Sur le die­sel, An­ge­la Mer­kel main­tient le flou

La coa­li­tion tente de re­pous­ser les dé­ci­sions sur l’épi­neux dos­sier du die­sel, pour le­quel elle ne par­vient pas à trou­ver de so­lu­tion

L'Opinion - - Comment Le Parlement Va Être Bridé - Luc An­dré (à Ber­lin)

La chan­ce­lière al­le­mande table sur une ré­sorp­tion pro­gres­sive des pro­blèmes de qua­li­té de l’air pour éva­cuer le pro­blème du die­sel. Elle s’est mon­trée mer­cre­di scep­tique en­vers un ré­équi­pe­ment des vé­hi­cules concer­nés par la ma­ni­pu­la­tion des re­jets pol­luants. PA­TIEN­TER EN­CORE QUELQUES SE­MAINES de plus. A l’is­sue d’un sé­mi­naire gou­ver­ne­men­tal de deux jours, An­ge­la Mer­kel a re­pous­sé mer­cre­di le dé­voi­le­ment de la stra­té­gie de sa nou­velle équipe sur l’épi­neux dos­sier du die­sel. La chan­ce­lière veut at­tendre l’éva­lua­tion de « rap­ports d’ex­per­tise ». Main­te­nant le flou, la di­ri­geante chré­tienne-dé­mo­crate, sur­nom­mée « la chan­ce­lière de l’au­to » par ses dé­trac­teurs pour ses liens étroits avec l’industrie, a rap­pe­lé ses « at­tentes claires » en­vers les construc­teurs. « Ni le client ni le contri­buable ne peuvent as­su­mer les consé­quences » de la ma­ni­pu­la­tion des re­jets pol­luants des mo­teurs die­sel, dé­cou­verte à par­tir de 2015. Dans le même temps, Mme Mer­kel a ex­pri­mé son scep­ti­cisme en­vers le ré­équi­pe­ment des vé­hi­cules concer­nés avec des ca­ta­ly­seurs qu’elle juge « re­la­ti­ve­ment coû­teux » et qui est re­je­té par les groupes au­to­mo­biles.

La chef du gou­ver­ne­ment al­le­mand pri­vi­lé­gie une ac­tua­li­sa­tion des lo­gi­ciels de bord de quelque 5 mil­lions de vé­hi­cules pour ré­soudre le pro­blème. Or, maintes études, me­nées par des dé­fen­seurs de l’en­vi­ron­ne­ment comme l’au­to- mo­bile-club al­le­mand, ont dé­mon­tré le peu d’ef­fi­ca­ci­té de cette so­lu­tion pré­co­ni­sée par Volkswagen, Daim­ler et BMW. Les tri­bu­naux ont pris acte de l’in­ac­tion du gou­ver­ne­ment pour com­battre la pol­lu­tion au di­oxyde d’azote (NO2) qui touche une soixan­taine d’ag­glo­mé­ra­tions, en in­frac­tion aux normes eu­ro­péennes. De­puis fin fé­vrier, et un ar­rêt de la plus haute ju­ri­dic­tion ad­mi­nis­tra­tive al­le­mande, les com­munes peuvent in­ter­dire cer­tains axes aux die­sels ne ré­pon­dant pas à la norme Eu­ro-6. Fin avril, Ham­burg va fran­chir en pre­mier ce pas avec la fer­me­ture d’un tron­çon de 600 mètres d’une grande ar­tère de la mé­tro­pole han­séa­tique. Une claque pour la chan­ce­lière, qui mi­li­tait contre toute en­trave pour les mil­lions d’au­to­mo­bi­listes-élec­teurs. Un re­vers pour les construc­teurs, alors que les ventes de die­sel dé­vissent outre-Rhin.

