SNCF : le FN tente de dé­fendre à la fois les che­mi­nots et les usa­gers

Le par­ti de Ma­rine Le Pen pré­co­nise la gra­tui­té des tran­sports plu­tôt que des grèves « ar­chaïques »

L'Opinion - - Comment Le Parlement Va Être Bridé - Béa­trice Hou­chard @be­hache3

Hos­tile à la ré­forme der­rière la­quelle il voit poindre la pri­va­ti­sa­tion et les fer­me­tures de lignes, le Front national est dif­fi­ci­le­ment au­dible dans le conflit. Il sou­tient les che­mi­nots sans s’as­so­cier aux cen­trales syn­di­cales et dé­fend les usa­gers gê­nés par les grèves en ci­blant Em­ma­nuel Ma­cron, Bruxelles et Guillaume Pe­py. S’OP­PO­SER À LA RÉ­FORME de la SNCF ( ju­gée « in­utile et in­ef­fi­cace » ) sans al­ler dans les ma­nifs ; prendre le par­ti des che­mi­nots et dé­fendre les usa­gers ; dé­fendre le droit de grève tout en pré­co­ni­sant de ne pas en « abu­ser » : face au conflit dans les tran­sports, le Front national tente le grand écart. Peu au­dible au dé­but des grèves, Ma­rine Le Pen a fi­ni, cette se­maine, par trou­ver la mar­tin­gale : « Je dé­fends la SNCF sans me ré­jouir de la per­tur­ba­tion gé­né­rale du pays », a-t- elle plai­dé sur France In­fo puis RTL, sug­gé­rant de lais­ser « les usa­gers voya­ger gra­tui­te­ment sans in­ter­rompre la cir­cu­la­tion des trains ». Mieux vau­drait se­lon elle la « gra­tui­té to­tale comme moyen de pres­sion » plu­tôt que des grèves « ar­chaïques et in­op­por­tunes ». Ex­pli­ca­tion de texte par Louis Aliot, dé­pu­té FN des Py­ré­nées-Orien­tales : « Il pour- rait y avoir une gra­tui­té des tran­sports, comme ce­la existe pour les grèves des per­son­nels des au­to­routes. » Char­gé des études au FN, Jean Mes­si­ha, qui as­sure avoir « théo­ri­sé cette pro­po­si­tion », la com­pare à « une grève du zèle ». A l’ar­gu­ment sur le coût d’une telle dis­po­si­tion, il ré­pond que « les grèves aus­si ont un coût di­rect et in­di­rect ».

Res­pon­sa­bi­li­té de la Com­mis­sion. Pour Jean Mes­si­ha (qui uti­li­sait au dé­but des grèves le ha­sh­tag « Je sou­tiens la grève des che­mi­nots » avant de l’aban­don­ner), « la SNCF n’est pas une en­tre­prise nor­male. Elle est exor­bi­tante du droit com­mun. Ce n’est ni la PME ni la grande en­tre­prise du coin. Il faut la trai­ter de ma­nière ma­croé­co­no­mique et pas mi­croé­co­no­mique, et consi­dé­rer son im­pact glo­bal sur l’éco­no­mie ». Il a, dit-il, four­ni beau­coup d’ar­gu­men­taires aux di­ri­geants et aux par­le­men­taires du FN, dé­fen­dant « le main­tien de la SNCF comme ser­vice pu­blic » et in­sis­tant sur la res­pon­sa­bi­li­té de la Com­mis­sion eu­ro­péenne. « La SNCF, ajoute- t- il, sym­bo­lise les ten­sions de ces 40 der­nières an­nées entre la né­ces­si­té d’adap­ter la France au pa­ra­digme ul­tra­li­bé­ral et son coût po­li­tique in­sur­mon­table. » Ma­rine Le Pen donne qui­tus aux syn­di­cats sur un point : « La dette est-elle due au sta­tut des che­mi­nots ? Non. Si les syn­di­cats dé­noncent ce­la, ils ont rai­son. » Pas ques­tion pour au­tant de re­joindre ceux-ci dans les cor­tèges. In­ter­ro­gée éga­le­ment sur les re­mous dans l’Uni­ver­si­té, la pré­si­dente du FN met les points sur les « i » : « Vous ne me ver­rez pas au cô­té des étu­diants bol­chos, ni des cen­trales syn­di­cales dont les di­ri­geants ont ap­pe­lé à vo­ter Ma­cron. » Mais elle ajoute : « Je ne les mé­lange pas avec les syn­di­qués » . Jean Mes­si­ha, sur ce thème, se sent l’âme de La Fon­taine : « Les cen­trales syn­di­cales, dont l’obé­dience est connue de tous, avaient chan­té la gloire de Ma­cron. Qu’elles dansent main­te­nant ! »

Chez beau­coup d’élus et de cadres du par­ti, l’exas­pé­ra­tion face aux grèves a vite pris le des­sus, Louis Aliot dé­non­çant « la gré­vi­cul­ture » et Wal­le­rand de Saint- Just, conseiller ré­gio­nal d’Ile- de-France, es­ti­mant qu’« il faut lais­ser les usa­gers en paix et ne pas se trom­per d’ad­ver­saire ! » Chez les syn­di­qués et par­mi les gré­vistes, il y a sû­re­ment pas mal d’élec­teurs Front national. Mais, dans un son­dage réa­li­sé par l’Ifop pour le JDD (les 5 et 6 avril), les élec­teurs qui se sentent proches du FN donnent des in­di­ca­tions contra­dic­toires : 52 % jugent le mou­ve­ment « jus­ti­fié » (44 % chez l’en­semble des Fran­çais) ; 49 % veulent que le gou­ver­ne­ment aille jus­qu’au bout de la ré­forme (62 % des Fran­çais) ; mais 65 % sont fa­vo­rables à l’ou­ver­ture des lignes à la concur­rence (72 % des Fran­çais). Une autre forme de grand écart.

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