Za­distes, en­core un ef­fort pour de­ve­nir de bons li­bé­raux

L'Opinion - - Comment Le Parlement Va Être Bridé - Oli­vier Ba­beau

LE PRO­JET D’AÉ­RO­PORT à Notre-Dame-desLandes avait op­po­sé les ex­perts, pas tous per­sua­dés de l’op­por­tu­ni­té d’un nou­veau com­plexe. La ZAD, elle, au­ra di­vi­sé les li­bé­raux eux-mêmes. Du moins en ap­pa­rence.

Les or­do­li­bé­raux sou­lignent qu’il faut que force reste à la loi. Ils re­marquent avec rai­son l’en­tre­prise de sub­ver­sion po­li­tique as­su­mée et lar­ge­ment théo­ri­sée qui pré­side à ces oc­cu­pa­tions sau­vages qui au­raient vo­ca­tion à es­sai­mer par­tout. Der­rière les pré­textes « ten­dances » de la dé­fense de la bio­di­ver­si­té et de l’éco­lo­gie, c’est bel et bien un pro­jet po­li­tique al­ter­na­tif qui se dé­ve­loppe. Il ne s’agit pas, contrai­re­ment à l’image mièvre re­layée avec com­plai­sance par les mé­dias, de sym­pa­thiques rê­veurs ne sou­hai­tant rien de plus que dor­mir à la belle étoile et se rap­pro­cher de la na­ture. La ZAD n’est pas Wood­stock et les za­distes ne sont pas des dis­ciples de Dio­gène de Si­nope. Dans leur es­prit, c’est la France en­tière qui est à terme une « zone à dé­fendre », c’est-à-dire à oc­cu­per. Ac­cep­ter ce pre­mier ac­croc à l’au­to­ri­té de l’Etat en lais­sant la ZAD faire sé­ces­sion d’avec le ter­ri­toire de la Ré­pu­blique se­rait le point de dé­part d’un élar­gis­se­ment in­con­trô­lé des zones de non­droit. La vic­toire des za­distes consti­tue­rait un point d’an­crage à par­tir du­quel mille nou­velles en­claves se­raient prêtes à naître un peu par­tout.

Ex­pé­rience li­bé­rale. D’autres li­bé­raux, plus proches du cou­rant li­ber­ta­rien, re­gardent la ZAD avec les yeux de Chi­mène, la cé­lé­brant même comme une au­then­tique « ex­pé­rience li­bé­rale ». Ils se ré­jouissent de l’éman­ci­pa­tion d’une com­mu­nau­té spon­ta­née par­ve­nant à ré­sis­ter à un Etat par construc­tion illé­gi­time. Les za­distes tra­ce­raient la route d’un che­min que nous se­rions tous in­vi­tés à em­prun­ter, for­mant nos propres groupes d’ap­par­te­nance, dé­ci­dant de nos propres lois, sur au­cune autre base que celle du consen­te­ment mu­tuel.

Faut-il re­non­cer à ré­con­ci­lier les li­bé­raux, dé­ci­dé­ment aus­si contra­dic­toires que les éco­no­mistes dont Chur­chill di­sait que pour ob­te­nir deux avis dif­fé­rents il suf­fi­sait d’en réunir deux (à moins que l’un d’entre eux, ajou­tait-il, soit Lord Keynes, au­quel cas on au­ra trois avis dif­fé­rents) ? Peut-être pas, et c’est là la clé d’in­ter­pré­ta­tion de l’épi­sode za­diste à Notre-Dame-des-Landes. Il est une chose qui met tous les li­bé­raux d’ac­cord : le res­pect du droit de pro­prié­té. C’est en son nom qu’est ain­si to­ta­le­ment jus­ti­fiée l’ex­pul­sion d’oc­cu­pants de ter­rains ap­par­te­nant à au­trui. Tout comme est jus­ti­fié un réel res­pect vis-à-vis de l’ex­pé­rience dans son prin­cipe. Ce n’est pas parce qu’ils dé­ve­loppent leur propre com­mu­nau­té que les za­distes doivent être dé­lo­gés. C’est parce qu’au­cune ac­tion n’est lé­gi­time si elle viole le droit sa­cré de pro­prié­té.

Que vivent donc les ex­pé­ri­men­ta­tions, aus­si far­fe­lues soient-elles, mais sur des ter­rains lé­ga­le­ment ac­quis au­près de pro­prié­taires consen­tants ! Que les za­distes de tous poils pros­pèrent à leur guise, mais en res­pec­tant tou­jours le droit in­alié­nable de cha­cun à jouir du fruit de son propre tra­vail. Il n’est pas cho­quant d’exer­cer sa li­ber­té, mais de pré­tendre le faire au dé­tri­ment de celle des autres. Pour pa­ra­phra­ser Bas­tiat, que les za­distes créent donc pour s’éta­blir et vivre pour leur fonc­tion­ne­ment « une caisse com­mune qu’ils ad­mi­nistrent, qu’ils ali­mentent, et dont les li­mites bornent leurs droits ». Za­distes, en­core un ef­fort et vous de­vien­drez d’ex­cel­lents li­bé­raux ! Oli­vier Ba­beau est pré­sident de l’Ins­ti­tut Sa­piens.

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