Le pi­ra­tage in­for­ma­tique, cau­che­mar des en­tre­prises

L'Opinion - - Cyber-attaques : Comment Les Députés S’arment - Fan­ny Gui­no­chet @fan­ny­gui­no­chet

EN MAI, RE­NAULT ÉTAIT OBLI­GÉ de stop­per pen­dant plu­sieurs jours des sites de pro­duc­tion suite à une cy­ber-at­taque. En l’es­pace d’un week-end, le construc­teur au­to­mo­bile a dû éra­di­quer des vi­rus in­for­ma­tiques qui avaient in­fec­té plu­sieurs de ses sites. L’in­va­sion s’était faite avec le lo­gi­ciel ran­çon­neur Wan­naC­ry. En juin, c’était au tour du groupe da­nois de conte­neurs Maersk d’être vic­time d’une cy­ber-at­taque de grande am­pleur. En quelques mi­nutes, tout son sys­tème in­for­ma­tique était blo­qué. Le géant du trans­port en paie en­core le prix fort au­jourd’hui. Saint-Go­bain a fait état d’une ten­ta­tive de pi­ra­tage in­for­ma­tique à grande échelle, la­quelle s’est sol­dée par un im­pact fi­nan­cier né­ga­tif de 220 mil­lions d’eu­ros.

Ces his­toires sont loin d’être uniques. Plu­sieurs so­cié­tés ont eu les mêmes en­nuis. La plu­part ont pré­fé­ré ne pas en faire état, his­toire de ne pas mettre au grand jour leur fra­gi­li­té. Se­lon la plu­part des ex­perts, les en­tre­prises font face à un dé­fer­le­ment de cy­ber-me­naces. Après les Etats, ce sont elles qui au­jourd’hui sont ci­blées.

Et tous les do­maines de l’éco­no­mie sont concer­nés, ain­si que toutes les tailles d’en­tre­prise. Les sa­bo­tages de sys­tèmes in­dus­triels, mais aus­si de sys­tèmes de trans­port ou de sys­tèmes éner­gé­tiques sont légion…

Se­lon le ca­bi­net d’au­dit et de conseil PwC, qui a pu­blié la se­maine der­nière son étude an­nuelle sur la cy­ber-sé­cu­ri­té, in­ti­tu­lée The Glo­bal State of In­for­ma­tion Se­cu­ri­ty Sur­vey, les pertes fi­nan­cières su­bies par les en­tre­prises fran­çaises ont aug­men­té de 50 % par rap­port à l’an­née pré­cé­dente. Elles sont es­ti­mées à 2,25 mil­lions d’eu­ros en moyenne.

Pro­fes­sion­na­li­sa­tion des ha­ckers. Face à l’am­pleur de la me­nace, les so­cié­tés de l’Hexa­gone ne sont pas res­tées in­ac­tives. Même si toutes ne prennent pas la me­sure du risque, la plu­part com­mencent à com­prendre qu’une at­taque peut mettre par terre leur ac­ti­vi­té. Tou­jours se­lon PwC, les so­cié­tés fran­çaises ont in­ves­ti cette an­née en moyenne 4,3 mil­lions d’eu­ros dans la sé­cu­ri­té de leurs sys­tèmes in­for­ma­tiques (+10,2 % par rap­port à 2016). « Nous cons­ta­tons une réelle pro­fes­sion­na­li­sa­tion des ha­ckers. Leurs mo­ti­va­tions re­lèvent dé­sor­mais beau­coup plus d’un in­té­rêt éco­no­mique (dé­tour­ne­ment d’ar­gent, vol d’ac­tifs…) que du simple ca­rac­tère mal­veillant », ex­plique Phi­lippe Trou­chaud, as­so­cié res­pon­sable du dé­par­te­ment cy­ber- sé­cu­ri­té de PwC. Et d’ajou­ter :

Au­pa­ra­vant, on crai­gnait sur­tout le vol de don­nées. Au­jourd’hui, le risque pro­vient aus­si de l’in­tro­duc­tion de don­nées dans les sys­tèmes

« Les at­taques, plus ci­blées, mieux pré­pa­rées mais aus­si mieux ré­par­ties sur la du­rée, coûtent plus cher aux en­tre­prises. »

Les cy­ber-at­taques prennent des formes très com­plexes. Par exemple, au­pa­ra­vant, on crai­gnait sur­tout le vol de don­nées. Au­jourd’hui, le risque pro­vient aus­si de l’in­tro­duc­tion de don­nées dans les sys­tèmes.

Du coup, le mar­ché de la cy­ber-sé­cu­ri­té s’est consi­dé­ra­ble­ment dé­ve­lop­pé. Des so­cié­tés spé­cia­li­sées sont très sol­li­ci­tées. Ain­si DropBox, née en 2008, en­tre­prise qui offre des so­lu­tions pour sto­cker et par­ta­ger des don­nées, est très orien­tée sé­cu­ri­té. « La sé­cu­ri­té, c’est notre res­pon­sa­bi­li­té, notre prio­ri­té », in­siste Franck Le Tendre, di­rec­teur gé­né­ral France et Eu­rope de l’Ouest. Il as­sure que « DropBoxau­ra tou­jours la der­nière mise à jour, les der­nières tech­no­lo­gies et pa­rades pour lut­ter contre les cy­ber-at­taques ». Le mar­ché est tel que les grandes en­tre­prises ne peuvent pas se payer des res­pon­sables sé­cu­ri­té. Ma­na­ger consul­tant dans la so­cié­té de conseil Anéo, Okay Ta­jah­ma­dy, confirme : « Au­jourd’hui en France, il doit y avoir une pe­tite cen­taine de pro­fils très poin­tus sur ces su­jets. Ils s’ar­rachent à prix d’or. Et comme il faut mi­ni­mum huit ans pour se for­mer… »

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