Au Royaume-Uni, The­re­sa May est fra­gi­li­sée par l’in­dis­ci­pline de ses mi­nistres

La sor­tie si­mul­ta­née de deux af­faires n’est pas qu’une coïn­ci­dence : elle confirme la désa­gré­ga­tion de l’au­to­ri­té de la Pre­mière mi­nistre bri­tan­nique au sein de son gou­ver­ne­ment

L'Opinion - - Croissance : On Pourrait Même Faire Mieux ! - Tris­tan de Bour­bon (à Londres) @Twis­tanBP

Les mi­nistres Pri­ti Pa­tel et Bo­ris John­son ont ex­po­sé ces deux der­nières se­maines leur in­com­pé­tence et leur mé­pris pour le gou­ver­ne­ment de The­re­sa May. Si la pre­mière a été pous­sée à la dé­mis­sion mer­cre­di soir, la po­si­tion de la Pre­mière mi­nistre n’en reste pas moins in­stable. POUR LA PRE­MIÈRE FOIS de­puis son ar­ri­vée au pou­voir en juillet 2016, The­re­sa May a for­cé un des membres de son gou­ver­ne­ment à dé­mis­sion­ner. Il a pour­tant fal­lu une ac­cu­mu­la­tion de ré­vé­la­tions abra­ca­da­brantes à l’en­contre de Pri­ti Pa­tel, la mi­nistre du Dé­ve­lop­pe­ment in­ter­na­tio­nal, pour que la Pre­mière mi­nistre fi­nisse par la lâ­cher.

L’af­faire a com­men­cé le week- end der­nier, lorsque la BBC a dé­voi­lé que la mi­nistre avait ren­con­tré de ma­nière se­crète ou en tout cas très dis­crète des of­fi­ciels is­raé­liens lors de va­cances en fa­mille en Is­raël en août. Par­mi eux, le Pre­mier mi­nistre Be­nya­min Ne­ta­nya­hou. Elle n’était ac­com­pa­gnée par au­cun di­plo­mate et n’avait pré­ve­nu ni les au­to­ri­tés bri­tan­niques sur place, ni le mi­nis­tère des Af­faires étran­gères. Ses ren­contres avaient été or­ga­ni­sées par un lob­byiste, pré­sident ho­no­raire de l’As­so­cia­tion des amis d’Is­raël du Par­ti conser­va­teur, dont elle avait dans le pas­sé oc­cu­pé la vice-pré­si­dence.

Face à la pres­sion mé­dia­tique, elle s’est ex­cu­sée et a pro­duit la liste de ses ren­contres, ce qui lui a per­mis d’être gra­ciée par The­re­sa May. Jus­qu’à l’ir­rup­tion de nou­velles ré­vé­la­tions. Elle avait omis de ci­ter deux ren­contres à Londres et à New York avec des of­fi­ciels is­raé­liens, dont le mi­nistre de la sé­cu­ri­té Gi­lad Er­dan, ain­si que sa vi­site dans un hô­pi­tal mi­li­taire ins­tal­lé sur le pla­teau du Go­lan pour ac­cueillir des ré­fu­giés sy­riens. Cette vi­site avait une por­tée po­li­tique forte : le Royaume- Uni n’ayant ja­mais re­con­nu l’an­nexion en 1967 du Go­lan par Is­raël, les re­pré­sen­tants de l’Etat bri­tan­nique ne sont pas au­to­ri­sés à s’y rendre avec des of­fi­ciels is­raé­liens. A son re­tour, Pri­ti Pa­tel avait même de­man­dé au mi­nis­tère bri­tan­nique des Af­faires étran­gères de four­nir une aide fi­nan­cière à cet hô­pi­tal mi­li­taire. Une de­mande re­fu­sée car ju­gée « in­ap­pro­priée ». Aga­cée, The­re­sa May lui a alors in­ti­mé d’abré­ger son voyage of­fi­ciel en Ou­gan­da pour lui de­man­der de rendre son ta­blier.

