Le commerce ex­té­rieur est plus que ja­mais la clef de la re­prise fran­çaise

Les en­tre­prises ex­por­ta­trices ont pré­fé­ré res­tau­rer leurs marges que de bais­ser leurs prix pour ga­gner des parts de mar­ché. Une stra­té­gie dont dé­pen­dra le sui­vi de la re­prise

L'Opinion - - Macron Se Place Au Centre Du Village - Jade Gran­din de l'Epre­vier @Ja­deG­ran­din

L’Ob­ser­va­toire fran­çais des conjonc­tures éco­no­miques (OFCE) a pu­blié jeu­di ses der­nières pré­vi­sions ma­croé­co­no­miques. La re­prise de­vrait se pour­suivre, à condi­tion que le commerce ex­té­rieur se re­dresse. IN­TER­RO­GÉ HIER SUR TF1 à l’oc­ca­sion de l’interview d’Em­ma­nuel Ma­cron, l’en­tre­pre­neur Ch­ris­tian Val­let se fé­li­ci­tait de la hausse de com­pé­ti­ti­vi­té de sa chau­dron­ne­rie nor­mande, Adi­nox, réa­li­sant la moi­tié de son chiffre d’af­faires de quelques mil­lions d’eu­ros à l’in­ter­na­tio­nal. Un té­moi­gnage qui n’est pas ano­din : la hausse de la com­pé­ti­ti­vi­té des en­tre­prises ex­por­ta­trices fran­çaises non seule­ment n’est pas en­core évi­dente, mais se­ra cru­ciale pour la pour­suite de la re­prise éco­no­mique ob­ser­vée de­puis 2017.

La France part de par­ti­cu­liè­re­ment loin en ma­tière d’impôts de pro­duc­tion. Taxe sur les sa­laires, ver­se­ment trans­port, contri­bu­tion so­ciale de so­li­da­ri­té des so­cié­tés (C3S), co­ti­sa­tion fon­cière des en­tre­prises (CFE), co­ti­sa­tion sur la va­leur ajou­tée (CVAE)… Ils s’éle­vaient au to­tal à près de 70 mil­liards d’eu­ros en 2016, se­lon les don­nées de la Com­mis­sion eu­ro­péenne pu­bliée l’été der­nier, contre moins de 13 mil­liards en Al­le­magne.

« Le grand chaî­non man­quant struc­tu­rel en France, c’est la com­pé­ti­ti­vi­té, sou­ligne Em­ma­nuel Jes­sua, di­rec­teur des études de COE-Rexe­code, un think tank proche du pa­tro­nat. De­puis les an­nées 2000, nous avons per­du des parts de mar­ché par rap­port à des éco­no­mies qui ont le même ni­veau de dé­ve­lop­pe­ment et la même mon­naie que nous. » La France re­pré­sen­tait 13% des ex­por­ta­tions de biens et ser­vices de la zone eu­ro l’an der­nier, contre 7 % en 2000. « Il y a eu une perte per­for­mance struc­tu­relle et du­rable de l’ap­pa­reil ex­por­ta­teur. »

Contri­bu­tion nulle. De fait, de 2014 à 2016, le dé­ca­lage de crois­sance par rap­port à nos par­te­naires eu­ro­péens s’est ex­pli­qué par la contri­bu­tion né­ga­tive du commerce ex­té­rieur fran­çais. Fi­na­le­ment, deux fac­teurs ont per­mis d’al­lé­ger les far­deaux pe­sant sur les en­tre­prises ex­por­ta­trices. D’abord, les al­lé­ge­ments fis­caux : cré­dit d’im­pôt com­pé­ti­ti­vi­té emploi ( CICE), Pacte de res­pon­sa­bi­li­té. En­suite, la dis­pa­ri­tion de dif­fi­cul­tés conjonc­tu­relles : l’an­née 2016 avait été par­ti­cu­liè­re­ment rude pour les ex­por­ta­tions, avec des chocs sur la pro­duc­tion agri­cole (-10 % de va­leur ajou­tée) et sur le tou­risme avec les at­ten­tats. En­fin, les ex­por­ta­teurs bé­né­fi­cient de la baisse des prix du pé­trole.

