Pré­si­dence de l’Eu­ro­groupe: les pa­ris sont ou­verts

Plu­sieurs noms cir­culent pour suc­cé­der à Je­roen Di­js­sel­bloem, dont ce­lui du mi­nistre fran­çais des Fi­nances Bru­no Le Maire

L'Opinion - - News - Isa­belle Mar­chais (à Bruxelles) @IMar­chais

Les mi­nistres des Fi­nances des dix­neuf pays de la zone eu­ro dé­si­gne­ront le 4 dé­cembre le suc­ces­seur de Je­roen Di­js­sel­bloem. Ce der­nier res­te­ra pré­sident de l’Eu­ro­groupe jus­qu’à l’ex­pi­ra­tion de son man­dat, en jan­vier, mal­gré son dé­part du gou­ver­ne­ment néer­lan­dais. Au­cun can­di­dat ne s’est en­core of­fi­ciel­le­ment dé­cla­ré. Les so­cia­listes ré­clament le poste pour l’un des membres de leur fa­mille po­li­tique. QUI PREN­DRA EN JAN­VIER la suc­ces­sion du tra­vailliste néer­lan­dais Je­roen Di­js­sel­bloem à la tête de l’Eu­ro­groupe ? Le sus­pense de­vrait du­rer jus­qu’au 4 dé­cembre, date de la pro­chaine réunion du cé­nacle. En at­ten­dant, ru­meurs et spé­cu­la­tions vont bon train, et la liste des can­di­dats po­ten­tiels ne cesse de s’al­lon­ger. Au­cun d’entre eux ne s’est en­core dé­cla­ré of­fi­ciel­le­ment, his­toire de ne pas prendre de risques in­uti­le­ment. Mais deux ont ou­ver­te­ment ma­ni­fes­té leur in­té­rêt : le mi­nistre des Fi­nances luxem­bour­geois Pierre Gra­me­gna et son ho­mo­logue slo­vaque Pe­ter Ka­zi­mir.

Le pre­mier, qui a su ha­bi­le­ment ma­noeu­vrer pour ap­pa­raître comme l’un des fa­vo­ris, dis­pose de plu­sieurs atouts : son li­bé­ra­lisme mo­dé­ré, qui peut ré­con­ci­lier droite et gauche, et le fait d’être ori­gi­naire d’un pe­tit pays, fa­mi­lier des com­pro­mis. « Il fait par­tie des rares mi­nistres de l’Eu­ro­groupe qui se po­si­tionnent à mi-che­min entre les as­pi­ra­tions an­ta­go­nistes qui existent entre le sud et le nord de l’Union mo­né­taire » , ex­plique Die­go Ve­laz­quez, cor­res­pon­dant à Bruxelles du Luxem­bur­ger Wort. Mais deux faits jouent en sa dé­fa­veur : les élec­tions de 2018, qui pour­raient lui faire perdre son poste, et la pré­sence d’un autre Luxem­bour­geois, Jean-Claude Jun­cker, à la pré­si­dence de la Com­mis­sion.

Cré­di­bi­li­té. Per­son­nage haut en cou­leur, Ka­zi­mir jouit, quant à lui, d’un grand avan­tage : il est so­cia­liste, alors que la droite truste la qua­si-to­ta­li­té des grands postes eu­ro­péens, tout en étant stric­te­ment or­tho­doxe sur le plan bud­gé­taire, ce qui ras­sure les Al­le­mands. Mais il manque de doig­té et de di­plo­ma­tie, ce qui pour­rait se ré­vé­ler hau­te­ment contre-pro­duc­tif. D’autres noms cir­culent, dont ce­lui de

