Ma­cron en quête de sou­tiens pour les eu­ro­péennes 2019

A Stras­bourg, le Pré­sident ap­pelle les peuples à choi­sir entre « une Eu­rope du re­pli » et « une Eu­rope de l’am­bi­tion »

L'Opinion - - La Une - Isa­belle Mar­chais (à Stras­bourg) @IMar­chais

A Stras­bourg, le Pré­sident ap­pelle les peuples à choi­sir entre « une Eu­rope du re­pli » et « une Eu­rope de l’am­bi­tion »

In­ter­ve­nant mar­di à Stras­bourg de­vant le Par­le­ment eu­ro­péen, le chef de l’Etat s’est pro­non­cé pour un sou­tien fi­nan­cier aux col­lec­ti­vi­tés ac­cueillant des ré­fu­giés, ain­si que pour une taxe car­bone aux fron­tières de l’UE, l’aug­men­ta­tion de la contri­bu­tion fran­çaise au bud­get eu­ro­péen et l’ins­tau­ra­tion d’une condi­tion­na­li­té liée à la conver­gence fis­cale et so­ciale. PEN­DANT TROIS HEURES, MAR­DI, la France a goû­té au ré­gime par­le­men­taire. Le temps pour Em­ma­nuel Ma­cron de dé­battre à Stras­bourg avec les dé­pu­tés eu­ro­péens, ra­vis de sai­sir une chance in­ter­dite aux élus fran­çais (dont beau­coup craignent en outre une res­tric­tion de leurs pré­ro­ga­tives avec la pro­chaine ré­forme des ins­ti­tu­tions !) : celle d’en­tendre, de ques­tion­ner, voire d’in­vec­ti­ver le pré­sident de la Ré­pu­blique. Le­quel s’est prê­té au jeu avec un plai­sir ma­ni­feste, de­vant un hé­mi­cycle lar­ge­ment rem­pli. C’est le « lieu où vous faites vivre chaque jour notre Eu­rope dans ses sen­si­bi­li­tés di­verses, ses di­ver­gences et ses conver­gences », a dé­cla­ré d’em­blée le chef de l’Etat, en ou­ver­ture d’un dis­cours de 25 mi­nutes avare en pro­po­si­tions – ce n’était pas l’ob­jet –, qui lui a sur­tout per­mis d’in­sis­ter sur deux grands points.

D’une part, la né­ces­si­té d’une « sou­ve­rai­ne­té eu­ro­péenne ré­in­ven­tée », qui ap­pelle des ré­sul­tats « tan­gibles » en ma­tière de fis­ca­li­té nu­mé­rique, de ré­forme de la zone eu­ro, de droits d’au­teur et de mi­gra­tions, pour les­quelles Pa­ris pro­pose de lan­cer un pro­gramme eu­ro­péen des­ti­né à sou­te­nir les col­lec­ti­vi­tés qui ac­cueillent des ré­fu­giés. D’autre part, l’im­por­tance d’une « dé­mo­cra­tie eu­ro­péenne » qui est « notre meilleure chance » face aux ten­ta­tions au­to­ri­taires, y com- pris en Eu­rope. « Il faut créer cet es­pace pu­blic eu­ro­péen que bien sou­vent nous avons lais­sé en friche », a mar­te­lé Em­ma­nuel Ma­cron.

Cette in­ter­ven­tion avait aus­si pour ob­jec­tif de ral­lier des sou­tiens au sein de l’As­sem­blée, à un an des élec­tions eu­ro­péennes. Et sur ce point, le chef de l’Etat, qui a jus­qu’à pré­sent évi­té de re­joindre une fa­mille po­li­tique eu­ro­péenne, n’a pas en­core ga­gné la par­tie. Les ap­plau­dis­se­ments les plus nour­ris sont ve­nus des li­bé­raux, qui pour­raient consti­tuer le socle de dé­part des fu­turs dé­pu­tés eu­ro­péens En Marche. « Ne bais­sez pas votre ni­veau d’am­bi­tion. Nous se­rons nom­breux en 2019 pour vous sou­te­nir », s’est ex­cla­mé le pré­sident du groupe ALDE, Guy Ve­rhof­stadt. Mais, au-de­là de la re­con­nais­sance par nombre de dé­pu­tés de l’en­ga­ge­ment pro-eu­ro­péen d’Em­ma­nuel Ma­cron, le ton était beau­coup plus me­su­ré dans les autres fa­milles po­li­tiques.

Ater­moie­ments. L’axe fran­co-al­le­mand ? « Im­por­tant », mais « l’Eu­rope est bien plus que ce­la » , a ain­si es­ti­mé le pré­sident du groupe PPE (droite), Man­fred We­ber. Les consul­ta­tions ci­toyennes, qui se­ront fi­na­le­ment me­nées dans tous les Etats membres, hors Royaume-Uni ? « La vé­ri­table dé­mo­cra­tie, ce­la ne re­vient pas seule­ment à écou­ter les gens. C’est leur don­ner le pou­voir », a-t-il ajou­té. Une fa­çon de cri­ti­quer les ater­moie­ments de la France qui ne veut pas s’en­ga­ger à choi­sir au­to­ma­ti­que­ment le pro­chain pré­sident de la Com­mis­sion par­mi les chefs de file des par­tis po­li­tiques eu­ro­péens. Or ce même Par­le­ment s’est op­po­sé aux listes trans­na­tio­nales vou­lues par la France. « C’est bi­zarre de s’ar­rê­ter au mi­lieu du gué », a poin­té Em­ma­nuel Ma­cron.

Les autres par­tis ont éga­le­ment ex­pri­mé des ré­serves, en des termes plus ou moins vifs. « Au­jourd’hui vous avez le choix. Si vous pla­cez les gens au pre­mier plan de vos po­li­tiques, vous pou­vez comp­ter sur notre sou­tien. La dé­ci­sion vous ap­par­tient », a pru­dem­ment sou­li­gné le pré­sident du groupe so­cia­liste, Udo Bull­mann. Son ho­mo­logue des Verts s’est mon­tré beau­coup plus of­fen­sif. « A chaque fois que le Pré­sident Ma­cron s’ef­for­ce­ra de cons­truire une Eu­rope plus juste, plus du­rable et plus dé­mo­cra­tique, nous se­rons de son cô­té. Mais dans le cas contraire, nous se­rons de celles et ceux qui s’op­po­se­ront à ses ac­tions », a aver­ti Phi­lippe Lam­berts, après avoir dé­non­cé en des mots très durs les ac­tions me­nées par le gou­ver­ne­ment à Notre-Da­medes-Landes ou à l’en­contre des mi­grants, ce qui lui a va­lu une ré­ponse cin­glante d’Em­ma­nuel Ma­cron. Re­ven­di­quant la li­ber­té que lui donne le fait de n’ap­par­te­nir à au­cun groupe, Em­ma­nuel Ma­cron a de ma­nière gé­né­rale pris peu de gants. « Je ne veux pas ap­par­te­nir à une gé­né­ra­tion de som­nam­bules, à une gé­né­ra­tion qui au­ra ou­blié son propre pas­sé ou qui re­fu­se­ra de voir les tour­ments de son propre pré­sent », a-til conclu. Reste à sa­voir si cette stra­té­gie lui per­met­tra de convaincre suf­fi­sam­ment de dé­pu­tés de re­joindre, le mo­ment ve­nu, les fu­turs élus de La Ré­pu­blique en marche.

SI­PA PRESS

Em­ma­nuel Ma­cron au Par­le­ment eu­ro­péen, mar­di.

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