Do­nald Trump n’a pas réus­si à convaincre les Asia­tiques

Même sur l’épi­neux su­jet de la mer de Chine mé­ri­dio­nale, les pro­po­si­tions amé­ri­caines n’ont pas sé­duit les membres de l’Asean

L'Opinion - - En Marche Fait Sa Crise D’ado - Claude Le­blanc @Ja­pon­line

Le Pre­mier mi­nistre chi­nois Li Ke­qiang est aux Philippines où il par­ti­ci­pe­ra no­tam­ment aux cé­lé­bra­tions du 50e an­ni­ver­saire de la créa­tion de l’As­so­cia­tion des na­tions du sud- est asia­tique. Mais il as­sis­te­ra aus­si aux dis­cus­sions por­tant sur le cadre du code de conduite en mer de Chine mé­ri­dio­nale à l’is­sue des­quelles ce­lui-ci de­vrait être ap­prou­vé par les re­pré­sen­tants de l’Asean et de la Chine. « SI JE PEUX SER­VIR DE MÉ­DIA­TEUR ou ar­bi­trer, n’hé­si­tez pas à me le de­man­der. Je suis un ex­cellent mé­dia­teur et ar­bitre. » La pro­po­si­tion de Do­nald Trump faite, di­manche, au pré­sident viet­na­mien Tran Dai Quang n’est pas pas­sée in­aper­çue à la veille de l’ou­ver­ture du som­met de l’Asean à Ma­nille où la ques­tion de la mer de Chine mé­ri­dio­nale ne de­vait pas do­mi­ner les dé­bats alors que l’or­ga­ni­sa­tion ré­gio­nale cé­lèbre ses cin­quante ans d’exis­tence. En fai­sant son offre de ser­vice au Viet­nam, le pré­sident amé­ri­cain sa­vait qu’il frap­pait à la bonne porte puisque ce pays, où d’ailleurs se trouve ac­tuel­le­ment Xi Jin­ping pour une vi­site of­fi­cielle, reste au­jourd’hui le seul à contes­ter ou­ver­te­ment les ma­noeuvres chi­noises dans cette par­tie du monde. Pé­kin re­ven­dique la qua­si-to­ta­li­té de la zone où tran­sitent chaque an­née quelque 3 000 mil­liards de dol­lars de mar­chan­dises. Au- de­là de l’as­pect com­mer­cial, la mer de Chine est cru­ciale d’un point de vue stra­té­gique car elle per­met la jonc­tion entre le Pa­ci­fique et l’océan in­dien.

Lors de son dis­cours pro­non­cé, ven­dre­di, lors du som­met de la Co­opé­ra­tion éco­no­mique pour l’AsiePa­ci­fique (APEC), à Da Nang, l’hôte de la Mai­son Blanche a cri­ti­qué l’ex­pan­sion ter­ri­to­riale de la Chine, re­pre­nant ain­si à son compte les prises de po­si­tion de son pré­dé­ces­seur qui avait dé­ci­dé de contes­ter par un ren­for­ce­ment de la pré­sence mi­li­taire les am­bi­tions de Pé­kin. Mais cette stra­té­gie n’a pas por­té ses fruits. Non seule­ment les Chi­nois ont pour­sui­vi leur ins­tal­la­tion, mais la plu­part des pays concer­nés ont fi­ni par faire le dos rond de­vant la Chine.

L’illus­tra­tion la plus no­table de ce changement d’at­ti­tude étant les Philippines qui, mal­gré leur « vic­toire » de­vant la cour d’ar­bi- trage de La Haye en juillet 2016, ont choi­si de tran­si­ger avec les Chi­nois plu­tôt que de pour­suivre un bras de fer dont elles ne voyaient pas d’is­sue. En ef­fet, le sou­tien amé­ri­cain étant pu­re­ment for­mel, le nou­veau pré­sident Ro­dri­go Du­terte a pré­fé­ré ob­te­nir des pro­messes d’in­ves­tis­se­ments chi­nois dont son pays a cruel­le­ment be­soin plu­tôt que de re­ce­voir des le­çons de la part des Etats-Unis.

Avec Do­nald Trump aux affaires, la confiance des Asia­tiques en­vers la ca­pa­ci­té de Wa­shing­ton à in­fluen­cer la tour­nure des évé­ne­ments s’est da­van­tage ré­duite. Pour preuve, la réaction du pré­sident viet­na­mien à sa pro­po­si­tion de mé­dia­tion. Il ne lui a pas di­rec­te­ment ré­pon­du, pré­fé­rant ex­pli­quer que « notre po­li­tique est de ré­gler les dif­fé­rends en mer de Chine mé­ri­dio­nale par des né­go­cia­tions pa­ci­fiques » dans « le res­pect du pro­ces­sus di­plo­ma­tique et lé­gal, con­for­mé­ment au droit in­ter­na­tio­nal ». Pour bon nombre d’ob­ser­va­teurs, la ré­ponse peut être in­ter­pré­tée comme un re­fus de voir l’im­pé­tueux pré­sident amé­ri­cain se mê­ler d’un dos­sier sen­sible et po­ten­tiel­le­ment ex­plo­sif.

Dans le même temps, à Ma­nille, le pré­sident Du­terte a ex­pli­qué que la Chine ga­ran­tis­sait « le pas­sage libre » à tous les pays uti­li­sant la mer de Chine mé­ri­dio­nale après son tête-à-tête, sa­me­di, avec Xi Jin­ping, en marge du som­met de l’APEC. L’agence de presse chi­noise Xin­hua a, pour sa part, ci­té les pro­pos du pré­sident chi­nois se­lon les­quels « la Chine conti­nue­ra de tra­vailler avec les pays de l’Asean en fa­veur de la paix, de la sta­bi­li­té et de la pros­pé­ri­té de la ré­gion bor­dée par la mer de Chine mé­ri­dio­nale ».

De­puis la te­nue du 50e Fo­rum de l’Asean en août à Ma­nille, la ques­tion semble être même de­ve­nue ta­boue. Ro­dri­go Du­terte, qui pré­side les cé­lé­bra­tions du cin­quan­te­naire de l’or­ga­ni­sa­tion ré­gio­nale, a dé­cla­ré, di­manche, qu’il était pré­fé­rable de « ne pas abor­der la mer de Chine mé­ri­dio­nale. Per­sonne n’a in­té­rêt à une guerre » tan­dis que Le Luong Minh, le se­cré­taire gé­né­ral de l’Asean, a évo­qué le code de conduite sur le­quel la Chine et les dix pays membres de son or­ga­ni­sa­tion ont dé­ci­dé de tra­vailler pour évi­ter les in­ci­dents. De là à in­ter­pré­ter l’at­ti­tude des Asia­tiques comme une fin de non-re­ce­voir à la pro­po­si­tion de mé­dia­tion émise par Do­nald Trump, il n’y a qu’un pas que les ana­lystes chi­nois ont al­lé­gre­ment fran­chi, lun­di, dans leurs com­men­taires pu­bliés dans la presse lo­cale.

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