Quand la forme tue le fond

L'Opinion - - La Une - Ni­co­las Bey­tout @ni­co­las­bey­tout

Une fois re­tom­bés le bruit et la fu­reur de « l’in­ter­view » d’Em­ma­nuel Ma­cron par le duo Bour­din- Ple­nel, que reste-t-il de cette em­poi­gnade té­lé­vi­suelle ? Une im­pres­sion de gâ­chis pour tous.

Non que les jour­na­listes semblent avoir le moindre doute sur le cô­té in­dé­pas­sable de leur pres­ta­tion. Rap­pe­lons pour­tant quelques prin­cipes de base de l’in­ter­view, par exemple que la règle est de po­ser des ques­tions. Dès lors que le jour­na­liste de­ve­nu contra­dic­teur as­sène son opi­nion, il change de re­gistre et de­vient, en l’oc­cur­rence, un op­po­sant. Cette pos­ture n’est pas moins noble, mais elle em­pêche de don­ner des le­çons de pro­fes­sion­na­lisme.

Autre prin­cipe de base : lais­ser par­ler l’in­ter­viewé au-de­là de quelques mots, et ce­la dans l’in­té­rêt même de ce­lui qui écoute ou re­garde l’en­tre­tien. Re­lan­cer une ques­tion, re­ve­nir sur une ré­ponse mal ca­li­brée ou in­com­plète quitte à dé­sta­bi­li­ser l’in­ter­viewé en le met­tant dans une zone d’in­con­fort est la règle. Mais le droit de suite n’est pas le har­cè­le­ment.

En­fin, na­tu­rel­le­ment, faire une er­reur fac­tuelle en po­sant ses ques­tions est to­ta­le­ment dis­qua­li­fiant.

Du cô­té du chef de l’Etat, la sa­tis­fac­tion sem­blait aus­si de mise : le com­bat avait per­mis de mettre en va­leur sa jeu­nesse, sa ré­sis­tance, sa connais­sance des dos­siers. Mais il n’y a là rien de nou­veau. Or jusque-là, Em­ma­nuel Ma­cron avait su faire de la forme de ses in­ter­ven­tions un mes­sage sur le fond (on pense au Louvre, à la si­gna­ture so­len­nelle des ré­formes, à l’en­semble de sa com­mu­ni­ca­tion telle- ment maî­tri­sée). Cette fois, la forme a tué le fond. Tout à leur ex­ci­ta­tion d’avoir fait un coup d’éclat, les deux jour­na­listes ont ex­pli­qué en fer­mant leur mi­cro qu’une page avait été tour­née et qu’après ce­la, l’in­ter­view po­li­tique ne se­rait « ja­mais plus pa­reille ». On pré­fé­re­rait qu’il n’y en ait ja­mais plus de pa­reille.

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