« La zone eu­ro et les émer­gents ac­cé­lèrent fran­che­ment »

L'Opinion - - Croissance : On Pourrait Même Faire Mieux ! - In­ter­view C.L.

JEAN-PIERRE PE­TIT est le pré­sident des Ca­hiers Verts de l’éco­no­mie.

Comment ca­rac­té­ri­ser la crois­sance éco­no­mique à l’oeuvre, au­jourd’hui, dans le monde ?

La crois­sance mon­diale s’éta­blit à 3,8% en 2017, en pa­ri­té de pou­voir d’achat (qui per­met de mieux prendre en compte ce qui se passe dans les pays émer­gents). C’est le rythme le plus éle­vé de­puis 2010-2011. Mais nous sommes loin des ni­veaux d’avant crise : entre 2003 et 2007, cette crois­sance s’éta­blis­sait à 4,8 % en moyenne par an, avec une Chine à 12%, un Bré­sil à 7% et une Ar­gen­tine à 9%. Au­jourd’hui, la Chine croît à 7%, le Bré­sil à 1,5% et la Rus­sie un peu au­des­sus de ce ni­veau. Néan­moins, même si elle est plus faible que les pré­cé­dentes, la phase ac­tuelle n’en reste pas moins très so­lide. Elle puise sa force dans une dif­fu­sion très forte. Qua­si­ment tous les pays sont au­des­sus de leur crois­sance po­ten­tielle, à l’ex­cep­tion du Royaume-Uni, du Bré­sil et de la Rus­sie. Sur­tout, les grandes zones sont cha­cune à un ni­veau dif­fé­rent de re­prise, ce qui per­met d’en­tre­te­nir po­si­ti­ve­ment l’en­semble du cycle.

C’est-à-dire ?

Seule la Grande-Bre­tagne, qui est re­par­tie plus vite que les autres pays, est en phase de ra­len­tis­se­ment cy­clique d’au­tant plus pro­non­cé que le Brexit ac­cen­tue le pro­ces­sus. De leur cô­té, les Etats- Unis conti­nuent à ré­sis­ter. Oc­tobre 2017 au­ra mar­qué le cen­tième mois consé­cu­tif de crois­sance amé­ri­caine, en­ta­mée en juin 2009 ! Entre 1854 et 1945, un cycle amé­ri­cain du­rait 37,5 mois en moyenne. De­puis 1945, la ten­dance est à 58,5 mois en moyenne. Le cycle ac­tuel est le troi­sième plus long de l’his­toire, même si son am­pleur est re­la­ti­ve­ment faible, der­rière les dix ans de crois­sance in­in­ter­rom­pue que nous avons connus entre 1991 et 2001. Mais aux cô­tés de ces Etats-Unis qui ré­sistent, nous avons une zone eu­ro et des pays émer­gents qui ac­cé­lèrent fran­che­ment. L’Union eu­ro­péenne, avec une crois­sance su­pé­rieure à 2,3 % contre 1,8 % l’an der­nier, est en phase d’ac­cé­lé­ra­tion plu­tôt lo­gique. Ce­la tient au fait qu’elle a connu une forte crise entre 2011 et 2013, qui gé­nère un phé­no­mène de rat­tra­page. Le PIB des Etats-Unis est 15 points au-des­sus des ni­veaux de 2007 alors que, s’agis­sant de la zone eu­ro, il n’est que de 5 points au-des­sus, en in­té­grant des pays d’Eu­rope du Sud qui res­tent en des­sous.

Cette crois­sance est-elle so­lide ?

Il n’existe au­cun signe évident de dés­équi­libre mon­dial, comme ce­la fut le cas avant 2007 où cer­tains pays af­fi­chaient de très larges ex­cé­dents de leur balance cou­rante (la Chine était à +10 %) tan­dis que d’autres étaient en fort dé­fi­cit. du coup, à l’ho­ri­zon de six à douze mois, il n’y a pas de rai­son, hors choc exo­gène, de ta­bler sur une crise. Les seuls dé­ra­pages pos­sibles se trouvent dans la conduite de la po­li­tique mo­né­taire. À cet égard, la tran­si­tion entre l’ac­tuelle pré­si­dente de la Fed, Ja­net Yel­len, et son suc­ces­seur Jé­rôme Po­well, se­ra très im­por­tante. La Ré­serve fé­dé­rale amé­ri­caine a été un ac­teur clef de la re­prise : elle a no­tam­ment adap­té sa po­li­tique mo­né­taire en 2016 de fa­çon à être fa­vo­rable à la crois­sance des pays émer­gents. L’autre su­jet est, comme tou­jours, la va­lo­ri­sa­tion des mar­chés qui, lors­qu’elle est éle­vée, entretient un cli­mat fa­vo­rable aux af­faires, nour­ris­sant la crois­sance qui entretient en re­tour la hausse des mar­chés. Les fins de cycle sont sou­vent de­van­cées par un fort re­pli des mar­chés mais, là aus­si, on ne le voit pas ve­nir. Reste la ques­tion cru­ciale de la dette chi­noise. Un pro­blème jus­qu’à pré­sent plu­tôt bien gé­ré par Pé­kin.

SIPA PRESS

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