Face aux polémiques, La France in­sou­mise dé­nonce une « chasse aux sor­cières »

Le dé­part de Ra­quel Gar­ri­do a ra­vi­vé les cri­tiques contre une par­tie des mé­dias, ac­cu­sés de se li­vrer à un dé­ni­gre­ment sys­té­ma­tique

L'Opinion - - En Marche Fait Sa Crise D’ado - Ra­phaël Proust @ra­phael­proust

L’an­cienne porte-pa­role de La France in­sou­mise Ra­quel Gar­ri­do a confir­mé dans une in­ter­view ac­cor­dée au Jour­nal du Di­manche qu’elle quit­tait la vie po­li­tique pour se consa­crer à ses ac­ti­vi­tés mé­dia­tiques. Elle a as­su­ré que sa dé­ci­sion n’avait rien à voir avec les polémiques dont elle a fait l’ob­jet ces der­niers mois dans la presse, ajou­tant qu’elle n’était « pas du genre à cé­der aux pres­sions et aux in­jonc­tions ».

« LES POLÉMIQUES NOUS DIVISENT et nous af­fai­blissent. » Sur les ré­seaux so­ciaux et les fo­rums nu­mé­riques dé­diés à leurs dé­bats, l’heure est à l’union sa­crée pour les In­sou­mis. Car si la vi­si­bi­li­té ac­quise de­puis les élec­tions lui a per­mis d’oc­cu­per le de­vant de la scène mé­dia­tique, cette ex­po­si­tion se ré­vèle à double tran­chant. Alors que plu­sieurs de ses fi­gures se sont ré­cem­ment re­trou­vées au centre de contro­verses, le mou­ve­ment serre les rangs contre ce qu’il dé­crit comme un « ba­shing mé­dia­tique per­ma­nent », voire une « chasse aux sor­cières ».

Der­nier exemple en date avec la dé­ci­sion de Ra­quel Gar­ri­do de quit­ter la vie po­li­tique – et donc La France in­sou­mise. En­ga­gée au cô­té de Jean-Luc Mé­len­chon dont elle a long­temps été l’une des porte-pa­role, l’avo­cate avait sur­pris en an­non­çant en juillet qu’elle re­joi­gnait l’émis­sion « Les Ter­riens du di­manche », pré­sen­tée sur C8 par Thier­ry Ar­dis­son. Alors que la ru­meur la don­nait par­tante, l’in­té­res­sée a confir­mé di­manche qu’elle en­ten­dait se consa­crer à plein-temps à ses chro­niques. Le dé­compte de ses in­ter­ven­tions par le CSA sur le temps de pa­role al­loué à LFI l’a pla­cé, se­lon elle, face à un di­lemme : ces­ser ses ac­ti­vi­tés po­li­tiques ou quit­ter l’émis­sion.

Mac­car­thysme. Ra­quel Gar­ri­do a éga­le­ment dé­men­ti que sa dé­ci­sion ait un lien avec les ar­ticles pa­rus dans la presse, no­tam­ment sur le lo­ge­ment so­cial qu’elle oc­cupe à Pa­ris avec le dé­pu­té Alexis Cor­bière (le couple a an­non­cé qu’il le quit­te­rait en dé­cembre) ou ses re­tards de co­ti­sa­tions épin­glés par Le Ca­nard en­chaî­né. « Seuls les jour­na­listes ont cher­ché à tout pour­rir par leurs fausses polémiques », a d’ailleurs ré­agi Jean-Luc Mé­len­chon ven­dre­di sur Twit­ter, as­su­rant qu’elle res­tait « son amie » et n’avait com­mis « au­cune faute ». Et si ces contro­verses ont pu désar­çon­ner cer­tains mi­li­tants, comme le re­con­nais­sait il y a un mois la dé­pu­tée Clé­men­tine Au­tain, le mou­ve­ment juge tou­te­fois qu’elles font par­tie d’une opé­ra­tion de dé­ni­gre­ment sys­té­ma­tique.

« Il y a un biais dans le trai­te­ment mé­dia­tique de Jean-Luc Mé­len­chon, le contes­ter est un dé­ni de réa­li­té », juge ain­si le po­li­to­logue Tho­mas Gué­no­lé, lui-même membre de La France in­sou­mise. En juin, il avait en­tre­pris de prou­ver l’exis­tence d’un « Mé­len­chon ba­shing » dans une tri­bune pu­bliée par Ma­rianne, chiffres à l’ap­pui. « La qua­si-to­ta­li­té des édi­to­ria­listes po­li­tiques dé­ve­loppent une ar­gu­men­ta­tion à charge contre Jean-Luc Mé­len­chon, es­time-t-il. Mais ce dé­bat reste po­li­tique même s’il est do­mi­né par la mau­vaise foi. » En re­vanche, le po­li­to­logue af­firme qu’une par­tie des « mé­dias mains­tream » se­raient dé­sor­mais lan­cés dans une « chasse aux sor­cières » consis­tant à lan­cer des cam­pagnes « par­fois mon­tées de toutes pièces » contre les per­son­na­li­tés pu­bliques es­tam­pillées France in­sou­mise. « Je ne suis pas loin de com­pa­rer ce­la au mac­car­thysme », ajoute-t-il.

Un sen­ti­ment par­ta­gé par Jean-Luc Mé­len­chon, qui a dif­fu­sé mer­cre­di der­nier sur les ré­seaux so­ciaux un e-mail en­voyé par un jour­na­liste du ma­ga­zine Ca­pi­tal. Ce der­nier a en ef­fet adres­sé une liste de ques­tions sur la per­ma­nence qu’oc­cu­pait l’an­cien sé­na­teur de l’Es­sonne du­rant ses man­dats, une pra­tique cou­rante dans ce genre d’en­quête. « On est mon­tés d’un cran dans le fait de fouiller les pou­belles des po­li­tiques », as­sure à ce su­jet Tho­mas Gué­no­lé. An­toine Léaument, res­pon­sable de la com­mu­ni­ca­tion nu­mé­rique de Jean-Luc Mé­len­chon, a lui aus­si pu­blié sa­me­di un ar­ticle re­ve­nant sur vingt polémiques qui ré­sument, se­lon lui, « sept mois de ba­shing mé­dia­tique » contre le dé­pu­té des Bouches-duR­hône. Sa conclu­sion : « Une bonne par­tie du monde mé­dia­tique agit comme la deuxième peau du sys­tème ca­pi­ta­liste. »

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