vou­loir avant tout don­ner de la sta­bi­li­té et de la vi­si­bi­li­té aux ac­teurs de l’éner­gie. La no­mi­na­tion de Ni­co­las Hu­lot au mi­nis­tère de la Tran­si­tion éco­lo­gique et so­li­daire, connu pour ses po­si­tions hos­tiles au nu­cléaire, avait d’ailleurs son­né comme un gage de bonne vo­lon­té. « Avec la loi de tran­si­tion éner­gé­tique, j’hé­rite d’ob­jec­tifs que l’on dit pha­rao­niques ou uto­piques. Moi, je dis né­ces­saires », dé­cla­rait-il le mois der­nier dans une in­ter­view au Jour­nal du di­manche.

Très at­ten­du au tour­nant, le mi­nistre s’est lui-même don­né « un an » pour ju­ger de l’ef­fi­ca­ci­té de son ac­tion. Pour les éco­lo­gistes, qui vou­laient en faire leur can­di­dat à l’élec­tion pré­si­den­tielle, le scep­ti­cisme fait dé­sor­mais place à la dé­cep­tion. « On pen­sait avoir un rem­part contre le lob­by du nu­cléaire, on a fi­na­le­ment af­faire à une cour­roie de trans­mis­sion, ful­mine le porte-pa­role d’EELV Ju­lien Bayou. Il est en train de perdre sur tous les ter­rains. » Ni­co­las Hu­lot au­rait, d’après lui, per­du l’ar­bi­trage de trop : « S’il s’agit d’ac­com­pa­gner cette po­li­tique de son au­ra dans l’opi­nion pu­blique, c’est dra­ma­tique. Va­li­der l’ar­gu­ment d’un nu­cléaire propre pié­tine des an­nées de tra­vail mi­li­tant, d’au­tant plus que lui­même ne le pense pas ! »

Green­peace a aus­si sou­le­vé ce pro­blème en ap­pe­lant le mi­nistre à ne pas se trom­per de com­bat. « Ce n’est pas en re­cu­lant sur le nu­cléaire que la lutte contre les dé­rè­gle­ments cli­ma­tiques s’ac­cé­lé­re­ra », écrit ain­si l’ONG dans un com­mu­ni­qué, tout en sou­li­gnant que ce sont pré­ci­sé­ment les dé­faillances du sec­teur « qui contraignent la France à consom­mer du char­bon mais aus­si à en im­por­ter ». Au sein de La Ré­pu­blique en marche, les dé­pu­tés éco­lo­gistes Mat­thieu Or­phe­lin et Bar­ba­ra Pom­pi­li – an­cienne se­cré­taire d’Etat char­gée de la Bio­di­ver­si­té sous le quin­quen­nat Hol­lande – ont, eux aus­si, ju­gé que, si l’ob­jec­tif de 50 % d’éner­gie nu­cléaire en 2025 était « très am­bi­tieux », il était ce­pen­dant « plus qu’in­té­res­sant ». Ils ap­pellent ain­si à l’adop­tion « dès le pre­mier se­mestre 2018 » d’un « plan cré­dible et ir­ré­ver­sible de fer­me­ture d’un nombre si­gni­fi­ca­tif de ré­ac­teurs nu­cléaires clai­re­ment iden­ti­fiés, avec en­fin un ca­len­drier pré­cis », ain­si qu’au tri­ple­ment de la pro­duc­tion fran­çaise d’éner­gies re­nou­ve­lables.

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