Ter­ri­toires : le Me­def doit s’oc­cu­per de toute la cor­dée !

L'Opinion - - Europe : Macron Marche Seul - Geof­froy Roux de Be­zieux

A LA FA­VEUR D’UNE CROIS­SANCE plus so­lide, la France semble en­fin sor­tir la tête de l’eau sur le front de l’em­ploi. Le re­cul du chô­mage de masse, que pointent les der­nières sta­tis­tiques du mar­ché du tra­vail, est évi­dem­ment très en­cou­ra­geant. D’au­tant que l’amé­lio­ra­tion de l’em­ploi dans le sec­teur mar­chand se lit non seu­le­ment dans les chiffres bruts (+ 268 800 créa­tions de postes l’an der­nier) mais com­porte une di­men­sion plus qua­li­ta­tive, avec l’aug­men­ta­tion nette des CDI (+14 %).

S’ar­rê­ter à ces bonnes nou­velles se­rait mal­gré tout une er­reur ! Car si le taux de chô­mage connaît une pre­mière dé­crue, de très fortes dis­pa­ri­tés entre les ter­ri­toires sub­sistent en­core. La réa­li­té est cruelle pour notre pays : l’em­ploi se crée es­sen­tiel­le­ment dans les dix plus grandes mé­tro­poles fran­çaises. Sur le reste du ter­ri­toire, où la po­pu­la­tion ac­tive est faible, ou en dé­fi­cit d’ac­ti­vi­té, sous l’ef­fet de la dés­in­dus­tria­li­sa­tion mar­quée de ces quinze der­nières an­nées, le taux de chô­mage reste à un ni­veau trop éle­vé.

Si l’on ne cor­rige pas le tir très vite, ces dis­pa­ri­tés ter­ri­to­riales pour­raient en­core se creu­ser. Pour­quoi ? Tout sim­ple­ment, parce qu’elles vont de pair avec un mou­ve­ment de mé­tro­po­li­sa­tion de l’ac­ti­vi­té, liée à la mon­tée en puis­sance de l’éco­no­mie de la connais­sance, qui fa­vo­rise elle-même une concen­tra­tion des ta­lents dans les ré­gions les plus at­trac­tives. L’Ile-deF­rance re­pré­sente ain­si à elle seule près de la moi­tié des créa­tions d’em­plois des mé­tro­poles de l’hexa­gone… Pour ré­su­mer la si­tua­tion, avec une mé­ta­phore bien connue : les mé­tro­poles vont bien parce qu’on y trouve les pre­miers de cor­dée. Le pro­blème c’est que la cor­dée jus­te­ment ne fonc­tionne pas cor­rec­te­ment : une cor­dée ef­fi­cace doit être so­lide du pre­mier au der­nier grim­peur, chaque al­pi­niste y te­nant un rôle clé tant pour per­mettre d’at­teindre le som­met (la per­for­mance) que pour as­su­rer l’ar­ri­vée sain et sauf de tout le groupe (la co­hé­sion).

Contre-exemples réus­sis. Sans nier le phé­no­mène bien connu des éco­no­mistes de la « mé­tro­po­li­sa­tion de l’éco­no­mie » nous ne pen­sons pas qu’il faille s’y ré­si­gner. D’abord, dans un pays avec une géo­gra­phie par­ti­cu­lière comme la France, un aban­don des villes moyennes et des ter­ri­toires ru­raux et loin­tains (dé­par­te­ments d’Outre-mer) se­rait dé­mo­cra­ti­que­ment sui­ci­daire. En­suite, parce qu’on voit au sein de nom­breux ter­ri­toires des contre-exemples réus­sis. Ain­si, que l’on se dé­place dans le cadre de nos man­dats mi­li­tants au Me­def, ou que nous cher- chions à pour­suivre le dé­ve­lop­pe­ment de nos en­tre­prises, nous sommes en me­sure de té­moi­gner qu’il y a des ex­cep­tions à cette théo­rie éco­no­mique do­mi­nante : on trouve des éco­sys­tèmes d’en­tre­prises, in­no­vantes et per­for­mantes, où PME et ETI main­tiennent ou créent des em­plois en ter­ri­toire.

Ces éco­sys­tèmes sont très sou­vent ini­tiés par des en­tre­pre­neurs, en de­hors de tout sou­tien de l’Etat, au­tour d’une ou de plu­sieurs en­tre­prises lea­ders, d’une fi­lière do­mi­nante et du « chas­ser en meute ». Le Me­def et son ré­seau de 115 ter­ri­toires ont un rôle d’ani­ma­tion pour conso­li­der et ai­der à trans­for­mer nos PME. C’est d’ailleurs pour ce­la qu’a été créée l’uni­ver­si­té du nu­mé­rique au Me­def, des­ti­née à nos adhé­rents dé­si­reux de faire en­trer leur en­tre­prise dans l’ère di­gi­tale.

Mais ce­la ne suf­fit pas, car l’en­jeu ter­ri­to­rial est aus­si ce­lui des in­fra­struc­tures. De nom­breuses études ont confir­mé le lien entre in­fra­struc­tures, crois­sance et at­trac­ti­vi­té des ter­ri­toires. Le pro­blème est bien plus glo­bal et pré­oc­cu­pant en­core : la France, ja­dis lea­der, perd au­jourd’hui ré­gu­liè­re­ment des places dans les clas­se­ments in­ter­na­tio­naux en ma­tière d’in­fra­struc­tures de ré­seaux comme l’a sou­li­gné le Fo­rum Eco­no­mique Mon­dial.

