Ma­cron dé­voile un tout pe­tit bout du scé­na­rio de re­prise de la dette SNCF

L'Opinion - - Europe : Macron Marche Seul - Em­ma­nuelle Du­cros @em­ma_­du­cros

DE­PUIS L’ANNONCE de la fu­ture trans­for­ma­tion de la SNCF en so­cié­té ano­nyme pu­blique, la re­prise de sa dette par l’Etat ne fait plus au­cun doute : il est en ef­fet im­pos­sible de lan­cer l’en­tre­prise sous sa nou­velle forme en la les­tant d’un poids qui la pla­ce­rait, de fac­to, en faillite dès le pre­mier jour. Le sché­ma ju­ri­dique choi­si sup­pose des ra­tios fi­nan­ciers sup­por­tables, im­pos­sibles à at­teindre avec les 46 mil­liards de la dette ac­tuelle – qui de­vien­dront 50 mil­liards dans un an. En re­vanche, jus­qu’à l’in­ter­ven­tion d’Em­ma­nuel Ma­cron sur BFMTV et Me­dia­part, di­manche soir, le ca­len­drier bai­gnait dans le flou. Son dé­but res­tait sus­pen­du, of­fi­ciel­le­ment, aux ef­forts de l’en­tre­prise pour se ré­for­mer et aux conces­sions consen­ties par les che­mi­nots.

Un atout dans la manche. On a dé­sor­mais une date : « A par­tir du 1er jan­vier 2020, l’Etat re­pren­dra pro­gres­si­ve­ment de la dette » , a af­fir­mé le pré­sident de la Ré­pu­blique. Il le fe­ra (ou du moins « les contri­buables » le fe­ront, at-il sou­li­gné lors de l’in­ter­view) « de ma­nière sub­stan­tielle, parce qu’une en­tre­prise ne peut pas la por­ter elle-même », a pré­ci­sé Em­ma­nuel Ma­cron.

Pour­quoi 2020 ? D’une part parce que d’ici là, les concer­ta­tions et le pro­ces­sus lé­gis­la­tif se­ront ache­vés et le nou­veau pro­fil de l’en­tre­prise connu, avec ses sub­ti­li­tés. Que de­vien­dront les gares ? Que de­vien­dra le fret ? Ces ques­tions au­ront trou­vé ré­ponses. D’autre part parce que l’Etat connaît les li­mites de l’élas­ti­ci­té des comptes pu­blics. En 2019, la marge de ma­noeuvre se­ra nulle ! En ef­fet, c’est l’an pro­chain que le gou­ver­ne­ment veut pro­cé­der à l’al­lé­ge­ment des co­ti­sa­tions so­ciales, qui rem­pla­ce­ra le CICE… mais il de­vra tout de même ver­ser aux en­tre­prises la der­nière tranche de CICE, au titre de 2018. Les deux dis­po­si­tifs vont se cu­mu­ler et em­pê­chant le dé­fi­cit pu­blic de des­cendre à moins de 2,4 %. Y ajou­ter la re­prise de la dette SNCF cette an­née-là le fe­rait im­man­qua­ble­ment re­pas­ser au-des­sus des 3 %.

On at­ten­dra aus­si pour connaître le mon­tant re­pris et les mo­da­li­tés d’in­té­gra­tion de cette dette. Les mon­tants évo­qués os­cil­lent entre 20 à 35 mil­liards d’eu­ros. Le mon­tage reste mys­té­rieux. Les équipes de Ber­cy planchent tou­jours. « Ce n’est pas un jeu d’écri­tures, ce n’est pas une dette qu’on fait pas­ser d’un en­droit à un autre », a in­di­qué Bru­no Le Maire, mi­nistre de l’Eco­no­mie, sur Eu­rope 1 lun­di ma­tin, ré­af­fir­mant que la re­prise de la dette se­rait « pro­gres­sive ». « Nous ne fe­rons pas n’im­porte quoi », a-t-il conclu. Le gou­ver­ne­ment prend son temps et se garde, par la même oc­ca­sion, un gros atout dans la manche, à abattre pour fa­ci­li­ter une sor­tie de grève, si be­soin était.

SIPA PRESS

Avec son annonce sur la dette de la SNCF, Em­ma­nuel Ma­cron es­père fa­ci­li­ter une sor­tie de grève.

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