« Ins­ta­gram ré­vo­lu­tionne la com­mu­ni­ca­tion et le bu­si­ness mo­del des en­tre­prises »

Ju­lie Pel­let : « La par­ti­cu­la­ri­té fran­çaise, c’est le dy­na­misme de sa com­mu­nau­té d’en­tre­pre­neurs qui ont uti­li­sé Ins­ta­gram pour se faire connaître »

L'Opinion - - Actualités - Interview Mu­riel Motte @mu­riel­motte

I ns­ta­gram, le ser­vice de par­tage de pho­tos et vi­déos de Fa­ce­book, a ins­tal­lé de­puis deux ans une pe­tite équipe dé­diée à la France. Elles sont quatre, sur un to­tal de six cents sa­la­riés dans le groupe amé­ri­cain, pour ai­der les en­tre­prises à ac­cé­lé­rer leur crois­sance grâce à la pla­te­forme. « Notre mis­sion est d’amé­lio­rer constam­ment nos ou­tils et de les faire connaître » , ex­plique Ju­lie Pel­let, en charge du dé­ve­lop­pe­ment de la marque pour l’Eu­rope du Sud.

Concrè­te­ment, com­ment Ins­ta­gram aide-t-il les en­tre­prises à se dé­ve­lop­per ?

Ins­ta­gram est de­ve­nu la vi­trine di­gi­tale des en­tre­prises. C’est un moyen fa­cile de ra­con­ter leur his­toire, en met­tant en avant à la fois leurs pro­duits et ser­vices à tra­vers des conte­nus pho­tos ou vi­déo, mais aus­si leurs ins­pi­ra­tions, leur pro­cess de fa­bri­ca­tion, etc. Le groupe a lan­cé l’an der­nier un nou­veau ser­vice, les Pro­fils En­tre­prise. Quinze mil­lions de so­cié­tés à tra­vers le monde ont dé­jà trans­for­mé leur pro­fil Ins­ta­gram en Pro­fil En­tre­prise, qui leur per­met d’ac­cé­der à toute une sé­rie de sta­tis­tiques es­sen­tielles pour elles : au­dience des mes­sages qu’elles ont pos­tés, fré­quence de leur sau­ve­garde par les uti­li­sa­teurs, ce qui est un indicateur de po­ten­tiels achats fu­turs des pro­duits qu’elles pré­sentent. Ce­la leur per­met d’an­ti­ci­per et d’ajus­ter leur com­mu­ni­ca­tion. Ce nou­veau ser­vice leur per­met aus­si de « boos­ter » un mes­sage, c’est- à- dire de faire de la pu­bli­ci­té, payante cette fois, afin de tou­cher non seule­ment leurs abon­nés mais plus lar­ge­ment la cible de leurs clients. Par exemple, un ma­ga­sin d’élec­tro­nique qui veut se faire connaître des moins de 25 ans du IIe ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris peut le faire en trois clics via son ap­pli­ca­tion Ins­ta­gram. Il n’a plus be­soin d’au­cun in­ter­mé­diaire pour gé­rer sa com­mu­ni­ca­tion. Notre mis­sion est d’amé­lio­rer constam­ment nos ou­tils et de les faire connaître.

Com­ment me­su­rez-vous leur ef­fi­ca­ci­té ?

Les e- com­mer­çants la me­surent fa­ci­le­ment grâce à un pixel de tra­cking qui comp­ta­bi­lise les ventes réa­li­sées liées à leur pré­sence sur Ins­ta­gram. Les grands groupes s’in­té­ressent par­fois plus à l’évo­lu­tion de la no­to­rié­té de leur marque. Pour eux, nous met­tons en place des par­te­na­riats avec des ins­ti­tuts spé­cia­li­sés comme Niel­sen. Dans la fi­nance, les banques et les as­su­reurs comp­ta­bi­lisent le nombre de leads, c’est- à- dire les si­gnaux d’in­té­rêt gé­né­rés avant la sous­crip­tion à un ser­vice. Pour les bou­tiques phy­siques, nous n’avons pas de moyens de me­sure pré­cis, tout re­pose sur le dé­cla­ra­tif. La marque de dé­co­ra­tion eth­nique Ja­mi­ni De­si­gn es­time ain­si qu’Ins­ta­gram est de­ve­nu sa pre­mière source de clients en ma­ga­sin. Le fait d’être bien connu en ligne dé­clenche des com­por­te­ments dans la vie réelle. Nous avons ré­cem­ment com­man­dé une étude à Ip­sos au­près de TPE/PME fran­çaises pré­sentes sur Ins­ta­gram. 53 % d’entre elles dé­clarent vendre si­gni­fi­ca­ti­ve­ment plus grâce à l’ap­pli­ca­tion. Six en­tre­prises sur dix af­firment qu’Ins­ta­gram est le meilleur moyen pour elles d’être connues en France et à l’in­ter­na­tio­nal. La même pro­por­tion af­firme pré­fé­rer mettre en avant leur compte Ins­ta­gram que leur site In­ter­net.