Be­soins phé­no­mé­naux. Dans un contexte de ré­duc­tion des dé­fi­cits, la France n’a pas fait le choix de pré­ser­ver l’in­ves­tis­se­ment pu­blic, ni pris de dis­po­si­tions pour que le re­lais soit as­su­ré par des in­ves­tis­seurs pri­vés. Cette po­li­tique a eu pour ef­fet d’ac­cé­lé­rer le dé­clas­se­ment de nos in­fra­struc­tures qui ont pour­tant été long­temps notre fier­té.

Ce mou­ve­ment risque en ef­fet de s’ac­cen­tuer en­core dans les toutes pro­chaines an­nées si l’on ne fait rien. Les be­soins en in­fra­struc­tures sont phé­no­mé­naux au re­gard des en­jeux liés à la tran­si­tion éco­lo­gique, au dé­ve­lop­pe­ment

« La France, ja­dis lea­der, perd au­jourd’hui ré­gu­liè­re­ment des places dans les clas­se­ments in­ter­na­tio­naux en ma­tière d’in­fra­struc­tures de ré­seaux »

« Il est né­ces­saire de mettre en place une vé­ri­table gou­ver­nance des in­fra­struc­tures en se do­tant d’une po­li­tique na­tio­nale »

du nu­mé­rique et à la co­hé­sion so­ciale et ter­ri­to­riale. N’ou­blions ja­mais que les dis­pa­ri­tés d’équi­pe­ment en in­fra­struc­tures nu­mé­riques per­for­mantes d’un ter­ri­toire à l’autre ac­croissent les écarts d’at­trac­ti­vi­té… Le ni­veau de cou­ver­ture en très haut dé­bit est in­dé­nia­ble­ment de­ve­nu un cri­tère de choix de lo­ca­li­sa­tion pour l’en­semble des ac­teurs éco­no­miques.

Il est né­ces­saire de mettre en place une vé­ri­table gou­ver­nance des in­fra­struc­tures en se do­tant d’une po­li­tique na­tio­nale, en re­con­nais­sant aux ré­gions une réelle com­pé­tence et en dis­po­sant d’un nou­vel ou­til de fi­nan­ce­ment dé­dié. Pour re­le­ver le dé­fi des trans­for­ma­tions éco­no­miques et tech­no­lo­giques en cours (nou­velles mo­bi­li­tés, tran­si­tion éner­gé­tique, trans­for­ma­tion nu­mé­rique…), il fau­dra bien plus qu’un main­tien de l’ef­fort d’in­ves­tis­se­ment à son ni­veau ac­tuel.

Fi­nan­ce­ments pri­vés. Dans le cadre du Me­def, nous en­cou­ra­geons un ré­équi­li­brage des ef­forts de ré­duc­tion des dé­penses pu­bliques pour pré­ser­ver l’in­ves­tis­se­ment plu­tôt que les dé­penses de fonc­tion­ne­ment. Mais nous de­vrons al­ler bien plus loin : avec tous nos adhé­rents en ré­gion, notre mis­sion consiste à faire émer­ger de nou­veaux moyens de fi­nan­ce­ments pri­vés dé­diés à ac­cé­lé­rer les trans­for­ma­tions.

Les in­gré­dients de la réus­site sont connus. La France doit par consé­quent s’ins­pi­rer des pays qui sont par­ve­nus à pla­ni­fier à moyen et long terme un pro­gramme de dé­ve­lop­pe­ment des in­fra­struc­tures stra­té­giques, sé­cu­ri­sé par la créa­tion de fi­nan­ce­ments dé­diés de long terme (à l’ins­tar du Ca­na­da, du Da­ne­mark, de la Suisse, du Royaume-Uni…). Elle doit aus­si veiller à mieux orien­ter les in­ves­tis­seurs po­ten­tiels vers des pro­jets d’in­fra­struc­tures qui ne re­pré­sentent guère au­jourd’hui qu’en­vi­ron 1 % du vo­lume des in­ves­tis­se­ments ins­ti­tu­tion­nels. On l’au­ra com­pris : re­fondre une po­li­tique na­tio­nale d’in­fra­struc­tures am­bi­tieuse, c’est of­frir à notre pays de­main de réelles pers­pec­tives en ma­tière de crois­sance mais c’est aus­si boos­ter l’at­trac­ti­vi­té de tous nos ter­ri­toires.

Geof­froy Roux de Be­zieux, can­di­dat à la pré­si­dence du Me­def et les pré­si­dents de Me­def ter­ri­to­riaux et ré­gio­naux : Syl­vain Ap­paire (Cho­let) ; Ch­ris­tine Ber­trand (Meurthe-et-Mo­selle) ; Thier­ry De­bourg (Li­mou­sin - Haute-Vienne) ; Ni­co­las Du­mas (Cher) ; Eric Gi­rau­dier (Gard) ; Jo­siane Gou­zeFaure (Ariège-Py­ré­nées) ; Pierre-An­toine Kern (Côte-d’Or) ; Ri­chard La­zu­ro­wicz (Vienne) ; Fran­cis Lheure (Loi­ret) ; Phi­lippe Neys (Pays basque) ; Ber­trand Schaup (An­jou) ; Sa­muel Tual (Mayenne) ; De­nis Vo­gade (Alpes-de-Haute-Pro­vence)

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