« L’Ara­bie saou­dite en­tre­prend une trans­for­ma­tion ra­di­cale »

« Nous vou­lons avoir une crois­sance ba­sée sur le non-pé­tro­lier », ex­plique le mi­nistre de l’Eco­no­mie saou­dien

L'Opinion - - Comment Le Parlement Va Être Bridé - Al-Tu­wai­jr, In­ter­view Pascal Ai­rault Mo­ham­med @P_Ai­rault

La vi­site en France du prince hé­ri­tier saou­dien, Mo­ha­med Ben Sal­mane, s’est ache­vée mer­cre­di par la conclu­sion d’un par­te­na­riat stra­té­gique et la si­gna­ture de pro­to­coles d’ac­cords com­mer­ciaux d’une va­leur de 18 mil­liards de dol­lars. Sau­di Aram­co s’est no­tam­ment as­so­cié à To­tal pour la construc­tion d’un com­plexe pé­tro­chi­mique dans le royaume. Suez et Veo­lia ont ob­te­nu des mar­chés dans le trai­te­ment des eaux usées in­dus­trielles. Sch­nei­der Elec­tric, Sa­fran, Orange et JCDe­caux ont éga­le­ment si­gné des ac­cords.

Qu’at­ten­dez-vous de la France pour amé­lio­rer la coo­pé­ra­tion éco­no­mique ?

La France et l’Ara­bie saou­dite ont une re­la­tion his­to­rique, au­jourd’hui por­tée par deux jeunes di­ri­geants tour­nés vers la mo­der­ni­té, l’un pou­vant orien­ter le des­tin du Moyen- Orient, l’autre de l’Eu­rope. Des banques fran­çaises sont dans le pays, des grands groupes par­ti­cipent aux chan­tiers d’in­fra­struc­tures comme le fer­ro­viaire et le mé­tro. Nous vou­lons éta­blir un par­te­na­riat ga­gnant-ga­gnant re­po­sant sur la qua­li­té et la du­rée. Il est ba­sé sur nos be­soins et ce que les en­tre­prises fran­çaises peuvent dé­li­vrer. Nous avons iden­ti­fié plu­sieurs sec­teurs comme la di­gi­ta­li­sa­tion, le tou­risme, l’en­sei­gne­ment, l’in­gé­nie­rie, la san­té, la des­sa­li­ni­sa­tion, les ser­vices éner­gé­tiques et l’industrie de la dé­fense, où la Sau­di Ara­bia Mi­li­ta­ry In­dus­tries sou­haite dé­ve­lop­per la pro­duc­tion na­tio­nale. Il faut être deux pour dan­ser le tan­go. Il faut un lea­der­ship po­li­tique, une im­pli­ca­tion des in­dus­triels des deux pays, de la veille sur les op­por­tu­ni­tés, des mé­ca­nismes d’éva­lua­tion et de sui­vi. C’est la clé du suc­cès.

Une agence fran­çaise a été re­te­nue pour la mise en va­leur du site d’Al Ula clas­sé au pa­tri­moine de l’Unes­co...

Nous ac­cueillons 10 mil­lions de tou­ristes chaque an­née et vou­lons en avoir 30 mil­lions d’ici 2030. L’Ara­bie saou­dite est la gar­dienne des deux mos­quées sa­crées. Des mil­lions d’étran­gers viennent pour le pè­le­ri­nage à La Mecque et à Mé­dine. C’est un po­ten­tiel unique à va­lo­ri­ser. Notre si­tua­tion géo­gra­phique pri­vi­lé­giée nous oblige à être créa­tif et à dé­ve­lop­per pro­gres­si­ve­ment notre offre tou­ris­tique en pro­mou­vant nos sites ar­chéo­lo­giques, notre culture, notre géo­gra­phie.

Vous ef­fec­tuez un road trip qui se ter­mine jeu­di en Es­pagne après les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France. Que faites-vous pour rendre votre pays plus at­trac­tif aux in­ves­tis­se­ments étran­gers ?

