Et si la cible de Trump était la Chine ?

L'Opinion - - La Fabrique De L'opinion - Ha­kim El Ka­roui

LES FRAPPES contre le ré­gime sy­rien étaient des­ti­nées à pu­nir Ba­char de son at­taque chi­mique de la se­maine pas­sée et sur­tout à évi­ter la pro­li­fé­ra­tion de telles armes qui in­quiètent beau­coup les Oc­ci­den­taux tant leur dis­sé­mi­na­tion pour­rait créer des risques très graves de par le monde. Mais, fai­sons une autre hy­po­thèse : et si ces frappes avaient à long terme, une autre cible, la Chine ?

La Chine est la seule puis­sance membre du Conseil de sé­cu­ri­té qui n’est pas par­tie pre­nante de ces frappes : elle n’y a pas par­ti­ci­pé (comme les EtatsU­nis, la France et la Grande-Bre­tagne), elle n’a pas pro­tes­té contre (la Rus­sie). Pour­tant, la Chine s’est im­po­sée comme l’un des par­te­naires éco­no­miques les plus im­por­tants des pays de la ré­gion au cours des dix der­nières an­nées, dé­pas­sant les Etats-Unis dans de nom­breux pays (Irak, Ara­bie Saou­dite, Emi­rats Arabes Unis, Tur­quie, Qa­tar et Egypte). Il existe une in­ter­dé­pen­dance entre la Chine et les pays de la ré­gion, no­tam­ment les pro­duc­teurs d’hy­dro­car­bures du Golfe dont les clients sont main­te­nant à plus de 75 % en Asie.

Cette in­ter­dé­pen­dance re­pose avant tout sur des échanges éner­gé­tiques ex­trê­me­ment denses. La Chine im­porte une très grande par­tie de son pé­trole brut et de son gaz na­tu­rel de­puis les pays du Golfe. En 2014, les im­por­ta­tions pé­tro­lières chi­noises pro­ve­naient à

52 % du Moyen-Orient (l’Ara­bie saou­dite étant le pre­mier four­nis­seur avec 15 % des im­por­ta­tions chi­noises de pé­trole, puis Oman avec en­vi­ron 10 % et l’Irak et l’Iran avec en­vi­ron 9 %). Si la Chine est au­jourd’hui dé­pen­dante des im­por­ta­tions d’hy­dro­car­bures en pro­ve­nance du Golfe, il en est de même pour ces der­niers compte te­nu des vo­lumes ex­por­tés. Ain­si entre 2010 et 2015, plus de 20 % des ex­por­ta­tions de pé­trole brut des pays du Moyen-Orient (CCG, Iran et Irak) sont à des­ti­na­tion de la Chine (*).

Mise en dan­ger des res­sor­tis­sants. L’in­ter­dé­pen­dance est éga­le­ment fi­nan­cière. Elle ré­sulte des in­ves­tis­se­ments chi­nois réa­li­sés dans le do­maine de l’ex­trac­tion d’hy­dro­car­bures (créa­tion de joint-ven­ture en Irak et en Ara­bie Saou­dite no­tam­ment ; pre­mier in­ves­tis­seur en Iran avec 52 mil­liards de dol­lars d’IDE) et dans le do­maine des in­fra­struc­tures (ports, aé­ro­ports, routes et in­fra­struc­tures fer­ro­viaires) ou des tran­sports afin de fa­ci­li­ter le tran­sit des ex­por­ta­tions éner­gé­tiques vers son ter­ri­toire. Le dé­ve­lop­pe­ment des re­la­tions éner­gé­tiques et com­mer­ciales entre la Chine et le Moyen-Orient s’ins­crit dans le cadre du pro­jet chi­nois de nou­velle route de la Soie « One Road, One Belt », le grand pro­jet du pré­sident Xi.

Un conflit au Proche-Orient se­rait une ca­tas­trophe pour la Chine. Il pro­vo­que­rait des risques d’in­ter­rup­tion de ses ap­pro­vi­sion­ne­ments éner­gé­tiques, des pertes de mil­liards de dol­lars d’in­ves­tis­se­ments et une mise en dan­ger de ses res­sor­tis­sants pré­sents dans la ré­gion. A titre d’exemple, la Chine a dû pro­cé­der, dans un temps très court, à une vaste opé­ra­tion d’éva­cua­tion de ses 36 000 res­sor­tis­sants en Li­bye lors de la crise de 2011 et a per­du plu­sieurs mil­liards d’eu­ros d’in­ves­tis­se­ments.

Au-de­là de la Sy­rie, si l’al­liance Trump/Ne­ta­nya­hu/Ben Sal­man dé­cide de lan­cer les hos­ti­li­tés contre l’Iran, c’est la Chine qui se­ra la pre­mière concer­née, pas les Etats-Unis qui dé­pendent beau­coup moins du pé­trole du Golfe qu’elle. (*) Voir http://www.ins­ti­tut­mon­taigne. org/pu­bli­ca­tions/nou­veau-monde-ara­be­nou­vel...

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