SNCF : des syn­di­cats di­vi­sés mais che­mi­nots avant tout

L'Opinion - - Syndicats : Le Déclin S’accélère - Em­ma­nuelle Du­cros @em­ma_­du­cros

A LA SNCF, LORS DES DER­NIÈRES ÉLEC­TIONS pro­fes­sion­nelles, en no­vembre 2015, le taux de par­ti­ci­pa­tion s’est éta­bli à 68,65 %. Une per­for­mance par rap­port à la moyenne fran­çaise, qui té­moigne du poids des syn­di­cats dans l’en­tre­prise. Un poids que l’on éva­lue à d’autres in­dices : la mo­bi­li­sa­tion lors des der­nières jour­nées de grève contre la ré­forme fer­ro­viaire, par exemple. Ce mercredi, pour la qua­trième sé­quence de grève, il dev­rait s’éle­ver se­lon la di­rec­tion à 63 % chez les conduc­teurs et 48 % chez les contrô­leurs, ca­té­go­ries de per­son­nels les plus gré­vistes. Cette mo­bi­li­sa­tion té­moigne d’un mou­ve­ment uni­taire des syn­di­cats de che­mi­nots, ce qui n’était pas ar­ri­vé de longue date. Les syn­di­cats sont forts à la SNCF et ac­tuel­le­ment syn­chro­ni­sés ; ils vivent par ailleurs leur vie de fa­çon as­sez au­to­nome, loin de leurs propres confé­dé­ra­tions et avec leurs propres dis­si­dences.

La CGT che­mi­nots a ras­sem­blé 34,33 % des votes en 2015 (35,7 % en 2014). Elle conserve sa place de pre­mier syn­di­cat de l’en­tre­prise, mais son as­sise se ré­tré­cit sans cesse. Elle est, par ailleurs, en dis­so­nance avec le se­cré­taire gé­né­ral de la cen­trale, Phi­lippe Mar­ti­nez. Si le porte-pa­role de la CGT che­mi­nots, Thier­ry Nier, long­temps pres­sen­ti pour prendre la tête de l’or­ga­ni­sa­tion, se rap­proche de la ligne dure de « conver­gence des luttes » du pa­tron na­tio­nal, Laurent Brun, l’ac­tuel se­cré­taire fé­dé­ral de la fé­dé­ra­tion, se can­tonne aux pro­blé­ma­tiques de l’en­tre­prise. Dis­cret à l’ex­trême, il n’a ja­mais sou­hai­té prendre l’avant-scène. Un cli­vage qui té­moigne des doutes d’une par­tie de la base de la CGT che­mi­nots, qui dit tout bas que les ré­ti­cences de la cen­trale à avan­cer dans les né­go­cia­tions du pas­sé sont la cause de l’ac­tuel blo­cage.

Il ne faut pas comp­ter sur l’Un­sa fer­ro­viaire de Ro­ger Dillen­se­ger – le deuxième syn­di­cat de la SNCF, dont la pro­gres­sion se pour­suit, avec 23,86 % des voix – pour être plus ho­mo­gène dans son cor­pus de re­ven­di­ca­tions : l’or­ga­ni­sa­tion est par­ta­gée entre ses cadres (l’exFMC) et les sa­la­riés aux fonc­tions d’exé­cu­tion. Mais l’Un­sa sait com­po­ser, ne re­chigne ja­mais à né­go­cier, et ses pe­tites dis­si­dences in­ternes passent in­aper­çues.

Etat dans l’Etat. La CFDT n’est pas non plus exempte de ti­raille­ments. Les po­si­tions de Laurent Ber­ger, le se­cré­taire gé­né­ral de la con­fé­dé­ra­tion, semblent en ce mo­ment bien plus apai­sées que celles des che­mi­nots… Qui ont eux-mêmes leurs pe­tits désac­cords. Ils se ma­ni­festent entre les « tech­ni­ciens » des dos- siers comme Sé­bas­tien Ma­ria­ni ( membre du conseil de sur­veillance de la SNCF pour les sa­la­riés) et Ré­mi Au­frère-Pri­vel, se­cré­taire gé­né­ral ad­joint à la CFDT che­mi­nots, un ex de FO qua­li­fié « d’élec­tron libre » par un cadre du syn­di­cat. Et puis, la CFDT est la seule or­ga­ni­sa­tion à abri­ter en son sein un mi­ni-syn­di­cat, la Fgaac, qui re­pré­sente les conduc­teurs. Puis­qu’à la SNCF, le sort d’une grève se joue à la mo­bi­li­sa­tion des rou­lants, la Fgaac est le bras ar­mé de la CFDT. Il s’agit donc, lors des né­go­cia­tions, de tou­jours mé­na­ger les conduc­teurs. Car s’ils se font moins as­si­dus à la grève, la grève s’éteint. Ce­la n’em­pêche pas la CFDT de pro­gres­ser, à 15,15 % des suf­frages lors des der­nières élec­tions.

Dans l’en­tre­prise, Sud rail, très pré­sent chez les ai­guilleurs, reste stable : 16,83 % lors du der­nier scru­tin. Le syn­di­cat, com­po­site ( il ras­semble, être autres, des dé­çus de l’aile gauche de la CGT et d’ex- CFDT comme Eric San­ti­nel­li), reste uni dans ses op­po­si­tions fron­tales avec la CGT. « On se de­mande par­fois si le seul but de la CGT, même dans les conflits comme ce­lui qui a lieu en ce mo­ment, n’est pas d’avoir la peau de Sud rail » , confiait ré­cem­ment un des cadres du syn­di­cat. Quant à FO, le syn­di­cat est anec­do­tique à la SNCF, pré­sent sur­tout dans quelques bas­tions comme la zone Pa­ris-Nord.

SI­PA PRESS

La SNCF reste un bas­tion de la CGT, même si son as­sise s’y ré­duit.

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