En Corse, une liste PCF-France in­sou­mise désa­vouée par Mé­len­chon

Le mou­ve­ment dé­nonce l’al­liance de mi­li­tants lo­caux avec le Par­ti com­mu­niste, au nom de sa « co­hé­rence » au ni­veau na­tio­nal

L'Opinion - - Croissance : On Pourrait Même Faire Mieux ! - Ra­phaël Proust @ra­phael­proust

Jean-Luc Mé­len­chon et La France in­sou­mise re­fusent de sou­te­nir la liste for­mée par le PCF et des mi­li­tants in­sou­mis à l’oc­ca­sion des élec­tions ter­ri­to­riales qui au­ront lieu dé­but dé­cembre en Corse. Le mou­ve­ment dé­nonce une « usur­pa­tion d’iden­ti­té » et an­nonce qu’il n’ap­puie­ra au­cun can­di­dat à ce scru­tin. PIERRE LAURENT ÉTAIT AT­TEN­DU à Bas­tia jeu­di soir. Le se­cré­taire na­tio­nal du Par­ti com­mu­niste pré­cède de quelques jours la dé­pu­tée Ma­rie- George Buf­fet qui se ren­dra, elle, le 24 no­vembre à Ajac­cio. Les deux élus viennent sou­te­nir leurs can­di­dats aux élec­tions ter­ri­to­riales de dé­cembre, der­nière étape avant la cons­ti­tu­tion dé­but 2018 de la col­lec­ti­vi­té unique is­sue de la fu­sion des deux dé­par­te­ments in­su­laires. La liste bap­ti­sée « L’Ave­nir, la Corse en com­mun » re­groupe, une fois n’est pas cou­tume, des mi­li­tants de Corse in­sou­mise et du PCF. Sauf que cette ini­tia­tive est condam­née par Jean- Luc Mé­len­chon, qui a dé­non­cé mar­di sur son blog une « usur­pa­tion » du sigle de son mou­ve­ment.

« Cette pauvre tam­bouille tourne le dos à toutes les grandes ques­tions qui se posent en Corse à par­tir du vote des lé­gis­la­tives. J’ad­mets que le PCF et ses al­liés fassent leur liste. C’est bien leur droit le plus strict. Mais pour­quoi vou­loir faire croire que La France in­sou­mise en est par­tie pre­nante ? » , s’in­ter­roge le dé­pu­té des Bouches- du-Rhône. Mi­chel Ste­fa­ni, mi­li­tant com­mu­niste et nu­mé­ro 3 sur la liste, lui a vi­ve­ment ré­pon­du mer­cre­di : « Jean-Luc Mé­len­chon a choi­si de s’ex­pri­mer, non pour res­pec­ter l’en­ga­ge­ment sur place de femmes et d’hommes qui ont fait en Corse sa cam­pagne mais en leur cra­chant des­sus. » Au- de­là de la to­na­li­té qui ca­rac­té­rise de­puis un cer­tain temps les échanges entre an­ciens par­te­naires du Front de gauche, la si­tua­tion illustre « ce que La France in­sou­mise ne sou­haite pas de­ve­nir », comme l’as­su­rait lun­di son di­rec­teur des cam­pagnes, Ma­nuel Bom­pard.

« Groupes d’ac­tion ». « Quand La France in­sou­mise s’en­gage dans des dé­marches élec­to­rales, elle le fait dans le res­pect des pro­ces­sus de dé­ci­sion qui ont été mis en oeuvre et no­tam­ment à tra­vers un co­mi­té élec­to­ral qui en­gage le mou­ve­ment », a-t-il ajou­té. En pleine phase de consultation avant une con­ven­tion pré­vue fin no­vembre, les In­sou­mis ré­flé­chissent no­tam­ment à leur or­ga­ni­sa­tion in­terne. Les « groupes d’ap­pui » créés en sou­tien à la candidature de Jean- Luc Mé­len­chon vont ain­si de­ve­nir des « groupes d’ac­tion » en prin­cipe au­to­nomes et au­to- or­ga­ni­sés. Mais si le mou­ve­ment est dé­crit par ses membres comme « ga­zeux » voire « li­quide », il tient comme à la pru­nelle de ses yeux à sa co­hé­rence en termes de stra­té­gie élec­to­rale. Pas ques­tion donc que « trente mi­li­tants » tentent lo­ca­le­ment de res­sus­ci­ter un Front de gauche avec le­quel JeanLuc Mé­len­chon a rom­pu à l’oc­ca­sion des der­niers scru­tins.

Entre les deux tours des lé­gis­la­tives, le mou­ve­ment avait en ef­fet don­né son sou­tien au compte-gouttes là où il n’avait pas de can­di­dat qua­li­fié au se­cond tour : seuls les com­mu­nistes et les « fron­deurs so­cia­listes ayant si­gné la mo­tion de cen­sure contre la loi El Khom­ri » y avaient eu droit.

La France in­sou­mise pour­sui­vra pro­ba­ble­ment la même stra­té­gie à l’oc­ca­sion des élec­tions eu­ro­péennes de 2019. Alors que la créa­tion de listes trans­na­tio­nales est sur la table, Jean-Luc Mé­len­chon a in­di­qué lors d’un ré­cent dé­pla­ce­ment à Athènes qu’il al­lait « tra­vailler à l’idée d’une liste eu­ro­péenne ». Plus qu’une al­liance de par­tis, le chef de file des In­sou­mis pri­vi­lé­gie un rap­pro­che­ment avec les for­ma­tions qui par­tagent sa vi­sion d’une sor­tie né­go­ciée des trai­tés eu­ro­péens (le « plan A ») ou uni­la­té­rale avec les Etats qui vou­draient suivre (le « plan B »).

En re­vanche, pas plus qu’avec les com­mu­nistes fran­çais, il n’est pas ques­tion de faire liste com­mune avec « Sy­ri­za et Tsi­pras » . Au nom, une nou­velle fois, de la « co­hé­rence ».

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