Ré­for­mer l’hô­pi­tal grâce à la concur­rence et au pri­vé

L'Opinion - - En Marche Fait Sa Crise D’ado - Jean-Bap­tiste Boone

UNIQUE EN SON GENRE, l’As­sis­tance pu­blique-hô­pi­taux de Pa­ris (AP-HP) est le fruit de l’his­toire et de l’amour fran­çais pour les grands « ma­chins » ad­mi­nis­tra­tifs. 39 hô­pi­taux, 12 groupes hos­pi­ta­liers, 100 000 em­ployés, huit mil­lions de pa­tients, plus de 7 mil­liards d’eu­ros de bud­get, l’AP-HP est un centre hos­pi­ta­lier uni­ver­si­taire hors norme, le plus im­por­tant d’Eu­rope. Ados­sée à sept uni­ver­si­tés, elle se consacre aus­si à la re­cherche.

Voi­là pour la vi­trine. Pour le reste, l’APHP est une or­ga­ni­sa­tion vieillis­sante in­ca­pable de se ré­for­mer. Per­cluse de dettes, in­ca­pable de re­dres­ser les comptes mal­gré des plans im­por­tants en­tre­pris de­puis plu­sieurs an­nées, elle na­vigue à vue, ti­raillée entre les trop mul­tiples ac­teurs ayant voix au cha­pitre : Etat, ré­gion, mai­ries, agence ré­gio­nale de san­té, mi­nis­tères, di­rec­tion cen­trale, syn­di­cats, etc. En té­moigne la fer­me­ture an­non­cée de l’hô­pi­tal de Garches après des mil­liers d’heures de réunion pour construire le fu­tur hô­pi­tal fi­na­le­ment mort-né. Il est temps de pen­ser l’AP-HP pour l’ave­nir. Dans sa der­nière étude, l’Iref dé­crypte le fonc­tion­ne­ment bu­reau­cra­tique de l’APHP et pro­pose une ré­forme en pro­fon­deur en s’inspirant des exemples étran­gers. L’hô­pi­tal peut très bien faire des éco­no­mies tout en aug­men­tant l’ef­fi­ca­ci­té et la qualité des soins.

Tout d’abord, le contexte ac­tuel nous force à nous sou­cier de l’équi­libre des comptes. Au­jourd’hui, nous sommes dans un jeu « à qui perd gagne » : l’as­su­rance ma­la­die abaisse les ta­rifs tan­dis que les hô­pi­taux tentent par tout moyen d’aug­men­ter leurs re­cettes. Il faut mettre fin à ce sys­tème ri­gide, in­ef­fi­cace et contra­dic­toire en re­don­nant de l’au­to­no­mie aux hô­pi­taux et en leur don­nant la li­ber­té de fixer leurs ta­rifs. Agence ré­gio­nale de san­té ou AP-HP, il faut choi­sir : ces deux en­ti­tés sont en op­po­si­tion en Ile-de-France. Il faut al­ler au bout de la ré­forme des grou­pe­ments hos­pi­ta­liers de ter­ri­toire. Com­ment ap­pli­quer cette lo­gique sans pen­ser à scin­der l’AP-HP, qui re­groupe des hô­pi­taux jusque dans des ré­gions fort éloi­gnées de Pa­ris ?

Mais dé­cen­tra­li­ser la gou­ver­nance des hô­pi­taux ne suf­fi­ra pas si l’obs­tacle ré­gle­men­taire per­dure : le fonc­tion­na­riat

Agence ré­gio­nale de san­té ou AP-HP, il faut choi­sir : ces deux en­ti­tés sont en op­po­si­tion

ne per­met pas de gé­rer cor­rec­te­ment les res­sources hu­maines et ne ré­pond à au­cun be­soin. Il est de­ve­nu un fléau à sup­pri­mer pour le bien des sa­la­riés eux-mêmes. Les ma­lades sau­ront pro­fi­ter de la li­ber­té d’or­ga­ni­sa­tion re­trou­vée.

En­fin, pour en­cou­ra­ger ces chan­ge­ments, les hô­pi­taux pour­raient être pri­va­ti­sés. Le per­son­nel mé­di­cal et non mé­di­cal se­rait prio­ri­taire lors de l’ou­ver­ture du ca­pi­tal : les res­sources dé­ga­gées per­met­tront de fi­nan­cer les chan­ge­ments liés aux stra­té­gies propres des éta­blis­se­ments, le per­son­nel se­ra im­pli­qué dans la bonne marche fi­nan­cière de la struc­ture. Al­le­mands, Suisses, Néer­lan­dais et Sué­dois ont bien ré­for­mé leur sys­tème de san­té en l’ou­vrant à la concur­rence et au pri­vé. Sont-ils pour au­tant moins bien soi­gnés que les Fran­çais ? Jean-Bap­tiste Boone est char­gé d’études à l’Ins­ti­tut de re­cherche éco­no­miques et fis­cales (IREF).

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