Entre la Mai­son Blanche et l’Arabie saoudite, ma­riage de rai­son et noces d’ar­gent

L'Opinion - - News - Pas­cal Ai­rault @P_Ai­rault

DO­NALD TRUMP A EX­PRI­MÉ MAR­DI sa « grande confiance » dans le roi Sal­mane et le prince hé­ri­tier Mo­ha­med ben Sal­mane (MBS). Les deux têtes de l’exé­cu­tif à Ryad ne pou­vaient re­ce­voir plus grand sou­tien après l’opé­ra­tion « mains propres » lan­cée ce week-end et la vague d’ar­res­ta­tions dans les cercles du pou­voir. Près de 1 200 comptes ap­par­te­nant à des par­ti­cu­liers ou à des so­cié­tés ont été ge­lés dans le cadre de cette vaste cam­pagne an­ti­cor­rup­tion. « Ils savent exac­te­ment ce qu’ils font, a ex­pli­qué le pré­sident amé­ri­cain. Cer­tains de ceux qu’ils sont en train de trai­ter du­re­ment vo­laient leur pays de­puis des an­nées. » Fraî­che­ment re­ve­nu de Ryad, le gendre et conseiller de Trump, Ja­red Ku­sh­ner, avait pro­ba­ble­ment été mis dans la confi­dence.

Entre Ryad et Wa­shing­ton, la re­la­tion est re­ve­nue au beau fixe après leur dé­té­rio­ra­tion sous Ba­rack Oba­ma. Après avoir ap­plau­di le dis­cours du Caire en forme d’ode au monde mu­sul­man en 2009, les di­ri­geants saou­diens s’étaient of­fus­qués de l’ap­pui amé­ri­cain au Prin­temps arabe et de l’avè­ne­ment au pou­voir des Frères mu­sul­mans ain­si que du dé­gel des re­la­tions avec leur en­ne­mi ira­nien. L’élec­tion de Do­nald Trump a été une au­baine pour le roi Sal­mane et son fils pour re­tis­ser les re­la­tions à Wa­shing­ton. MBS a été le pre­mier di­ri­geant arabe mu­sul­man à être re­çu par Trump à la Mai­son Blanche, en mars de­nier, et le pré­sident amé­ri­cain a fait son pre­mier dé­pla­ce­ment au Moyen-Orient à Ryad, en mai. Le cou­rant est pas­sé. Trump compte sur le jeune prince hé­ri­tier, am­bi­tieux et dy­na­mique, pour co­opé­rer sur les dos­siers ré­gio­naux. Les deux ad­mi­nis­tra­tions ont ren­for­cé leur par­te­na­riat dans la lutte contre le ter­ro­risme, leurs ac­tions mi­li­taires au Yé­men et en Syrie, pour frei­ner les am­bi­tions ré­gio­nales de l’Iran.

As­su­rances. MBS a don­né des as­su­rances sur sa fré­quen­ta­bi­li­té en ac­cé­lé­rant son mou­ve­ment de ré­formes éco­no­miques et so­cié­tales, à sa­voir la di­ver­si­fi­ca­tion des ac­ti­vi­tés, l’éman­ci­pa­tion des femmes, la pro­mo­tion d’un is­lam plus mo­dé­ré. Les di­ri­geants re­li­gieux saou­diens vont même jus­qu’à chan­ter les louanges de Do­nald Trump. Ab­dul­rah­man al-Su­dais, l’imam de la grande mos­quée de La Mecque, a af­fir­mé, en marge d’une confé­rence à New York en sep­tembre, que Do­nald Trump, les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite di­ri­geaient le monde vers la paix…

« Les di­ri­geants d’Abou Da­bi et de Ryad savent qu’ils ont re­trou­vé de l’in­fluence sur la po­li­tique amé­ri­caine avec Do­nald Trump » , ex­plique un cher­cheur spé­cia­li­sé sur le Golfe. Les Saou­diens ont l’oreille du pré­sident amé­ri­cain qu’ils ont aus­si su ama­douer à base de gros mar­chés. De­puis la vi­site de Trump à Ryad en juin, les hommes d’af­faires amé­ri­cains ont fait un re­tour en force, al­lé­chés par la pro­messe de plus de 400 mil­liards de dol­lars de contrats, dont 110 mil­liards dans le do­maine mi­li­taire. Beau­coup comptent en­gran­ger les fruits de cette em­bel­lie dans le cadre du plan Vi­sion 2030, qui pré­voit l’en­trée en Bourse d’une par­tie du ca­pi­tal de Sau­di Aram­co, la com­pa­gnie na­tio­nale pé­tro­lière, que Do­nald Trump sou­haite voir co­tée à la Bourse amé­ri­caine. De quoi fer­mer les yeux sur l’au­to­ri­ta­risme et le tour de vis sé­cu­ri­taire du prince hé­ri­tier.

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