Dans la Sarthe, les pou­lets font tour­ner les éo­liennes

La coo­pé­ra­tive des Fer­miers de Loué pro­duit au­tant d’éner­gie qu’elle en consomme, ex­clu­si­ve­ment grâce au solaire et à l’éo­lien

L'Opinion - - Croissance : On Pourrait Même Faire Mieux ! - Irène In­chaus­pé @iin­chauspe

Le pre­mier parc éo­lien de la Sarthe fête son qua­trième an­ni­ver­saire. Un pro­jet qui a pu réus­sir no­tam­ment grâce à la par­ti­ci­pa­tion fi­nan­cière des ha­bi­tants des villages concer­nés. SE­LON JEAN-LOUIS BAL, pré­sident du Syn­di­cat des éner­gies re­nou­ve­lables, il fau­drait pas­ser de 5 000 éo­liennes à 14 000 pour ar­ri­ver à l’ob­jec­tif fixé par la loi de tran­si­tion éner­gé­tique, soit 40 % d’élec­tri­ci­té d’ori­gine re­nou­ve­lable en 2025. Cet ob­jec­tif a aus­si été re­te­nu dans le scé­na­rio Am­père de RTE, la fi­liale d’EDF, mais pour 2030 au mieux – un re­port qui a va­lu au mi­nistre de la Tran­si­tion éco­lo­gique, Ni­co­las Hu­lot, de se faire vo­ler dans les plumes. « L’un des grands dé­fis à re­le­ver pour ce dé­ve­lop­pe­ment est l’ac­cep­ta­tion so­ciale des éo­liennes », ex­plique Jean-Louis Bal. De ce point de vue, le parc éo­lien EoLoué est un cas exem­plaire.

Les pou­lets de Loué qui gam­badent li­bre­ment dans les champs ne le savent sû­re­ment pas mais leur éle­vage tourne à l’éner­gie re­nou­ve­lable. Non seu­le­ment au moyen de pan­neaux so­laires mais, de­puis quatre ans, grâce aus­si à un parc de six éo­liennes. Les trois maires ru­raux qui ont lan­cé l’idée, réunis mar­di dans la mai­rie de Juillé (Sarthe), étaient ra­vis de ra­con­ter que ce pro­jet avait réus­si grâce à l’im­pli­ca­tion de leurs 1 800 ad­mi­nis­trés. « Il a fal­lu six ans d’ins­truc­tion du dos­sier pour six mois de tra­vaux », sou­ligne Jean-Edouard Le­mas­son, maire la com­mune. Sans au­cun re­cours contentieux.

Si tout le monde était d’ac­cord, il fal­lait trou­ver de l’ar­gent car ces villages ne pou­vaient pas fi­nan­cer le pro­jet. Mais les maires ont eu l’idée d’y as­so­cier les Fer­miers de Loué. La coo­pé­ra­tive (1 000 agri­cul­teurs en sont membres et 3 500 per­sonnes y tra­vaillent) avait dé­jà ins­tal­lé 40 000 m2 de pan­neaux vol­taïques sur les bâ­ti­ments agri­coles mais ce­la ne suf­fi­sait pas à son am­bi­tion : pro­duire au­tant d’éner­gie qu’elle en consomme, et uni­que­ment re­nou­ve­lable. En 2016, les Fer­miers de Loué ont pro­duit plus de 200 mil­lions d’oeufs et 20 mil­lions d’une des vo­lailles fer­mières les plus cé­lèbres de France. Qu’un tel par­te­naire entre dans la danse ren­dait le pro­jet réa­liste.

S’ils vou­laient bien fi­nan­cer en par­tie le pro­jet de parc éo­lien, la no­to­rié­té des Fer­miers de Loué leur in­ter­di­sait tout risque de ré­pu­ta­tion lié à un conflit avec la po­pu­la­tion. « Nous avons donc eu l’idée d’as­so­cier fi­nan­ciè­re­ment les ha­bi­tants », ra­conte Jean-Edouard Le­mas­son. C’est bien en­ten­du le Cré­dit agri­cole qui s’y est col­lé. « A l’époque, c’était com­pli­qué de faire un ap­pel pu­blic à l’épargne dé­dié au fi­nan­ce­ment d’un tel pro­jet, rap­pelle un cadre de la banque. Nous avons ima­gi­né un dé­pôt à terme, por­tant un in­té­rêt de 3,95 %, rem­bour­sable en 2018. » Suc­cès : 300 per­sonnes misent en moyenne 4 000 eu­ros. Au to­tal, 1,2 mil­lion est col­lec­té, à l’an­cienne. Porte à porte, af­fi­chage… et for­mule qui fait mouche : « Les seuls au­to­ri­sés à sous­crire sont ceux qui ver­ront les éo­liennes ! »

Les Fer­miers de Loué in­ves­tissent, eux, 12 mil­lions d’eu­ros, ce qui leur per­met d’être ac­tion­naire à hau­teur de 66 % du ca­pi­tal d’Eo-

Les Fer­miers de Loué in­ves­tissent 12 mil­lions d’eu­ros, ce qui leur per­met d’être ac­tion­naire à hau­teur de 66 % du ca­pi­tal d’EoLoué

Loué, la so­cié­té ex­ploi­tante du fu­tur parc. Le reste re­vient à Qua­dran, opé­ra­teur. Le ca­pi­tal en­fin réuni, les tra­vaux dé­marrent au prin­temps 2013 et sont fi­nis six mois plus tard.

Tout le monde est ga­gnant. « Les taxes sur cette ac­ti­vi­té de pro­duc­tion me rap­portent 25 000 à 27 000 eu­ros par an, soit la moi­tié de la re­cette pro­ve­nant de la taxe d’ha­bi­ta­tion », se fé­li­cite Jean-Edouard Le­mas­son. Les ha­bi­tants se­ront rem­bour­sés sans pro­blème, les pro­messes de pro­duc­tion – 24 GWh par an – ayant été te­nues. Les agri­cul­teurs n’y ont pas per­du. L’éo­lienne oc­cupe au sol 1 500 à 2000 m2 et la lo­ca­tion de cet es­pace rap­porte 5 000 eu­ros par an, net­te­ment mieux que le blé, si on rai­sonne à l’hec­tare. Quant aux Fer­miers de Loué, ils sont au­jourd’hui la pre­mière fi­lière à bi­lan éner­gé­tique élec­trique po­si­tif.

Lorsque, par une après-mi­di gla­cée et lé­gè­re­ment ven­teuse, on monte au som­met d’une éo­lienne (95 mètres de haut) et que l’on sort la tête de la na­celle, les pales (50 mètres de long) ar­rê­tées pour la vi­site ont fière al­lure et la vue est su­perbe. Sans doute quelque peu gri­sée par l’al­ti­tude, on se sur­prend à pa­ra­phra­ser Na­po­léon en Egypte, pour ima­gi­ner que du bas de cette éo­lienne, des mil­liers de pou­lets fer­miers de Loué vous contemplent...

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