Com­ment l’ex­pli­quez-vous ?

Ins­ta­gram est la seule pla­te­forme qui per­met aux marques de créer énor­mé­ment de proxi­mi­té avec la com­mu­nau­té des abon­nés. Ce­la ex­plique le for­mi­dable suc­cès des Sto­ries, ces conte­nus éphé­mères qui ne durent que 24 heures et qui per­mettent de com­mu­ni­quer de ma­nière très spon­ta­née. Ce ser­vice a été lan­cé à l’été 2016. Qua­torze mois plus tard, il réunit trois cents mil­lions d’uti­li­sa­teurs quo- ti­diens ! Les marques ne sont pas en reste. Au cours du mois de sep­tembre, 50 % des Pro­fils En­tre­prises d’Ins­ta­gram ont créé une Sto­ry et un tiers des Sto­ries les plus vues ont été celles de marques. Alors que le conte­nu de leur compte per­ma­nent est sou­vent très tra­vaillé, la Sto­ry per­met de pu­blier les cou­lisses d’un évé­ne­ment, l’interview d’une per­son­na­li­té ou d’une égé­rie, le « live » de telle ou telle opé­ra­tion. Les gens adorent. 80 % des uti­li­sa­teurs d’Ins­ta­gram sont d’ailleurs connec­tés à une marque qu’ils ont dé­ci­dé de suivre. Notre but est de ren­for­cer les liens, de flui­di­fier les re­la­tions. Nous ve­nons de créer un sti­cker de son­dage in­ter­ac­tif qui per­met à une en­tre­prise d’avoir des re­tours en di­rect de sa com­mu­nau­té sur un nou­veau pro­duit par exemple. Ins­ta­gram ré­vo­lu­tionne vrai­ment la com­mu­ni­ca­tion et le bu­si­ness mo­del des en­tre­prises.

Les grands groupes sont-ils en avance dans ce do­maine ?

Toutes les grandes marques mon­diales sont au­jourd’hui pré­sentes sur Ins­ta­gram. Elles viennent y cher­cher les huit cents mil­lions d’uti­li­sa­teurs ac­tifs par mois de la pla­te­forme, c’est un mar­ché po­ten­tiel for­mi­dable pour elles. Ces uti­li­sa­teurs sont avant tout une com­mu­nau­té de pas­sion­nés. Sur Fa­ce­book, vous êtes d’abord connec­té à vos proches, sur Ins­ta­gram, 50 % des gens que vous sui­vez sont des in­con­nus mais qui par­tagent les mêmes centres d’in­té­rêt que vous. Ces com­mu­nau­tés sont à la fois des sources d’ins­pi­ra­tion et des cibles pour les en­tre­prises, qui s’y in­tro­duisent en adap­tant leur com­mu­ni­ca­tion et leur pro­fil. Evi­dem­ment, la mode est l’in­dus­trie pion­nière dans ce do­maine, mais tous les sec­teurs s’y mettent. Par exemple, à l’oc­ca­sion des jour­nées de l’in­dus­trie élec­trique, EDF a dé­ve­lop­pé une ap­proche très ori­gi­nale en fai­sant ap­pel à des ins­ta­gram­meurs pour im­mor­ta­li­ser son pa­tri­moine in­dus­triel et of­frir un nou­veau re­gard sur ses sites de pro­duc­tion, en uti­li­sant no­tam­ment les Sto­ries.

En quoi les en­tre­prises fran­çaises se dis­tinguent- elles dans leur com­por­te­ment ?

