La pe­tite musique de Florence Por­tel­li

L’an­cienne porte-pa­role de Fran­çois Fillon plaide pour que la droite et le centre vivent sé­pa­ré­ment

L'Opinion - - La Une - Lu­do­vic Vi­gogne @LVi­gogne

La can­di­date à la pré­si­dence LR, proche de Fran­çois Fillon, plaide pour que la droite et le centre vivent sé­pa­ré­ment

Le 10 dé­cembre au­ra lieu le pre­mier tour de l’élec­tion pour la pré­si­dence des Républicains. Florence Por­tel­li est can­di­date face à Laurent Wau­quiez et Maël de Ca­lan. Maire de Ta­ver­ny ( Val- d’Oise), elle tien­dra ses deux der­nières grandes réunions à Cannes, le 5 dé­cembre (son maire Da­vid Lis­nard la sou­tient), et à Pa­ris le len­de­main.

CE­LA A COM­MEN­CÉ AVEC RUDESSE. Le 30 août, Florence Por­tel­li est re­çue par Ni­co­las Sar­ko­zy. A 39 ans, la jeune femme est can­di­date à la pré­si­dence des Républicains. Pour tous les pré­ten­dants à cette com­pé­ti­tion, le pas­sage rue de Mi­ro­mes­nil est une obli­ga­tion. L’ex-chef de l’Etat et la maire de Ta­ver­ny (Val-d’Oise) ne se connaissent guère. « J’ai vu que tu di­sais avoir ad­mi­ré deux per­sonnes : Phi­lippe Sé­guin et Fran­çois Fillon. Je te re­mer­cie ! », lui lance d’em­blée Ni­co­las Sar­ko­zy. Ce­la n’est pas vrai­ment dit sur le ton de l’humour. Florence Por­tel­li ne cille pas. Ce n’est pas son genre d’être im­pres­sion­née. A l’Opi­nion, elle confie : « Je se­rai très heu­reuse le jour où j’ar­ri­ve­rai à jouer la bal­lade n° 1 de Cho­pin. C’est bien plus dif­fi­cile que de se pré­sen­ter à la pré­si­dence de LR. »

L’ad­ver­saire de Laurent Wau­quiez et de Maël de Ca­lan est une mu­si­cienne ac­com­plie – elle joue de l’orgue de­puis ses six ans. Dans sa pro­fes­sion de foi adres­sée aux 235 000 élec­teurs ap­pe­lés aux urnes le 10 dé­cembre, elle file donc la mé­ta­phore. « Pour moi, le chef du par­ti doit être le chef d’or­chestre et non pas le so­liste », écrit-elle. Pour au­tant, il ne faut pas comp­ter sur sa mé­lo­die pour adou­cir les moeurs. « Con­trai­re­ment à d’autres, je n’ai ni dé­ser­té [ça, c’est pour Wau­quiez qu’elle ac­cuse, en creux, de s’être plan­qué du­rant pré­si­den­tielle et lé­gis­la­tives !], ni été com­plai­sante avec Les Cons­truc­tifs [ça, c’est pour de Ca­lan !]. J’ai d’ailleurs été la seule avant l’été à de­man­der leur ex­clu­sion [ça, c’est pour les deux !] », argue-t-elle dans le même do­cu­ment.

l’Ouest, j’ai une sur- de­mande » .

A 26 jours du pre­mier tour, Florence Por­tel­li ré­pète dé­jà ses der­nières gammes. En po­li­tique, on ap­pelle ce­la des pun­chlines. Les siennes pour­raient res­sem­bler à ça : « Le can­di­dat d’Em­ma­nuel Ma­cron, ce n’est pas Maël de Ca­lan, c’est Laurent Wau­quiez. Il est cli­vant, il en­ferme la droite à son ex­trême, il n’in­carne pas le re­nou­vel­le­ment. » Bien­tôt, afin d’être par­fai­te­ment en­ten­due, elle ira à Lyon, sur les terres du pré­sident de la Ré­gion Auvergne- Rhône-Alpes. Exer­cice oblige, Florence Por­tel­li mul­ti­plie les dé­pla­ce­ments à la ren­contre des mi­li­tants. « A l’Ouest, j’ai une sur-de­mande », se fé­li­cite-t-elle, alors que Maël de Ca­lan compte aus­si y réa­li­ser ses meilleures per­for­mances. Pour ter­mi­ner sa cam­pagne, elle a choi­si de te­nir sa der­nière réunion, le 6 dé­cembre, à Pa­ris.

L’Ouest de la France, la ca­pi­tale : ce sont deux terres qui ont été très fa­vo­rables à Fran­çois Fillon du­rant la pri­maire. La can­di­date à la tête de LR re­ven­dique sa pa­ter­ni­té avec l’ex-Pre­mier mi­nistre. C’est dans son sillage qu’elle a émer­gé. Lors des mu­ni­ci­pales de 2014, lui vient la sou­te­nir à Ta­ver­ny, où elle mène sa pre­mière cam­pagne et l’em­por­te­ra face à la gauche. Bien avant que ne se pro­file le triomphe de l’au­tomne 2016, elle est dé­jà sa porte- pa­role. A l’hi­ver 2017, quand tout se dé­li­te­ra, elle le res­te­ra, dé­fen­dant Fran­çois Fillon jus­qu’au bout sur les pla­teaux des chaînes in­fos. Un se­mestre plus tard, Florence Por­tel­li as­sure en ré­col­ter les fruits. « La fi­dé­li­té re­vient tout le temps dans les réunions que j’anime, as­su­ret-elle. L’élec­teur de droite reste at­ta­ché à cette va­leur-là. »