Les in­ves­tis­seurs veulent des actes plus que du mar­ke­ting. Nous tra­vaillons sur les lois et la ré­gu­la­tion des ac­ti­vi­tés (loi sur la ban­que­route, nou­velle ver­sion de la loi com­mer­ciale, cadre du par­te­na­riat pu­blic-pri­vé). Notre sys­tème de jus­tice a été ré­or­ga­ni­sé, notre loi sur le tra­vail est en train d’être re­vue. Notre vo­lon­té est de per­mettre aux en­tre­pre­neurs d’avoir ac­cès aux ca­pi­taux des mar­chés et des banques com­mer­ciales. Et en­fin de pou­voir ai­der les in­ves­tis­seurs à pro­fi­ter des op­por­tu­ni­tés of­fertes dans le tou­risme, l’édu­ca­tion, les mines, les in­fra­struc­tures à tra­vers l’es­sor du ré­seau de ports, aé­ro­ports, lignes fer­ro­viaires et au­to­routes. L’Ara­bie saou­dite jouit d’une place pri­vi­lé­giée pour les in­ves­tis­se­ments. Elle est connec­tée aux trois conti­nents, l’Eu­rope, l’Asie et bien­tôt di­rec­te­ment l’Afrique avec la construc­tion d’un pont avec l’Egypte.

Quels se­ront les prin­ci­paux le­viers de crois­sance dans le fu­tur ?

Il y au­ra tou­jours le sec­teur éner­gé­tique. Nous tra­vaillons à l’in­tro­duc­tion en Bourse de la Sau­di Aram­co. Nous sou­hai­tons pla­cer jus­qu’à 5 % du ca­pi­tal de la com­pa­gnie na­tio­nale. Nous vou­lons aus­si dé­ve­lop­per les éner­gies re­nou­ve­lables, le sec­teur des mines et ser­vices as­so­ciés (fi­nance, trans­port, commerce), qui est pro­met­teur avec des res­sources en phos­phate, or et alu­mi­nium. Nous vou­lons aus­si pro­mou­voir le sec­teur de l’hô­tel­le­rie, du loi­sir, de la culture. L’Ara­bie saou­dite dé­ve­loppe son propre mo­dèle éco­no­mique après avoir étu­dié et ti­ré pro­fit de ce qu’il y a de meilleurs chez nos par­te­naires : la réus­site à Sin­ga­pour et Du­baï, la li­bé­ra­li­sa­tion en France et au Royaume-Uni, la suc­cess sto­ry de l’in­no­va­tion au Ja­pon.

L’agence de no­ta­tion S&P mise sur une crois­sance de 2% en 2018, après une contrac­tion du PIB de 0,7% l’an­née der­nière...

Nous fai­sons à peu près les mêmes pré­vi­sions. L’Ara­bie saou­dite est en train d’en­tre­prendre une trans­for­ma­tion ra­di­cale de son éco­no­mie. Cette longue évo­lu­tion a un im­pact sur les af­faires et les in­ves­tis­se­ments, ce qui ex­plique cette mo­deste contrac­tion sui­vie d’une re­prise. Notre ob­jec­tif est d’avoir une crois­sance du­rable ba­sée sur les re­ve­nus non pé­tro­liers qui de­vrait re­pré­sen­ter plus de 50% de notre PIB dès 2018.

Quel est le taux de chô­mage en Ara­bie saou­dite ?

Ce taux de chô­mage est de 20,7 %. Nous pré­voyons de le ré­sor­ber à 7 % en 2030. Il y a 300 000 nou­veaux ar­ri­vants par an sur le mar­ché du tra­vail. C’est un dé­fi mais nous sommes op­ti­mistes car nous met­tons en place une nou­velle po­li­tique de l’em­ploi, à tra­vers les PME, la fa­ci­li­ta­tion de l’ac­cès aux mar­chés, les grands pro­jets sec­to­riels.

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« Avec la France, nous vou­lons éta­blir un par­te­na­riat ga­gnant­ga­gnant re­po­sant sur la qua­li­té et la du­rée », dé­taille Mo­ham­med al-Tu­wai­jr.

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