A la ques­ture de l’As­sem­blée na­tio­nale, grands projets et di­ver­gences feu­trées

Entre les mains des ques­teurs, un bud­get de 550 mil­lions d’eu­ros. Tous les trois veulent mo­der­ni­ser et rendre plus éco­nome le Pa­lais Bour­bon. Mais des désac­cords sont ap­pa­rus

L'Opinion - - Croissance : On Pourrait Même Faire Mieux ! - Ca­ro­line Vi­gou­reux @Ca­roVi­gou­reux

Le bu­reau de l’As­sem­blée a va­li­dé mer­cre­di l’ali­gne­ment du ré­gime de re­traite et de chô­mage des dé­pu­tés sur le ré­gime gé­né­ral. Les ques­teurs veulent lan­cer une salve d’éco­no­mies : sur un bud­get an­nuel to­tal de 550 mil­lions d’eu­ros, l’idée est de ga­gner un mil­lion sur 2017, 10 mil­lions l’an pro­chain, puis 15 mil­lions par an. Les ques­teurs ont aus­si pré­sen­té une pre­mière liste de ce qui pour­rait être rem­bour­sé aux dé­pu­tés, dont les notes de frais ne sont jusque-là sou­mises à au­cun contrôle. Cette liste se­ra fi­na­li­sée lors d’une pro­chaine réu­nion du bu­reau le 29 no­vembre. Le pro­jet d’ac­qui­si­tion de l’Hô­tel de Bro­glie se­ra aus­si à l’ordre du jour. ILS SONT TROIS DÉ­PU­TÉS À OC­CU­PER les postes stra­té­giques et pri­sés de ques­teurs de l’As­sem­blée na­tio­nale. Entre leurs mains, un bud­get an­nuel de 550 mil­lions d’eu­ros pour 6 000 per­sonnes au to­tal (dont les dé­pu­tés, leurs col­la­bo­ra­teurs par­le­men­taires, 1 300 fonc­tion­naires...). Leur moyenne d’âge est de 39 ans, contre 64 ans sous la pré­cé­dente lé­gis­la­ture. Flo­rian Ba­che­lier (LREM, Ille-et-Vi­laine), Lau­rianne Ros­si (LREM, Hauts-de-Seine) et Thier­ry So­lère (Les Cons­truc­tifs, Hauts- de-Seine) ont éplu­ché de­puis leur ar­ri­vée il y a quatre mois les comptes du Pa­lais Bour­bon.

Les trois ont cette même am­bi­tion de dé­pous­sié­rer l’ins­ti­tu­tion. Seu­le­ment, des di­ver­gences sont ap­pa­rues ces der­niers jours. A leur ori­gine, le plan de com­mu­ni­ca­tion du ques­teur Flo­rian Ba­che­lier. Cet avo­cat de 38 ans, an­cien­ne­ment à la tête d’un ca­bi­net spé­cia­li­sé dans le nu­mé­rique et les nou­velles tech­no­lo­gies, a an­non­cé le wee­kend der­nier dans Le JDD une sé­rie de me­sures d’éco­no­mies dont cer­taines n’ont pas en­core été tran­chées par le bu­reau de l’As­sem­blée. Le pré­sident de l’As­sem­blée na­tio­nale, Fran­çois de Ru­gy, n’a pas ap­pré­cié. En réu­nion du groupe LREM, la dé­pu­tée des Yve­lines Au­rore Ber­gé a pris la pa­role pour dire son « ma­laise » par rap­port à la com­mu­ni­ca­tion du ques­teur. « Il y a une né­ces­si­té de se concer­ter, de telles an­nonces en­gagent l’As­sem­blée, ça n’est pas pos­sible de fonc­tion­ner comme ça », blâme une autre dé­pu­tée LREM. Son dos­sier de presse en­voyé mer­cre­di aux ré­dac­tions – dans le­quel fi­gurent huit pho­tos de lui pleine page – est ve­nu ali­men­ter les sar­casmes de ceux qui dé­cèlent « une mé­ga­lo­ma­nie ai­guë ». Le do­cu­ment a, de­puis, été re­ti­ré.

Peu im­portent les cri­tiques, le prin­ci­pal in­té­res­sé as­sume : « Je pense qu’il faut tout mettre sur la table. Il n’y a pas de po­lé­mique, on bosse tous avec la même am­bi­tion de trans­for­mer le Par­le­ment, c’est notre man­dat. » Le dé­pu­té bre­ton est un proche de Ri­chard Fer­rand. Der­rière ces di­ver­gences avec Fran­çois de Ru­gy, cer­tains voient la main du pa­tron du groupe LREM. « Ri­chard Fer­rand brigue le Per­choir. Il a quand même l’idée en tête qu’il fe­rait un meilleur pré­sident que l’ac­tuel », per­sifle un dé­pu­té PS.