Bru­no Le Maire. « De nom­breuses per­sonnes lui ont dit d’y al­ler. Il a une bonne ré­pu­ta­tion, il a la car­rure pour le poste, il com­prend les su­jets », sou­ligne une source eu­ro­péenne. Mais, tem­père la source, « deux choses le font hé­si­ter ». D’une part, le fait qu’un tel poste convien­drait da­van­tage au re­pré­sen­tant d’un pe­tit pays, sou­cieux de fa­ci­li­ter les com­pro­mis et de cher­cher le consen­sus, qu’à un grand pays qui veut por­ter et dé­fendre des pro­jets am­bi­tieux et donc contro­ver­sés. D’autre part, il pour­rait être dif­fi­cile d’ajou­ter une telle fonc­tion aux res­pon­sa­bi­li­tés très pre­nantes du mi­nis­tère de l’Eco­no­mie et des Fi­nances. Du cô­té de Ber­cy, on se contente pour le mo­ment de rap­pe­ler que la France veut un can­di­dat « cré­dible, ca­pable de for­ger des ac­cords, do­té d’une vraie com­pé­tence et d’une réelle ex­per­tise, et do­té d’une vi­sion pour l’in­té­gra­tion de la zone eu­ro ». Pas sûr que le mi­nistre por­tu­gais, Ma­rio Cen­te­no et son ho­mo­logue let­tone, Da­na Reiz

niece-Ozo­la, éga­le­ment évo­qués dans les cou­loirs bruxel­lois, ré­pondent à tous ces cri­tères. « On ne sait pas ce qu’ils pensent, ils sont un peu in­vi­sibles », re­grette un bon connais­seur du dos­sier. Com­pé­tent, ex­pé­ri­men­té, es­ti­mé, le mi­nistre ita­lien des Fi­nances, Pier Car­lo Pa­doan au­rait, quant à lui, le bon pro­fil ; mais la pé­nin­sule oc­cupe dé­jà plu­sieurs postes im­por­tants au sein de l’UE, dont la pré­si­dence de la Banque cen­trale eu­ro­péenne, et des élec­tions sont, là aus­si, pré­vues l’an­née pro­chaine.

Une autre per­son­na­li­té pour­rait re­ve­nir sur le de­vant de la scène, le mi­nistre es­pa­gnol de l’Eco­no­mie, Luis de Guin­dos. Can­di­dat mal­heu­reux dans le pas­sé contre Je­roen Di­js­sel­bloem, il af­firme au­jourd’hui ne pas être in­té­res­sé : pas ques­tion pour lui de su­bir une nou­velle hu­mi­lia­tion. Mais il pour­rait faire of­fice de re­cours si les mi­nistres se ré­vé­laient in­ca­pables de s’en­tendre sur un autre can­di­dat et ve­naient le cher­cher. Une éven­tua­li­té que re­fuse d’en­vi­sa­ger la fa­mille so­cia­liste.

Dés­équi­libre. « Si les so­cia­listes n’ont plus ce poste, on va vers un dés­équi­libre ab­so­lu­ment consi­dé­rable », aver­tit l’eu­ro­dé­pu­tée (PS) Per­venche Be­rès. Pour cette der­nière, le scé­na­rio idéal se­rait ce­lui de la « double cas­quette », qui ver­rait le com­mis­saire eu­ro­péen en charge des Af­faires éco­no­miques et – en l’oc­cur­rence

Pierre Mos­co­vi­ci – pré­si­der conjoin­te­ment l’Eu­ro­groupe. Ce qui per­met­trait de com­mu­nau­ta­ri­ser da­van­tage la ges­tion de la mon­naie unique. Mais cer­tains ju­ristes mettent en doute la lé­ga­li­té d’un tel sys­tème. Sur­tout, les es­prits ne sont sans doute pas mûrs pour fran­chir ce pas ins­ti­tu­tion­nel.

A dé­faut, les so­cia­listes pour­raient dé­ci­der de se ra­battre sur un plan B, ce­lui d’un pré­sident per­ma­nent de l’Eu­ro­groupe, qui n’exer­ce­rait au­cune autre fonc­tion. « Pour moi, ce se­rait une so­lu­tion in­ter­mé­diaire d’ici l’ar­ri­vée de la pro­chaine Com­mis­sion, car sans double cas­quette, ce pré­sident per­ma­nent se­rait très in­ter­gou­ver­ne­men­tal », ex­plique Per­venche Be­rès. Un tel schéma au­to­ri­se­rait un mi­nistre sor­tant à oc­cu­per le poste. Et évi­te­rait de s’en te­nir à un sta­tu quo qui a mon­tré toutes ses li­mites en termes de lé­gi­ti­mi­té dé­mo­cra­tique.

SIPA PRESS

Je­roen Di­js­sel­bloem.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.