Les en­nuis ne se sont pas ar­rê­tés là pour la Pre­mière mi­nistre. Bo­ris John­son est en ef­fet im­pli­qué dans une po­lé­mique sérieuse. In­ter­ro­gé en dé­but de se­maine der­nière sur le sort de Na­za­nin Za­gha­ri- Rat­cliffe, une ci­toyenne bri­tan­nique et ira­nienne condam­née dé­but sep­tembre à cinq ans de pri­son en Iran pour avoir « conspi­ré à ren­ver­ser le ré­gime ira­nien », le mi­nistre des Af­faires étran­gères a in­di­qué qu’« elle était, d’après ce que j’ai com­pris, sim­ple­ment en train d’en­sei­gner le jour­na­lisme à des gens ». Cette dé­cla­ra­tion est en contra­dic­tion to­tale avec les as­ser­tions de cette femme de 37 ans, qui a tou­jours cla­mé avoir pas­sé en Iran des va­cances au­près de sa fa­mille avec sa fille de 22 mois. Quatre jours plus tard, un juge a convo­qué Na­za­nin Za­gha­riRat­cliffe et lui a in­di­qué que la dé­cla­ra­tion de Bo­ris John­son prou­vait qu’elle avait men­ti. Dé­sor­mais aus­si ac­cu­sée de pro­pa­gande contre le ré­gime, elle risque cinq an­nées de pri­son sup­plé­men­taires. De­puis, Bo­ris John­son a re­fu­sé d’ad­mettre son er­reur. De­vant les dé­pu­tés, il s’est dit « dé­so­lé si cer­tains de mes mots ont été sor­tis de leur contexte et ont pu cau­ser de l’an­xié­té à la fa­mille de Na­za­nin Za­gha­ri-Rat­cliffe ». Une ré­ac­tion ju­gée in­ad­mis­sible par de nom­breux po­li­ti­ciens de tous bords, qui ont ré­cla­mé sa dé­mis­sion im­mé­diate.

La sor­tie si­mul­ta­née de ces deux af­faires n’est pas qu’une coïn­ci­dence. Elle confirme la dé­sé­gré­ga­tion de l’au­to­ri­té de The­re­sa May et, avec elle, de l’ef­fi­ca­ci­té et de l’uni­té du gou­ver­ne­ment bri­tan­nique. Face à une Pre­mière mi­nistre af­fai­blie, cer­tains de ses mi­nistres ont dé­ci­dé d’agir à leur guise, sans res­tric­tion et sans contrainte. Pri­ti Pa­tel pour­suit aveu­glé­ment ses en­ga­ge­ments po­li­tiques, Bo­ris John­son omet de tra­vailler ses dos­siers, tous les deux sans me­su­rer les consé­quences de leurs ac­tions sur leur pays et leurs conci­toyens. Une fois poin­tés du doigt pour in­com­pé­tence, ils n’hé­sitent en­suite pas à s’en­fon­cer dans le men­songe. Un com­por­te­ment qui passe mal, très mal, de ce cô­té de la Manche, et a for­cé The­re­sa May à sé­vir, peut-être contre son gré.

Le ti­ming de ces af­faires s’avère en ef­fet ca­tas­tro­phique. Une se­maine plus tôt, son mi­nistre de la Dé­fense Mi­chael Fal­lon avait dé­jà dû quit­ter ses col­lègues après l’ac­cu­mu­la­tion d’ac­cu­sa­tions à son égard pour har­cè­le­ments sexuels lors de l’exer­cice de sa fonc­tion d’élu. La perte était grande, Mi­chael Fal­lon ayant sou­vent été uti­li­sé dans le pas­sé pour pro­mou­voir la pa­role de The­re­sa May dans les mé­dias lors des mo­ments dif­fi­ciles. D’après The Times, Bruxelles se pré­pare d’ailleurs dé­jà à né­go­cier sur le Brexit avec un autre Pre­mier mi­nistre, que ce soit un autre conser­va­teur ou le chef du par­ti tra­vailliste Je­re­my Cor­byn. Un signe as­su­ré­ment peu ras­su­rant pour la lo­ca­taire du 10 Dow­ning Street.

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