La France proche de sor­tir de la pro­cé­dure pour dé­fi­cit ex­ces­sif

L'Opinion - - Croissance : On Pourrait Même Faire Mieux ! - Isa­belle Mar­chais (à Bruxelles) @IMar­chais

LE SUS­PENSE N’EN EST PLUS VRAI­MENT UN. Sauf coup de théâtre, la France de­vrait sor­tir l’an­née pro­chaine de la pro­cé­dure pour dé­fi­cit ex­ces­sif dans la­quelle elle se trouve sans dis­con­ti­nuer de­puis 2009. Se­lon les pré­vi­sions éco­no­miques de la Com­mis­sion pu­bliées jeu­di, le dé­fi­cit pu­blic de­vrait at­teindre 2,9 % du PIB en 2017 et en 2018, soit plus, pour l’an­née pro­chaine, que ce que pré­voit le gou­ver­ne­ment (2,6 %), mais (lé­gè­re­ment) moins que le seuil fa­ti­dique de 3 %. « Je consi­dère tou­jours qu’une telle abro­ga­tion de la pro­cé­dure de dé­fi­cit ex­ces­sif est non seu­le­ment sou­hai­table mais pos­sible en mai pro­chain », a dé­cla­ré le com­mis­saire char­gé des Af­faires éco­no­miques et fi­nan­cières Pierre Mos­co­vi­ci. La dé­ci­sion dé­fi­ni­tive se­ra prise au prin­temps, sur base de l’exé­cu­tion bud­gé­taire de 2017 et des pro­chaines pré­vi­sions, afin de s’as­su­rer que la cor­rec­tion est bien « du­rable ».

D’ici là, pas ques­tion pour Pa­ris de re­lâ­cher ses ef­forts. Le chiffre de 3 % « n’est pas une cible mais une li­mite » , a in­sis­té l’an­cien mi­nistre des Fi­nances. Ce qui sup­po­se­ra par la suite de des­cendre « net­te­ment » au-des­sous et donc de faire les ef­forts struc­tu­rels né­ces­saires. Or, dans une lettre en­voyée le 27 oc­tobre à Bru­no Le Maire, la Com­mis­sion es­time que « la cor­rec­tion du dé­fi­cit pu­blic et sa pé­ren­ni­té sont tou­jours à risque » et qu’il existe « un risque de dé­via­tion si­gni­fi­ca­tive vis-à-vis de l’ef­fort re­quis en 2018 ». En cause, l’ef­fort struc­tu­rel de 0,1 % pré­vu par la France, très loin de ce­lui re­com­man­dé par le Conseil, qui est de 0,6 %. Bruxelles an­ti­cipe même dans son rap­port une dé­té­rio­ra­tion d’un quart de point du PIB.

La Com­mis­sion fait en outre état de cer­tains risques, liés à des me­sures qui n’ont pas en­core pu être comp­ta­bi­li­sées dans ses pré­vi­sions. D’une part, la re­ca­pi­ta­li­sa­tion d’Are­va, à hau­teur de 4,5 mil­liards d’eu­ros ; c’est à Eu­ro­stat que re­vien­dra le soin de prendre une dé­ci­sion

Le nombre to­tal de per­sonnes dis­po­sant d’un em­ploi va at­teindre un ni­veau re­cord dans la zone eu­ro

dé­fi­ni­tive sur la prise en compte sta­tis­tique. D’autre part, le rem­bour­se­ment lié à l’in­va­li­da­tion de la taxe de 3 % sur les di­vi­dendes, sur le­quel Bruxelles vou­drait avoir des cla­ri­fi­ca­tions. En­fin, la trans­for­ma­tion du CICE en baisse des charges pa­tro­nales sur les bas sa­laires à par­tir de 2019.

Crois­sance. De son cô­té, le gou­ver­ne­ment pré­fère in­sis­ter sur les as­pects po­si­tifs des pré­vi­sions, à sa­voir « la dy­na­mique de la crois­sance de l’éco­no­mie fran­çaise pour 2017, 2018 et 2019, por­tée no­tam­ment par un re­bond de l’in­ves­tis­se­ment et de la consom­ma­tion ». La Com­mis­sion, qui re­con­naît avoir été « un chouïa » pes­si­miste table ain­si sur 1,6 % et 1,7 %, contre 2,2 % et 2,1 % dans la zone eu­ro.

« Après cinq an­nées d’une re­prise mo­dé­rée, la crois­sance eu­ro­péenne est en­trée dans une phase d’ac­cé­lé­ra­tion », a sa­lué Pierre Mos­co­vi­ci. Une si­tua­tion qui s’ex­plique par plu­sieurs fac­teurs : une consom­ma­tion pri­vée plus ro­buste, un re­dé­mar­rage de l’in­ves­tis­se­ment, le ren­for­ce­ment de la crois­sance mon­diale et une amé­lio­ra­tion gé­né­ra­li­sée du mar­ché du tra­vail. Le nombre to­tal de per­sonnes dis­po­sant d’un em­ploi va ain­si at­teindre un ni­veau re­cord dans la zone eu­ro, tan­dis que le taux de chô­mage de­vrait af­fi­cher son ni­veau le plus bas de­puis 2009, à 9,1 % en moyenne dans la zone eu­ro en 2017 (9,5 % en France).

Mais la Com­mis­sion ap­pelle les Etats membres à faire montre de pru­dence : la re­prise de­meure « faible » au re­gard de cer­tains ni­veaux en­re­gis­trés par le pas­sé, et cer­taines fra­gi­li­tés de­meurent, comme la faible pro­gres­sion des sa­laires ou le ni­veau éle­vé d’en­det­te­ment de cer­tains pays – dont la France.

SIPA PRESS

Pierre Mos­co­vi­ci, le com­mis­saire char­gé des Af­faires éco­no­miques et fi­nan­cières.

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