Sy­rie : les dé­pu­tés veulent avoir leur mot à dire

Le Pre­mier mi­nistre a dé­fen­du les frappes de­vant l’As­sem­blée na­tio­nale. Et ré­pon­du point par point aux cri­tiques

L'Opinion - - La Une - Ca­ro­line Vi­gou­reux @Ca­roVi­gou­reux

Le Pre­mier mi­nistre Edouard Phi­lippe a dé­fen­du le bom­bar­de­ment ci­blé de­vant l’As­sem­blée na­tio­nale

Le Pre­mier mi­nistre a jus­ti­fié lun­di de­vant l’As­sem­blée na­tio­nale les frappes conjointes de la France, des Etats-Unis et de la Gran­deB­re­tagne en Sy­rie. Dans le même temps, le mi­nistre des Af­faires étran­gères, JeanYves Le Drian, se li­vrait au même exer­cice au Sé­nat. Les pré­si­dents des groupes par­le­men­taires ont dé­bat­tu sans vote. SA­ME­DI, EDOUARD PHI­LIPPE a dé­cro­ché son té­lé­phone pour ap­pe­ler les pré­si­dents des deux As­sem­blées, Fran­çois de Ru­gy et Gé­rard Lar­cher, mais aus­si tous les pré­si­dents des groupes par­le­men­taires. Avec les EtatsU­nis et la Grande- Bre­tagne, la France ve­nait de frap­per quelques heures plus tôt la Sy­rie. Di­manche, tous ont été re­çus à Ma­ti­gnon. Le Pre­mier mi­nistre a li­vré aux par­le­men­taires les élé­ments de jus­ti­fi­ca­tion de cette in­ter­ven­tion noc­turne. Tous ont pu ex­pri­mer leur point de vue. Mal­gré le su­jet, l’am­biance était plu­tôt « bonne », dixit un par­ti­ci­pant.

La scène s’est re­jouée lun­di après-mi­di dans une ver­sion moins tendre. Le chef du gou­ver­ne­ment est ve­nu par­ler de­vant l’As­sem­blée na­tio­nale pour un débat qui n’était sui­vi d’au­cun vote, comme le pré­voit l’ar­ticle 35 ali­néa 2 de la Cons­ti­tu­tion. Ce der­nier donne trois jours pour in­for­mer le Par­le­ment d’une in­ter­ven­tion de l’ar­mée à l’étran­ger. Dans le même temps, le mi­nistre des Af­faires étran­gères Jean-Yves Le Drian se li­vrait au même exer­cice au Sé­nat.

Face à un hé­mi­cycle clair­se­mé, Edouard Phi­lippe a li­vré un dis­cours de 19 mi­nutes. Con­crè­te­ment, il n’a pas don­né de preuves sup­plé­men­taires mais jus­ti­fié à nou­veau la dé­ci­sion du chef de l’Etat. « Les ren­sei­gne­ments ras­sem­blés par la France et ses al­liés at­testent de la réa­li­té de cette at­taque chi­mique, que vient éga­le­ment de confir­mer l’Or­ga­ni­sa­tion mon­diale de la san­té », a-t-il cer­ti­fié.

« Nid de fre­lons ». Lors­qu’il a sa­lué « le sang­froid et le pro­fes­sion­na­lisme des forces ar­mées fran­çaises », ce sont les dé­pu­tés Nou­velle gauche Del­phine Ba­tho et Va­lé­rie Ra­bault qui ont com­men­cé à ap­plau­dir le Pre­mier mi­nistre, re­joints im­mé­dia­te­ment par les dé­pu­tés de la ma­jo­ri­té. « Avoir re­cours à la force est un acte lourd, grave. Je vou­drais vous faire par­ta­ger la convic­tion que le risque et le goût de l’in­ac­tion étaient plus grands en­core », a-t-il af­fir­mé. « Nous vou­lons dire qu’au­cune vic­toire mi­li­taire ne peut im­pu­né­ment être rem­por­tée au moyen d’armes chi­miques », a plai­dé le Pre­mier mi­nistre.

L’in­ter­ven­tion, qui s’est faite en de­hors de tout man­dat de l’ONU, est as­sez contes­tée par la classe po­li­tique. A ce re­proche, Edouard Phi­lippe a ré­pon­du : « La France veut un mul­ti­la­té­ra­lisme ef­fi­cace. Or, l’at­ti­tude d’obs­truc­tion d’un Etat n’a pas per­mis à cette dé­marche col­lec­tive d’abou­tir. La Rus­sie a po­sé 12 ve­to. » A dé­faut de pou­voir van­ter la lé­ga­li­té de l’in­ter­ven­tion, il en a ain­si van­té sa lé­gi­ti­mi­té à ses yeux. L’op­po­si­tion lui re­proche aus­si de ne pas avoir de­man­dé l’au­to­ri­sa­tion préa­lable du Par­le­ment. « Il ne vous a pas échap­pé que l’ef­fet de sur­prise pou­vait avoir un ef­fet », a éva­cué Edouard Phi­lippe.

D’un cô­té, la ma­jo­ri­té, le MoDem, le groupe UDI- Agir et la Nou­velle gauche sou­tiennent le gou­ver­ne­ment. De l’autre, les Ré­pu-

Chris­tian Ja­cob a rap­pe­lé qu’en 1990, lors de l’in­ter­ven­tion en Irak, Fran­çois Mit­ter­rand avait sol­li­ci­té le vote du Par­le­ment

bli­cains comme La France in­sou­mise contestent cette in­ter­ven­tion. A la tri­bune, le chef de file des dé­pu­tés LR, Chris­tian Ja­cob a rap­pe­lé qu’en 1990, lors de l’in­ter­ven­tion en Irak, Fran­çois Mit­ter­rand avait sol­li­ci­té le vote du Par­le­ment. Ce qui lui a va­lu les ap­plau­dis­se­ments in­at­ten­dus de La France in­sou­mise. La scène s’est re­pro­duite à plu­sieurs re­prises, si­gnant l’im­pro­bable et éphé­mère al­liance de deux op­po­si­tions. « Ils ne font pas ce qu’il est utile de faire. Ce n’est pas très grave mais ce n’est pas à la hau­teur, glisse Ri­chard Fer­rand. Il y a des gens, quand on leur montre la lune ils re­gardent le doigt. C’est ça l’état de la droite fran­çaise. »

De son cô­té, le tri­bun Mé­len­chon a plei­ne­ment ex­ploi­té les 10 mi­nutes qui lui étaient of­fertes pour dire fou­gueu­se­ment et de ma­nière par­fois théâ­trale toute son op­po­si­tion à cette in­ter­ven­tion. « Nous sommes in­ter­ve­nus mi­li­tai­re­ment dans le pire nid de fre­lons de la pla­nète », a-t-il as­sé­né, convain­cu que ce­la s’est fait « sans preuves ». Cer­taines de ses saillies lui ont va­lu quelques rires des dé­pu­tés LR.

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