An­ge­la Mer­kel table sur une ré­sorp­tion pro­gres­sive de la pol­lu­tion au NO2 pour se dé­bar­ras­ser de la ques­tion du die­sel. « La pol­lu­tion bais­se­ra grâce aux in­ter­dic­tions de cir­cu­la­tion », tacle Jür­gen Resch, le pa­tron de l’as­so­cia­tion en­vi­ron­ne­men­tale DUH, der­rière les pro­cé­dures ad­mi­nis­tra­tives pour amé­lio­rer la qua­li­té de l’air. Il voit mal com­ment la grande coa­li­tion CDU/ CSU-SPD pour­ra écar­ter l’op­tion ré­équi­pe­ment dans ce cas.

« Vi­rage des dé­fis tech­no­lo­giques » . La ques­tion est de sa­voir qui paie­ra la dou­lou­reuse ad­di­tion. L’ex­clu­sion, par An­ge­la Mer­kel, d’une prise en charge des frais par le contri­buable vient contrer les der­nières ré­vé­la­tions du ma­ga­zine Der Spie­gel. Le titre a fait état de dis­cus­sions en cou­lisses pour créer un fond abon­dé à hau­teur de cinq mil­liards par l’industrie au­to­mo­bile et sub­ven­tion­né par l’Etat fé­dé­ral. Cet ar­gent ser­vi­rait à mo­di­fier en prio­ri­té les vé­hi­cules ex­por­tés vers les Etats-Unis, sou­mis à des normes plus strictes, et ceux cir­cu­lant dans des ré­gions al­le­mandes tou­chées par la pol­lu­tion.

Néan­moins, la CDU de la chan­ce­lière – comme le SPD – veulent épar­gner au­tant que faire se peut les construc­teurs au mo­ment où ils doivent in­ves­tir dans l’élec­tro­mo­bi­li­té. « Nous avons be­soin d’une industrie au­to­mo­bile en état de prendre le vi­rage des dé­fis tech­no­lo­giques, a rap­pe­lé sans équi­voque mer­cre­di le vice-chan­ce­lier so­cial-dé­mo­crate Olaf Scholz (SPD), de nom­breux em­plois en dé­pendent tout comme une grosse par­tie des ex­por­ta­tions. »

Le groupe par­le­men­taire éco­lo­giste ré­torque que les construc­teurs ont les moyens d’as­su­mer leurs er­re­ments. D’après ses cal­culs, la mise à ni­veau des vé­hi­cules de normes Eu­ro-5, ven­dus jus­qu’à l’été 2015, coû­te­ra 5,3 mil­liards d’eu­ros. Volkswagen de­vrait sup­por­ter 2,6 mil­liards, BMW 663 mil­lions et Daim­ler 527 mil­lions. Les Verts mettent ces chiffres en rap­port aux bé­né­fices su­pé­rieurs à 10 mil­liards d’eu­ros réa­li­sés en 2017 par cha­cun des géants au­to­mo­biles al­le­mands. « Le coût du ré­équi­pe­ment ne me­nace en rien ni la com­pé­ti­ti­vi­té ni l’ave­nir des construc­teurs », juge le dé­pu­té éco­lo­giste Oli­ver Kri­scher. L’as­so­cia­tion DUH in­siste pour une mo­der­ni­sa­tion des mo­dèles les plus ré­cents ( Eu­ro- 6), qui ne res­pectent pas non plus les normes en vi­gueur d’après ses contrôles. La fac­ture glo­bale gon­fle­rait ain­si à 15 mil­liards d’eu­ros en­vi­ron, dont 10 mil­liards pour les construc­teurs al­le­mands. En dé­pit des ré­ti­cences sus­ci­tées en Al­le­magne, la so­lu­tion du fonds pour­rait s’ex­por­ter. Le mi­nis­tère au­tri­chien des Tran­sports a an­non­cé ré­flé­chir à un dis­po­si­tif si­mi­laire.

SIPA PRESS

Les com­munes al­le­mandes peuvent in­ter­dire cer­tains axes aux die­sels ne ré­pon­dant pas aux normes en­vi­ron­ne­men­tales.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.