En fait, il y a d’un cô­té Flo­rian Ba­che­lier et Thier­ry So­lère, qui sont de bout en bout sur la même ligne. Tous deux sont fa­vo­rables à l’idée de res­ti­tuer la moi­tié des éco­no­mies réa­li­sées à l’Etat et de re­dé­ployer l’autre pour le bud­get de l’As­sem­blée. De l’autre, il y a le pré­sident de l’As­sem­blée na­tio­nale Fran­çois de Ru­gy et la ques­teure Lau­rianne Ros­si, qui ne sou­haitent pas voir le bud­get de l’As­sem­blée na­tio­nale – dont la do­ta­tion est stable de­puis 2012 – di­mi­nuer. « Il vaut mieux dé­pen­ser mieux que dé­pen­ser moins », plaide Lau­rianne Ros­si, qui tra­vaillait au­pa­ra­vant au sein de SNCF Ré­seau. Les trois ques­teurs ont aus­si cette di­ver­gence sur le pro­jet d’ac­qui­si­tion de l’hô­tel de Bro­glie, dans le 7e ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris, dont le mon­tant est es­ti­mé à 63 mil- lions d’eu­ros. Flo­rian Ba­che­lier et Thier­ry So­lère sou­haitent an­nu­ler ce pro­jet qu’ils jugent dis­pen­sables, no­tam­ment au vu de la ré­duc­tion du nombre de par­le­men­taires d’ici à 2022. « Je ne connais pas une en­tre­prise qui se sé­pare d’une par­tie de ses ef­fec­tifs et achète un nou­veau bâ­ti­ment », argue Thier­ry So­lère.

« L’hô­tel de Bro­glie ne consti­tue­rait pas une ex­ten­sion puisque l’on se sé­pa­re­rait d’im­meubles que nous louons pour 2,5 mil­lions d’eu­ros par an à Ge­ne­ra­li », ré­torque la dis­crète Lau­rianne Ros­si, pas­sée aus­si par le ca­bi­net de Pierre-Re­né Le­mas à la tête de l’Of­fice pu­blic de l’ha­bi­tat de Pa­ris.Il faut dire que l’As­sem­blée na­tio­nale a cette spé­ci­fi­ci­té de fixer son propre bud­get. Les trois dé­pu­tés veulent bais­ser les dé­penses de 5 % en 2018. Le pro­blème, c’est qu’après avoir dit leur in­ten­tion de re­voir les pri­vi­lèges dont dis­posent les an­ciens dé­pu­tés et ex-pré­si­dents de l’As­sem­blée, les ques­teurs ne se sont pas (en­core ?) at­ta­qués à eux-mêmes. « Ils ont ou­blié que, par­mi les pri­vi­lé­giés du vieux monde, ils sont les su­per-pri­vi­lé­giés », pointe le pré­sident du groupe PS, Oli­vier Faure. Les ques­teurs ont en ef­fet droit à une in­dem­ni­té sup­plé­men­taire de 5 003,57 eu­ros bruts men­suels et dis­posent d’un lo­ge­ment de fonc­tion à l’hô­tel de la ques­ture. « Je sous­cris à la cri­tique. Il faut que nous met­tions tout ce­la sur la table », consi­dère Lau­rianne Ros­si. Avant d’être élus à la ques­ture, ces trois-là ne se connais­saient pas vrai­ment. Thier­ry So­lère vient des rangs des Ré­pu­bli­cains, quand Lau­rianne Ros­si et Flo­rian Ba­che­lier sont tous deux pas­sés par le PS. La pre­mière y a été en­car­tée de 2007 à 2011, le se­cond a adhé­ré au PS quand il avait 16 ans, en 1995. Le dé­pu­té So­lère, proche d’Edouard Phi­lippe, connaît bien les rouages de l’As­sem­blée na­tio­nale alors que les deux dé­pu­tés LREM ont été élus pour la pre­mière fois en juin der­nier. Ils s’étaient croi­sés lors de la cam­pagne d’Em­ma­nuel Ma­cron, tous deux ayant oc­cu­pé le poste de ré­fé­rent dans leur dé­par­te­ment res­pec­tif.

Tous les jeu­dis ma­tin, les trois ques­teurs se réunissent, avec un re­pré­sen­tant de la pré­si­dence de l’As­sem­blée, gé­né­ra­le­ment le di­rec­teur de ca­bi­net de Fran­çois de Ru­gy, Eric Fal­lourd. Ils échangent aus­si ré­gu­liè­re­ment avec Eric Ciot­ti, can­di­dat LR à la ques­ture qui a vu sa place ra­vie par Thier­ry So­lère. Le dé­pu­té LR des Alpes-Ma­ri­times de­vrait la ré­cu­pé­rer en oc­tobre 2018, après qu’une pro­po­si­tion de loi a été adop­tée en ce sens par les dé­pu­tés.

Thier­ry So­lère, Flo­rian Ba­che­lier et Lau­rianne Ros­si sont les trois ques­teurs de l’As­sem­blée na­tio­nale.

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