Les « dé­mo­cra­ties illi­bé­rales » dans le vi­seur du Pré­sident

L'Opinion - - Europe : Macron Marche Seul - Gilles Sen­gès @Gille­senges

C’EST UN SU­JET qui in­quiète vi­si­ble­ment Em­ma­nuel Ma­cron. Lors de ses voeux à la presse au dé­but de l’an­née, le pré­sident de la Ré­pu­blique avait dé­jà évo­qué la « ten­ta­tion illi­bé­rale » qui frappe aux portes (Tur­quie, Rus­sie) mais aus­si à l’in­té­rieur même de l’Eu­rope (Po­logne, Hon­grie) en pré­ve­nant qu’il ne fal­lait pas prendre « à la lé­gère » ce phé­no­mène en plein es­sor, mé­lange d’au­to­ri­ta­risme et de po­pu­lisme. Di­manche soir, lors de son in­ter­view sur BFM TV, il est re­ve­nu sur la ques­tion en évo­quant no­tam­ment le cas hon­grois.

« Je ne par­tage au­cune des va­leurs de Vik­tor Or­ban mais il est là, il est élu (...) Je vois des dé­mo­cra­ties où les peuples sont en­fon­cés dans une fa­tigue, et de l’autre, des dé­mo­cra­ties illi­bé­rales qui disent : “Vous voyez, ces gens-là sont faibles.” C’est pour­quoi, je veux en France une dé­mo­cra­tie forte et évi­dente où ce­lui qui a un man­dat dé­cide et as­sume. Je pense qu’on peut être dé­mo­crate et fort », a-t-il ain­si ex­pli­qué.

Ar­ticle 7. Si ce n’est pour plai­der en fa­veur d’une « Eu­rope sou­ve­raine, c’est- à- dire une Eu­rope qui pro­tège des grands risques », le chef de l’Etat se montre plus gê­né aux en­tour­nures pour es­quis­ser une ré­ponse au ni­veau eu­ro­péen. C’est d’ailleurs un em­bar­ras par­ta­gé par tous ses ho­mo­logues de l’UE. « Tout comme la pos­si­bi­li­té d’un ef­fon­dre­ment de la zone eu­ro n’avait pas été pré­vue, un re­cul de l’état de droit n’avait pas été en­vi­sa­gé (dans la construc­tion eu­ro­péenne) comme une pos­si­bi­li­té né­ces­si­tant un cadre ju­ri­dique pour l’en­ca­drer » re­lève Mar­tin Mi­che­lot, cher­cheur as­so­cié à l’Ins­ti­tut Jacques De­lors, dans un ré­cent do­cu­ment de tra­vail consa­cré à la ques­tion.

Bruxelles peut certes ac­ti­ver l’ar­ticle 7 du trai­té sur l’Union eu­ro­péenne comme elle l’a fait, fin dé­cembre, à l’en­contre de la Po­logne, après une ré­forme très dé­criée de sa jus­tice. Mais sa mise en ap­pli­ca­tion, qui peut dé­bou­cher in fine à une sus­pen­sion des droits de vote du pays concer­né, est in­ef­fi­cace sur le court terme et dif­fi­cile voire im­pos­sible à ap­pli­quer car re­qué­rant l’una­ni­mi­té au sein du Conseil eu­ro­péen. Au point que cer­tains en­vi­sagent de faire ap­pel, au­jourd’hui, à une op­tion al­ter­na­tive en liant la dis­po­ni­bi­li­té et le ver­se­ment des fonds struc­tu­rels eu­ro­péens au res­pect de l’état de droit dans le pro­chain cadre fi­nan­cier plu­ri­an­nuel (2021-2027).

L’idée est ten­tante sur le pa­pier mais elle risque de sanc­tion­ner les ré­gions qui ont le plus be­soin de ce fonds et ajou­ter un nou­veau de­gré de ten­sion dans l’op­po­si­tion « Est-Ouest » es­time Mar­tin Mi­che­lot. Se­lon lui, la so­lu­tion ne doit pas ve­nir seule­ment de la Com­mis­sion ni du Conseil eu­ro­péen mais d’autres ins­ti­tu­tions comme la Cour eu­ro­péenne de jus­tice, l’Agence des droits fon­da­men­taux de l’UE, la Com­mis­sion de Ve­nise voire les or­ga­ni­sa­tions non gou­ver­ne­men­tales…

Mais comme on le re­con­naît cô­té fran­çais, les di­vi­sions entre Eu­ro­péens sont pro­fondes sur les va­leurs. Pas seule­ment sur les ques­tions de re­cul sur l’état de droit mais aus­si sur les af­faires de cor­rup­tion qui se­couent des pays comme la Rou­ma­nie et la Bul­ga­rie…

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