Etait-ce dé­jà un pre­mier in­dice ? Afin de pou­voir se lan­cer of­fi­ciel­le­ment dans la course, elle a ré­col­té 6 000 par­rai­nages de mi­li­tants (il en fal­lait un mi­ni­mum de 2 347). Plus éle­vé qu’at­ten­du, ce chiffre a sur­pris. Pour l’in­té­res­sée, il a eu un goût aci­du­lé. En juillet, Ju­lien Au­bert était ve­nu la trouver. « J’ai ap­pris que vous étiez can­di­date à la pré­si­dence du par­ti. Mais vous n’êtes même pas par­le­men­taire ! », s’était éton­né le dé­pu­té du Vau­cluse, qui s’ap­prê­tait lui aus­si à se lan­cer dans la course. Florence Por­tel­li avait peu goû­té cette « condes­cen­dance ». Ju­lien Au­bert n’a pas réus­si, lui, à ré­col­ter les par­rai­nages né­ces­saires…

C’est aus­si une pe­tite re­vanche sur tous les fillo­nistes, qui n’ont rien fait pour l’ai­der. Sur la liste fi­gure, en pre­mière po­si­tion, Bru­no Re­tailleau. Le pré­sident du groupe LR au Sé­nat, bras droit in­dis­pen­sable de Fran­çois Fillon du­rant la

« La fi­dé­li­té re­vient tout le temps dans les réunions que j’anime. L’élec­teur de droite reste at­ta­ché à cette va­leur-là » Dans un par­ti qui ne compte plus guère de mi­li­tants mo­dé­rés, la musique de l’ex-porte pa­role de Fran­çois Fillon a l’avan­tage de ne pas être douce

pré­si­den­tielle, a tout fait pour qu’elle n’ait pas ses par­rai­nages par­le­men­taires. « Chez les mi­li­tants fillo­nistes, per­sonne ne parle de Re­tailleau », ré­plique, au­jourd’hui, la can­di­date.

Pour faire cam­pagne, la maire de Ta­ver­ny s’ap­puie sur un car­ré : le dé­pu­té de la Sarthe, Jean-Carles Gre­lier, la maire de Beau­vais et ex-sé­na­trice de l’Oise Ca­ro­line Cayeux, l’an­cien dé­pu­té du Val-d’Oise Phi­lippe Houillon, et le maire de Cannes, Da­vid Lis­nard. « J’ai consta­té sa grande so­li­di­té du­rant la cam­pagne pré­si­den­tielle (mon sou­tien vient de là, nous n’étions plus très nom­breux…) et sa loyau­té. C’est fon­da­men­tal pour di­ri­ger un mou­ve­ment car ce­la si­gni­fie qu’elle sait mettre le col­lec­tif avant son in­té­rêt per­son­nel im­mé­diat », dit ce der­nier, qui par­tage avec elle l’amour de la culture russe. Le 5 dé­cembre, celle qui a pour film pré­fé­ré So­leil Trom­peur de Ni­ki­ta Mi­khal­kov tien­dra une grande réunion pu­blique à Cannes. « La grosse er­reur de la droite ». Sa di­rec­trice de cam­pagne est Alexan­dra Du­blanche. Spé­cia­liste du big da­ta élec­to­ral, elle est vice-pré­si­dente à la Ré­gion Ile-de-France en charge du dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique. Ce n’est un mys­tère pour per­sonne : même si elle ne la sou­tient pas, Va­lé­rie Pé­cresse voit la can­di­da­ture de celle qui est éga­le­ment conseillère ré­gio­nale avec sym­pa­thie. « Florence Por­tel­li lui doit ses par­rai­nages d’élus. Elle n’au­rait pas dû les avoir », su­surre Maël de Ca­lan. La pa­tronne de la ré­gion fran­ci­lienne se veut la pre­mière op­po­sante à Laurent Wau­quiez. Quand Florence Por­tel­li a adhé­ré au RPR, elle n’avait pas 20 ans. Phi­lippe Se­guin en était le pa­tron. L’ex-maire d’Epi­nal l’avait, très vite, nom­mée res­pon­sable des Jeunes RPR du Vald’Oise. Le par­ti gaul­liste vi­vait alors ses der­nières heures. La droite fran­çaise s’ap­prê­tait à connaître une ré­vo­lu­tion. En 2002 nais­sait l’UMP. Quinze ans plus tard, la fille de l’an­cien sé­na­teur et pro­fes­seur de droit Hugues Por­tel­li bat la cam­pagne en di­sant tout le mal qu’elle pense de ce choix stra­té­gique. « La grosse er­reur de la droite est d’avoir ad­di­tion­né des cou­rants qui n’avaient rien à voir les uns avec les autres. Je ne crois pas qu’il y ait une seule droite », as­sène celle qui se ré­jouit que le centre vive sa vie. Dans un par­ti qui ne compte plus guère de mi­li­tants mo­dé­rés, la musique de l’ex-porte pa­role de Fran­çois Fillon a l’avan­tage de ne pas être douce. Le grand fa­vo­ri de la course pour la pré­si­dence de LR n’est pas vrai­ment connu pour en jouer lui non plus. Le 10 dé­cembre, face à Laurent Wau­quiez, quel se­ra le score de Florence Por­tel­li ?

SIPA PRESS

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