La par­ti­cu­la­ri­té fran­çaise, c’est le dy­na­misme de sa com­mu­nau­té d’en­tre­pre­neurs qui ont jus­te­ment uti­li­sé Ins­ta­gram pour se faire connaître. C’est la rai­son pour la­quelle nous avons lan­cé le sa­lon des « Ins­ta­pre­neurs », avec l’am­bi­tion d’al­ler à la ren­contre du grand pu­blic. Cette idée est née en France, nous sommes al­lés la dé­fendre aux EtatsU­nis pour qu’elle puisse se concré­ti­ser. Le jour J, nous avons eu un choc en voyant la file d’at­tente à l’ou­ver­ture de cette grande pre­mière mon­diale. Six mille per­sonnes sont ve­nues un sa­me­di de juin ren­con­trer cin­quante « Ins­ta­pre­neurs » , qui se sont eux­mêmes sur­nom­més ain­si car ils ont réus­si à se dé­ve­lop­per grâce à Ins­ta­gram. Il y en avait pour tous les goûts : Pa­perMint, une en­tre­prise de pa­pier peint ; Laps, une marque de montres d’ex­cep­tion ; Le Slip Fran­çais, qu’on ne pré­sente plus ; Shan­ty Bis­cuits, qui pro­duit des bis­cuits per­son­na­li­sés ; Si­mone, une en­tre­prise de beau­té à do­mi­cile… Nos pa­trons amé­ri­cains se sont dé­pla­cés pour consta­ter l’en­thou­siasme des Fran­çais, no­tam­ment lors des confé­rences thé­ma­tiques sur « Com­ment trans­for­mer sa pas­sion en bu­si­ness » , « les femmes en­tre­pre­neurs » ou en­core « les jeunes en­tre­pre­neurs ». Le suc­cès de cette ini­tia­tive a en tout cas dé­mon­tré que beau­coup de Fran­çais semblent prêts à se lan­cer et nous sommes là pour les ai­der !

Al­lez-vous ré­ité­rer l’ex­pé­rience ?

Nous y ré­flé­chis­sons bien sûr, mais on nous a sur­tout de­man­dé d’ai­der les autres pays à lan­cer ce type d’évé­ne­ment sur leur propre mar­ché ! Le mo­dèle fran­çais s’ex­porte… Le sa­lon conti­nue d’ailleurs de vivre. Des ré­seaux se sont créés, nous voyons pas­ser énor­mé­ment de post avec le ha­sh­tag « Ins­ta­pre­neurs » , ain­si que de nom­breuses belles his­toires. Shan­ty Bis­cuits a, de­puis, re­çu la plus grosse com­mande de son his­toire par un groupe hô­te­lier. C’est for­mi­dable pour cette pe­tite en­tre­prise de cinq per­sonnes ba­sée à Aix- en-Pro­vence. Ce sa­lon a créé des op­por­tu­ni­tés in­croyables.

Quelles sont vos prio­ri­tés pour 2018 ?

Nous vou­lons dé­ve­lop­per les Sto­ries. Sur les huit cents mil­lions d’uti­li­sa­teurs men­suels d’Ins­ta­gram, cinq cents mil­lions sont ac­tifs tous les jours, et par­mi ces der­niers, trois cents mil­lions uti­lisent les Sto­ries, c’est fa­ra­mi­neux. Il faut ren­for­cer cette ex­pé­rience, ai­der les marques à com­prendre l’en­jeu des conte­nus éphé­mères. Pour cer­taines, c’est un vrai dé­fi, nous al­lons les ac­com­pa­gner dans leur créa­ti­vi­té. Le for­mat de leur mes­sage est un autre en­jeu im­por­tant : Ins­ta­gram, c’est d’abord le smart­phone et donc un for­mat ver­ti­cal et non le 16/9e au­quel elles sont plus ha­bi­tuées. La pla­te­forme est le meilleur atout pour une marque de com­mu­ni­quer sur ce qu’elle est. Notre but est que leur « sto­ry­tel­ling » de­vienne du « sto­rie­sel­ling » , c’est- àdire les ai­der à être plus ef­fi­caces pour vendre leurs pro­duits ou leurs ser­vices.

« Sur Ins­ta­gram, 50 % des gens que vous sui­vez sont des in­con­nus mais qui par­tagent les mêmes centres d’in­té­rêt que vous. Ces com­mu­nau­tés sont, à la fois, des sources d’ins­pi­ra­tion et des cibles pour les en­tre­prises »

DR

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