Ré­sul­tat, pour la pre­mière fois l’an­née der­nière, le commerce ex­té­rieur n’a pas été un frein à l’ac­ti­vi­té. Sa contri­bu­tion est dé­sor­mais nulle pour la crois­sance et de­vrait le res­ter en 2018 et 2019, se­lon les pré­dic­tions de l’OFCE pu­bliées jeu­di, à condi­tion que l’en­vi­ron­ne­ment éco­no­mique reste por­teur en zone eu­ro. Plaident pour cette théo­rie l’orien­ta­tion fa­vo­rable des en­quêtes sur les pers­pec­tives d’ex­por­ta­tions et la vi­gueur de l’investissement pro­duc­tif.

Pour­tant, « une in­cer­ti­tude pèse quant au ré­ta­blis­se­ment du­rable du commerce ex­té­rieur », met en garde l’Institut de conjonc­ture key­né­sien. En ef­fet, les en­tre­prises ont uti­li­sé les al­lé­ge­ments de pré­lè­ve­ments pour res­tau­rer leur ren­ta­bi­li­té et leur si­tua­tion fi­nan­cière, plu­tôt que de bais­ser leurs prix pour aug­men­ter leurs parts de mar­ché. Les taux de marges des ex­por­ta­teurs fran­çais ont ain­si at­teint des ni­veaux re­cords de­puis fin 2013, ga­gnant 5,7 points. Ces gains se­ront-ils mis à pro­fit ?

Qua­li­té per­çue. Oui, si elles ont in­ves­ti dans la mon­tée en gamme et que ces ef­forts payent. « A l’ave­nir, ces marges im­por­tantes pour­raient avoir des ef­fets sur la com­pé­ti­ti­vi­té hors prix, es­time ain­si Ma­thieu Plane, éco­no­miste en charge de la France à l’OFCE. Peut-être y a-t-il une mo­di­fi­ca­tion du mo­dèle des in­dus­triels ex­por­ta­teurs pour al­ler vers le mo­dèle al­le­mand. » Pro­blème : il est dif­fi­cile de prou­ver que c’est bien ce qui va se pas­ser.

Même in­cer­ti­tude du cô­té de COE- Rexe­code. Se­lon ses cal­culs, seul un quart de l’écart des coûts sa­la­riaux uni­taires par rap­port à l’Al­le­magne a été com­blé (en lais­sant in­chan­gée la dy­na­mique sa­la­riale). Et la qua­li­té per­çue des pro­duits fran­çais reste in­fé­rieure à celle des pro­duits al­le­mands pour les mêmes ca­té­go­ries de pro­duits. « Donc les en­tre­prises ne peuvent pas se per­mettre de les vendre aus­si cher », sou­ligne Em­ma­nuel Jes­sua.

Il n’y a plus qu’à es­pé­rer que la res­tau­ra­tion des marges et l’ac­cé­lé­ra­tion de l’investissement des en­tre­prises pour amé­lio­rer la qua­li­té de leurs pro­duits portent leurs fruits dans les pro­chaines an­nées.

Le commerce ex­té­rieur fran­çais se­ra aus­si à l’épreuve des ten­sions com­mer­ciales in­ter­na­tio­nales, sur­tout entre les Etats- Unis et la Chine. Ces der­nières font craindre une hausse du pro­tec­tion­nisme amé­ri­cain, à tra­vers de nou­velles taxes et quo­tas. Une si­tua­tion as­sez in­quié­tante pour que la di­rec­trice du FMI, Ch­ris­tine La­garde, rap­pelle jeu­di que « les res­tric­tions sur les im­por­ta­tions nuisent à tout le monde ».

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