En Inde, la pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment en plein smog

Mal­gré des ni­veaux de pol­lu­tion de l’air alar­mants, les au­to­ri­tés ne semblent pas dé­ci­dées à s’at­ta­quer au pro­blème

L'Opinion - - Céréales - Claude Le­blanc @Ja­pon­line

La dé­gra­da­tion de la qualité de l’air est un phé­no­mène qui touche éga­le­ment le Pa­kis­tan, voi­sin et frère en­ne­mi de l’Inde. Les brû­lis des deux cô­tés de la fron­tière, no­tam­ment au Pend­jab, sont sou­vent mis en cause. D’où le dé­sir des Pa­kis­ta­nais de co­opé­rer avec les In­diens pour lut­ter contre « l’en­ne­mi com­mun » qu’est la pol­lu­tion. DE­PUIS DI­MANCHE, la com­pa­gnie amé­ri­caine Uni­ted Air­lines a dé­ci­dé de sus­pendre ses vols en di­rec­tion de New Del­hi en rai­son de la mau­vaise qualité de l’air dans la ca­pi­tale in­dienne. La nou­velle, qui a évi­dem­ment fait la une de nom­breux jour­naux in­diens, illustre l’am­pleur du pro­blème. D’an­née en an­née, il ne cesse d’em­pi­rer sans qu’au­cune so­lu­tion ne soit au­jourd’hui en vue. On a sou­vent poin­té du doigt la si­tua­tion dans les villes chi­noises, où les ni­veaux de pol­lu­tion dé­passent lar­ge­ment les seuils to­lé­rés par l’Or­ga­ni­sa­tion mon­diale de la san­té (OMS), mais, de­vant la grogne sus­ci­tée, les au­to­ri­tés ont en­tre­pris de prendre le tau­reau par les cornes et de mettre en oeuvre des me­sures pour ré­duire net­te­ment la mau­vaise qualité de l’air.

En marge du 19e Congrès du Par­ti com­mu­niste chi­nois, le mois der­nier, le mi­nistre de la Pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment, Li Gan­jie, a fixé comme ob­jec­tif d’ar­ri­ver à un taux de 35 mi­cro­grammes par mètre cube d’air de PM 2.5, ces par­ti­cules fines qui ont en­va­hi un grand nombre de villes dans le pays et en­gendrent des nappes de smog. On se­ra en­core loin des re­com­man­da­tions de l’OMS qui es­time à 10 mi­cro­grammes la li­mite à ne pas dé­pas­ser, mais ce se­ra dé­jà net­te­ment mieux que les 73 mi­cro­grammes re­le­vés à Pé­kin, en 2016.

Si les di­ri­geants chi­nois semblent avoir pris conscience de l’ur­gence de la si­tua­tion, ce n’est pas le cas dans la plus grande dé­mo­cra­tie du monde, où les res­pon­sables po­li­tiques se fichent de la dé­gra­da­tion de la qualité de l’air, pré­fé­rant fer­mer les écoles tem­po­rai­re­ment pour mar­quer le coup et les rou­vrir sans qu’au­cune amé­lio­ra­tion n’ait été en­re­gis­trée. C’est d’au­tant plus grave que les en­fants font par­tie des in­di­vi­dus les plus fra­giles et les ef­fets né­ga­tifs à terme sur leur san­té sont par­ti­cu­liè­re­ment éle­vés. Se­lon une étude réa­li­sée en 2015, quatre en­fants sur dix dans la ca­pi­tale in­dienne souffrent de ma­la­dies res­pi­ra­toires. Mais de fa­çon plus glo­bale, la per­sis­tance de cette si­tua­tion touche l’en­semble de la po­pu­la­tion.

Un autre rap­port, pu­blié il y a quelques se­maines par la re­vue bri­tan­nique The Lan­cet, es­time à 2,5 mil­lions le nombre de dé­cès en Inde liés à la pol­lu­tion de l’air, soit 700 000 de plus qu’en Chine. L’Inde oc­cupe donc la pre­mière place de ce fu­neste clas­se­ment des pays où il ne fait pas bon res­pi­rer l’air. A New Del­hi, le ni­veau de PM 2.5 est près de 30 fois su­pé­rieur à ce­lui to­lé­ré par l’OMS. Face à cette si­tua­tion, les au­to­ri­tés res­tent muettes à l’image du Pre­mier mi­nistre Na­ren­dra Mo­di, ou pré­fèrent s’of­fus­quer comme le mi­nistre de l’En­vi­ron­ne­ment Harsh Vard­han. « En fin de compte, toutes ces études doivent avoir pris l’Inde pour cible. At­tri­buer les dé­cès à une cause comme la pol­lu­tion, c’est sans doute exa­gé­ré », a-t-il dé­cla­ré dans un en­tre­tien ac­cor­dé à la chaîne NDTV. Rien ne laisse pen­ser au­jourd’hui que la si­tua­tion va s’amé­lio­rer. Le dé­ve­lop­pe­ment ur­bain mal maî­tri­sé contri­bue à l’ag­gra­ver. Se­lon le Cen­tral Pol­lu­tion Con­trol Board, la masse de dé­chets gé­né­rés à New Del­hi a aug­men­té de 2075% en quinze ans et la plu­part des dé­charges sont à ciel ou­vert et sou­vent in­cen­diées, dé­ga­geant des par­ti­cules fines et pol­luant les nappes phréa­tiques.

Su­ni­ta Na­rain, di­rec­trice gé­né­rale du Centre for Science and En­vi­ron­ment, un or­ga­nisme en­ga­gé de­puis de nom­breuses an­nées en fa­veur de la pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment, es­time que « les villes et les ad­mi­nis­tra­tions doivent mettre en oeuvre des so­lu­tions et prendre des dé­ci­sions au­da­cieuses pour ré­duire les émis­sions. La sé­rie d’ac­tions re­com­man­dées par l’Au­to­ri­té de pré­ven­tion et de contrôle de la pol­lu­tion (EPCA) vise pré­ci­sé­ment à faire ce­la, et il ap­par­tient main­te­nant aux di­ri­geants po­li­tiques de faire pro­gres­ser leur mise en oeuvre ». Par­mi les me­sures in­vo­quées par l’EPCA, l’in­ter­dic­tion des vé­hi­cules die­sel fi­gure en bonne po­si­tion comme la fer­me­ture des cen­trales ther­miques au char­bon. L’or­ga­nisme sug­gère même à la Cour su­prême de les im­po­ser pour qu’elles soient ef­fec­tives le plus ra­pi­de­ment pos­sible. Pour l’EPCA, les brû­lis dans les Etats voi­sins du Pend­jab et de l’Ha­rya­na sou­vent dé­si­gnés comme cause ma­jeure de la mau­vaise qualité de l’air à New Del­hi ne sont pas les seules sources de pol­lu­tion. Par ailleurs, il convient de mettre en oeuvre une po­li­tique de trans­port pu­blic digne de ce nom. Mais pour y par­ve­nir, il est in­dis­pen­sable que les di­ri­geants prennent leurs res­pon­sa­bi­li­tés. Faute de quoi, ce­la pour­rait coû­ter cher au pays. La sus­pen­sion des vols d’Uni­ted Air­lines pour­rait ame­ner les tou­ristes amé­ri­cains à ne plus se rendre en Inde. Ils étaient 1,3 mil­lion en 2016, soit 15% du nombre to­tal des tou­ristes.

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